DEUX CENT TROISIÈME JOURNÉE.
Mercredi 14 août 1946.

Audience du matin.

(Le témoin Jüttner est à la barre.)
M. BÔHM

Témoin, nous nous sommes arrêtés hier dans votre interrogatoire à l’exposé de la question juive en ce qui concerne les SA. Je voudrais vous demander maintenant comment il faut expliquer la participation des membres des SA, en novembre 1938, à l’action contre les Juifs.

TÉMOIN JÜTTNER

La participation des membres des SA à cette action fut le résultat d’actes d’irresponsables isolés, qui étaient en contradiction formelle avec les instructions des services du chef d’État-Major Lutze.

Lutze était à Munich, dans la salle de la vieille mairie. A la suite du discours du Dr Goebbels, il convoqua immédiatement le chef du service administratif, l’Obergruppenführer Matthes, à l’hôtel Rheinhof où une partie des chefs SA présents s’était retirée, afin d’exprimer à ces chefs SA son interdiction la plus formelle de participer à la moindre action contre les Juifs.

Environ une heure plus tard, lorsqu’il entendit dire que la synagogue de Münich avait été incendiée, Lutze, en ma présence, a répété cette interdiction aux chefs SA encore présents à la mairie, et il a ordonné que l’interdiction soit transmise immédiatement aux unités. Cela fut exécuté immédiatement, ce qui est confirmé par le fait que, dans beaucoup d’endroits, il n’y eu pas d’action du tout et beaucoup d’hommes des SA ont juré avoir reçu cet ordre.

M. BÖHM

Mais, comment y a-t-il eu quand même des membres des SA qui ont participé à la destruction d’établissements juifs ?

TÉMOIN JÜTTNER

Ainsi que cela l’a été affirmé plus tard, certains individus isolés se sont laissés abuser par des services dépendant du Dr Goebbels. De fait, étant donnée l’importance des SA, il n’y eut que de rares vrais membres SA à participer à cette action, bien que l’opinion publique ait ultérieurement attribué toutes ces actions aux SA. Là encore, il en a été ainsi que chaque homme portant la « chemise brune » était considéré comme SA.

Que les SA n’aient été nullement responsables de ces actions découle du fait que — ainsi que je l’ai lu ces derniers mois dans la presse — lors de procès isolés, par exemple à Bamberg, Stuttgart, et je crois également à Hof, des hommes qui n’avaient pas appartenu aux SA ont été convaincus d’avoir détruit des synagogues. De même, en de nombreux endroits, des hommes SA, sur les instructions de leur commandant, ont fait le nécessaire pour protéger les installations juives des pillages par des éléments inconnus, etc. Cela a dû provoquer dans le public l’impression que c’étaient les SA qui avaient commis les pillages. En tous les cas, le chef d’État-Major Lutze, un ou deux jours plus tard, a exprimé son dégoût au Dr Goebbels au sujet de l’action elle-même et de l’accusation injustifiée contre les SA. Il a condamné vertement le moyen par lequel des SA ont été’ incités à commettre ces méfaits.Peu de temps après, il a proclamé un ordre selon lequel, à l’avenir, les hommes des SA ne devaient pas se mettre à la disposition d’autres organismes pour des actions ou des tâches s’il ne leur en était pas donné l’autorisation expresse. Le chef d’État-Major Lutze a puni les coupables qu’il a pu trouver et, si le cas le permettait, les a remis entre les mains des tribunaux.

M. BÖHM

Les choses ont-elles été autres jusqu’au moment où Lutze prit cette position ? Est-ce que la direction politique pouvait utiliser des SA pour ses propres affaires ?

TÉMOIN JÜTTNER

La direction politique n’avait autorité pour utiliser les SA que pour des tâches spéciales ; c’étaient les tâches suivantes : participation aux rassemblements des Gaue et des Kreis ; demandes d’emplois des SA en cas de sinistre ; actions de propagande, secours d’hiver, collecte de vêtements, etc. C’étaient les demandes normales que la direction politique faisait auprès des SA au cours de l’année. Mais la direction politique, pour autant que je le sache, n’a jamais demandé de SA pour des choses illégales. Mais Lutze a donné cet ordre pour éviter que ces organisations qui étaient sous l’influence de Goebbels n’entraînent à l’avenir les SA dans l’illégalité.

M. BÖHM

Très bien ; maintenant, le Ministère Public a déposé à ce Procès un document sous le numéro PS-1721. C’est un compte rendu d’exécution de la brigade 50 au groupe Kurpfalz.

Je voudrais d’abord vous montrer ce document et vous demander ensuite si vous avez fait des enquêtes officielles à ce sujet.

TÉMOIN JÜTTNER

Nous avons fait des enquêtes ; après l’action du groupe Kurpfalz, on ne nous a pas communiqué de tels excès. Je ne crois d’ailleurs pas que ce qui est rapporté ici corresponde à la réalité.

LE PRÉSIDENT

Pourriez-vous me donner le numéro du document ?

M. BÖHM

C’est le document PS-1721 (USA-425).

LE PRÉSIDENT

Ne pensez-vous pas que nous en avons entendu assez pour le moment ? Nous avons entendu une argumentation considérable selon laquelle il n’est pas authentique.

M. BÖHM

Monsieur le Président, le fait est que, du moment que les deux témoins qui auraient pu être compétents en cette matière ne peuvent pas être amenés ici, il est nécessaire d’éclaircir la question et de n’avoir aucun doute qu’il s’agit là d’un faux. Car si ce rapport d’exécution était considéré comme vrai et exact, il porterait contre les SA une terrible accusation.

LE PRÉSIDENT

Je le sais, mais le témoin vient de nous en parler pendant dix minutes.

M. BÖHM

En liaison avec le document n° PS-1721, un ordre du Commandement suprême des SA a été déposé sous le même numéro ; c’est un ordre qui est signé de vous et qui dit :

« A la suite des actions contre les Juifs ayant trouvé leur origine dans le peuple, des objets de valeur ont dû être mis en sécurité ça et là par les services du Parti et ses filiales pour la protection de la propriété publique allemande. J’ordonne que ces objets soient remis sans délai, contre reçu, au plus proche bureau de la Police secrète d’État (Gestapo).

« Si, à la suite de ces actions, les différents services du Parti et ses filiales étaient informés, ou s’ils sont déjà informés, que des vols aient été commis, un rapport devra être remis sans délai au plus proche bureau de Police. Il y aura lieu de procéder de même en ce qui concerne les objets suspects. Les services de Police doivent recevoir la plus large aide possible dans l’accomplissement de ces tâches. » A cause de cet ordre, on vous reproche d’avoir su que les biens dont il s’agit là devaient être remis à un endroit d’où ils ne reviendraient plus jamais à leur propriétaire légal.Je vous demande maintenant quelle est l’origine de cet ordre ?

Pouvait-on, ou peut-on, du contenu de cet ordre dans lequel il est souligné que les services de la Police dans l’exécution de leur tâche doivent être soutenus, prétendre qu’il était de votre intention de ne pas rendre les biens volés aux juifs ?

TÉMOIN JÜTTNER

J’ai déjà été informé de cet ordre qui m’a été lu au cours des interrogatoires préliminaires devant la commission. Si je me souviens bien, il date du 29 novembre. A ce moment, le 29 novembre, je savais exactement qu’Adolf Hitler, mais surtout Hermann Göring, Rudolf Hess et Lutze également condamnaient le plus sévèrement l’action du mois de novembre 1938. Je ne conteste pas l’ordre portant ma signature ;c’est la copie d’une instruction du service de l’adjoint du Führer, Rudolf Hess. C’est donc de son initiative que cet ordre provient. Comme je savais que justement Rudolf Hess, connu comme homme particulièrement droit, condamnait cette action, je devais déduire de ces instructions qu’elles avaient pour but de remettre les biens volés à leurs propriétaires, c’est-à-dire aux Juifs. Je ne pouvais supposer rien d’autre. Que ces biens dussent d’abord être envoyés au service de Police, cela me paraissait normal, car la Police, à mes yeux, devait être considérée comme maintien de l’ordre et de la loi et non pas comme le service qui devait retenir ou voler les biens des autres.

M. BÖHM

Et maintenant, je voudrais passer à un autre sujet. Le témoin Schellenberg a affirmé qu’en 1943-1944 la direction SA n’avait pas seulement demandé de garder les camps de concentration mais également les camps de travail et les camps de prisonniers de guerre. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

TÉMOIN JÜTTNER

Puis-je vous demander en quelle année cela aurait dû être ?

M. BÖHM

C’était en 1943 et 1944.

TÉMOIN JÜTTNER

En 1943, du mois de mai au mois d’août, j’ai dirigé les SA comme adjoint du chef d’État-Major. Comme auparavant, je n’ai jamais cherché à mettre entre les mains des SA des tâches qui étaient de la compétence d’autres organismes, comme le Reichsführer SS, surtout pas des tâches policières. Je n’ai jamais aspiré à entreprendre ces tâches, pas plus que des négociations n’ont été menées dans ce but. En outre, pendant ma captivité, ayant eu connaissance de ce reproche fait aux SA, j’ai parlé à M. Schellenberg à ce sujet. M. Schellenberg m’a déclaré qu’il a dû y avoir un malentendu dans la transcription de son témoignage. Il a voulu dire : « Des pourparlers des SA avec la direction SS au sujet de la garde des villes et de la campagne ». Je ne conteste pas de telles conversations. Il s’agissait de l’horaire du service de garde, afin qu’il n’y ait aucun incident et que les SA devant monter la garde dans les villes et les villages d’après la loi n’aient pas, en même temps de service dans les SA à accomplir. Voilà ce que voulaient régler ces pourparlers.

Les SA n’avaient absolument rien à voir avec la garde dans les camps de concentration et, plus tard, avec celle des camps de prisonniers de guerre et des camps de travail et je n’ai jamais appris que des SA isolés auraient été appelés à de telles tâches, légalement.

M. BÖHM

Voudriez-vous commenter la question et l’attitude des SA à l’égard de l’Église.

TÉMOIN JÜTTNER

Pour la question de l’Église, les SA laissaient à l’individu une complète liberté de choix. Le chef d’État-Major Röhm était membre de l’Église. En outre, je me souviens qu’en 1934 il a promulgué une ordonnance pour les SA, dans laquelle il interdisait aux SA de prendre position dans des conflits religieux parce que cela aurait risqué de nuire à la solidarité au sein des SA. Moi-même, bien qu’adjoint au chef d’État-Major, j’étais et je suis encore actuellement membre de l’Église évangélique. La plus grande partie des SA appartiennent à l’Église. Beaucoup de membres des SA étaient également — et non uniquement dans des cas isolés — et ce jusqu’à la fin, dans des consistoires des Églises, ce que nous savions bien et ce que nous n’avons jamais cherché à empêcher. Le chef d’État-Major, Lutze, a promulgué un ordre à ce sujet disant, que le service SA ne devait pas avoir lieu pendant les services religieux.

M. BÖHM

Peut-on dire que les SA reconnaissaient comme leurs les principes du christianisme positif ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je crois pouvoir le confirmer formellement.

M. BÖHM

On a fait un rapprochement entre le début de la guerre de 1939 et l’activité des SA. Quelles raisons pouvez-vous donner qui prouvent que l’œuvre des SA n’a pas servi à la préparation de la guerre ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je suppose qu’il s’agit d’abord de l’activité pratique des SA. Ce que les SA ont fait, on ne peut le juger justement qu’en considérant les circonstances de l’époque et non pas d’après l’image que la guerre nous en a donnée maintenant. La situation de l’époque en Allemagne, si je suis bien informé, Monsieur le Président, a été décrite suffisamment ici. Mais puis-je souligner que les Allemands, à cause de la misère du moment, se trouvaient en un très mauvais état physique. Ils étaient difficilement aptes à l’entraînement, encore bien moins à un service actif, même dans leur profession. Leur attitude et leur caractère avaient terriblement baissé et les SA avaient pour seul but de contribuer au développement en Allemagne de l’aptitude physique d’un corps d’hommes braves et aptes au service, pouvant être prêts et désirant servir la Patrie en toutes circonstances.

En 1933, en Allemagne, la guerre civile et la révolte menaçaient. Nous avions derrière nous les révoltes polonaises. Par suite de sa situation centrale, l’Allemagne devait protéger ses frontières plus qu’aucun autre pays, et ce pays si pauvre en matières premières était forcé de prévenir les catastrophes de la nature et devait avoir les moyens de les limiter. C’est pour cela qu’il était nécessaire d’avoir un corps bien entraîné et sain d’hommes physiquement aptes et prêts pour le service militaire. Les SA s’étaient fixé pour tâche d’entraîner ces hommes.

M. BÖHM

Est-ce que les SA ont cru en la paix jusqu’au début des hostilités et comment pouvez-vous prouver que cette croyance des SA en un développement pacifique existait ?

TÉMOIN JÜTTNER

Les SA, sincèrement, ne voulaient pas de guerre. Des centaines de milliers d’anciens combattants du front de la dernière guerre se trouvaient dans les SA. Ils connaissaient la guerre. Ils désiraient, pour l’existence de leur patrie, mais également pour leur propre existence, une évolution pacifique.

En 1939, jusqu’à fin août, moi-même j’étais ici à Nuremberg comme chef de parade du Reichsparteitag (Rassemblement du Parti du Reich), pour préparer les jeux et la grande revue militaire du Reichsparteitag. Les SA ne songeaient nullement à la guerre. Ils n’étaient pas enthousiastes pour la guerre, mais bouleversés par cette guerre. Nous croyions toujours en la paix en raison de nombreux événements historiques du passé. L’accord naval avec l’Angleterre, des traités avec la Pologne, des accords commerciaux avec d’autres États, les relations amicales avec les pays du sud-est de l’Europe et surtout les événements de réconciliation des Olympiades de 1936. Nous croyions en la paix en raison de la coopération entre les anciens combattants des pays d’Europe, coopération qu’appuyaient fortement les SA, en raison de la compréhension toujours croissante des jeunesses des différents États, en raison des réunions internationales d’ouvriers à Hambourg. Nous connaissions les visites amicales et de courtoisie que firent de grands hommes d’État d’autres nations européennes à Adolf Hitler. Nous connaissions les proclamations d’étrangers influents au sujet du IIIe Reich et, finale-ment, c’était l’accord de Munich qui nous enthousiasmait et que nous regardions avec plaisir et qui paraissait nous assurer la paix.

M. BÖHM

Est-ce que la direction SA avait une influence sur la politique ?

TÉMOIN JÜTTNER

Après la mort de Röhm, pas du tout. Les SA étaient tout à fait inaptes à prendre la moindre influence sur la politique, aussi peu les SA en tant qu’organisation que leur direction. Une mauvaise utilisation des SA afin de pousser à la guerre était également exclue. Le militarisme, tel que glorification de l’activité militaire prestige de l’uniforme, force, sonneries ou esprit belliqueux n’a jamais reçu l’approbation des SA. L’attitude de Röhm envers les pays voisins et de Lutze envers la guerre en général en ont été les garants.

M. BÖHM

Est-ce que les SA avaient à exécuter des ordres en vue d’une propagande en faveur de la guerre ?

TÉMOIN JÜTTNER

Devant la Haute Commission, j’ai déjà dit que les SA ne pratiquaient pas d’obéissance aveugle. Jamais, d’aucune source, on n’a demandé aux SA de faire une propagande pour la guerre. De sorte que, ni dans leurs cours, ni dans l’instruction de leurs unités, les SA n’ont fait de propagande en faveur de la guerre.

M. BÖHM

II y a quelques jours, le Ministère Public m’a remis entre autres une déclaration sous serment du président du Conseil, le Dr Wilhelm Högner, dans ma boîte postale et, comme je n’ai pas d’autre possibilité de prendre position en ce qui concerne cette déclaration, si ce n’est ici et maintenant, je voudrais vous poser quelques questions à ce sujet. Dans cette déclaration sous serment, il est dit : « Dès 1922, je crois, — c’était la convention de Cobourg — les SA parcouraient les rues en bandes armées et attaquaient la population paisible, notamment... »

LE PRÉSIDENT

Est-ce que la déclaration sous serment a été versée au dossier ?

M. BÖHM

Cette déclaration a été mise dans ma case il y a trois jours, et je n’aurais pas de raison de produire cette déclaration, Monsieur le Président...

LE PRÉSIDENT

Docteur Böhm, je vous ai posé une question parfaitement simple, ne pouvez-vous y répondre ? Je vous ai demandé si ce document avait été versé au dossier ?

M. BÖHM

Ce document n’a pas été produit en tant que preuve, mais je n’ai pas de possibilité de prendre position sur ce document si je ne saisis pas cette occasion-ci.

LE PRÉSIDENT

Ou bien vous voulez le verser au dossier, ou bien vous ne le désirez pas. Si cette pièce n’a pas encore été versée au dossier, il n’y a pas en tenir compte.

M. BÖHM

Non, je ne voudrais que poser quelques questions en me basant sur ce document.

LE PRÉSIDENT

Vous ne pouvez pas le faire tant que vous ne l’aurez pas versé au dossier. Si vous voulez le déposer, alors faites-le. Si vous ne le désirez pas... Je vous prie de m’écouter... Il n’est pas exact de dire que vous n’avez pas d’occasion de traiter de ce document. Vous pourrez l’utiliser au moment du réinterrogatoire. Si ce document est utilisé dans le contre-interrogatoire, vous pourrez l’utiliser à ce moment-là. Autrement dit, si vous voulez le verser au dossier maintenant, vous le pouvez à condition qu’il soit admis et en prendre la responsabilité.

M. BÖHM

Oui, ce serait exact si cette déclaration était admise lors du contre-interrogatoire, mais si...

LE PRÉSIDENT

S’il n’est pas présenté, nous ne le verrons pas, nous ne le connaîtrons pas.

M. BÖHM

Monsieur le Président, j’en déduis que si cette déclaration sous serment n’est pas produite lors du contre-interrogatoire, elle ne pourra pas non plus être produite après. Donc l’affaire est claire et je n’ai pas besoin de prendre position.

LE PRÉSIDENT

Oui ; en tous cas s’il y avait une requête du Ministère Public pour soumettre cette déclaration en guise de réfutation, vous auriez alors une occasion d’y répondre, étant donné les circonstances.

M. BÖHM

Alors je demanderai au Tribunal d’admettre que mon témoin que j’ai prévu pour cela et qui se trouve à la barre en ce moment puisse être appelé par moi.

LE PRÉSIDENT

Non, Docteur Böhm. Ou bien vous versez cette preuve vous-même maintenant, ou bien vous attendez de réinterroger. Sir David, je ne sais pas du tout de quoi il s’agit ici. Le Dr Böhm ne semble pas être au courant de la situation.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, je n’ai pas très bien entendu le nom du signataire, mais il se peut que ce soit une des déclarations sous serment pour lesquelles j’ai fait une demande auprès du Tribunal il y a deux jours disant que je les verserai en réfutation après les plaidoiries. Un moment, je vous prie, Mylord... Oui, Mylord, c’est une déclaration sous serment du président du Conseil de Bavière que j’ai mentionnée il y a deux jours.

LE PRÉSIDENT

Alors vous pouvez le soumettre pour le contre-interrogatoire, n’est-ce pas ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Oui, je le pourrai.

LE PRÉSIDENT

Vous prendrez, en tout cas, la procédure qui vous est le plus commode ; alors le Dr Böhm pourra réinterroger à son sujet. Il semble qu’il a eu l’occasion de le voir.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Bien, Monsieur le Président.

M. BÖHM

Monsieur le Président, ce que je voulais éviter c’est que ce document soit produit après l’interrogatoire de mon dernier témoin. Je n’aurais plus eu de possibilité de le réfuter.

Monsieur Jüttner, je voudrais maintenant vous poser une dernière question. Est-ce que les buts politiques des SA avaient un caractère criminel ?

TÉMOIN JÜTTNER

Ce que les SA ont fait et ce que leur direction poursuivait comme but ne devait jamais craindre la lumière du jour. La direction des SA n’a pas poursuivi de buts criminels et n’était pas non plus au courant des buts criminels d’autres services. Les SA, en tant qu’organisation, n’ont jamais commis des actes pouvant justifier leur diffamation en tant qu’organisation criminelle. Les SA, Monsieur le Président, possédaient beaucoup de partisans dans l’ancien Reich et également en dehors de ses frontières. Les SA avaient également des adversaires. Quelques-uns de ses adversaires ont élevé leur voix et ont causé, par haine ou envie, des préjudices aux SA. Ce n’est pas la vérité, mais uniquement des calomnies telles que celles qui ont déjà fait trébucher pas mal de braves gens dans l’Histoire, qui pourraient amener à conclure que les 5.000.000 ou 6.000.000 d’hommes qui ont appartenu aux SA pendant les dernières années sont des criminels.

M. BÖHM

Je n’ai pas d’autres questions à poser.

TÉMOIN JÜTTNER

Pour ces hommes, pour ces 5.000.000 ou 6.000.000 d’hommes ou les nombreux millions de membres des familles de ces hommes, je peux déclarer sous serment que jamais les SA n’ont eu un caractère criminel. Monsieur le Président, pendant toute ma vie et pour chacun de mes actes, j’ai tenu à prendre courageusement mes risques sans rien craindre, même pas la mort, uniquement le déshonneur, et je considère comme un déshonneur de se soustraire à la responsabilité en mettant fin à ses jours ou en mentant. A cet égard, Monsieur le Président, ma conscience est pure. C’est pour cela qu’avec ma déclaration au sujet de l’innocence des SA je peux me présenter devant le Juge Suprême.

M. BÖHM

Je n’ai pas d’autres questions à poser, Monsieur le Président.

LE PRÉSIDENT

Est-ce que le Ministère Public désire contre-interroger le témoin ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Dites-vous, témoin, que les SA n’eurent rien à faire avec les atrocités commises contre les populations des territoires occupés ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je n’ai pas bien compris la fin de la question.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Contre les populations des territoires occupés, pas l’Allemagne, les territoires étrangers occupés par l’Allemagne.

TÉMOIN JÜTTNER

La direction des SA...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est une question parfaite-ment simple. Vous avez fait vos discours, maintenant répondez par oui ou par non. Dites-vous ou non que les SA avaient quelque chose à faire dans les atrocités commises contre les populations des territoires occupés ?

TÉMOIN JÜTTNER

J’ai l’intention de répondre d’après la vérité. C’est pour cela que je ne peux pas me laisser prescrire ce que j’ai à répondre.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Est-ce que vous ne pouvez pas répondre par oui ou par non ?

LE PRÉSIDENT

Vous pourrez expliquer après. Si vous répondez à ces questions par oui ou non, vous pourrez ensuite donner vos explications.

TÉMOIN JÜTTNER

Les SA n’avaient rien à voir avec le traitement des populations des territoires occupés.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vois. Maintenant, je voudrais que vous regardiez votre rapport sur les SA durant la guerre. Monsieur le Président, le Tribunal le trouvera dans le livre de documents B-16, page 113.

Monsieur le Président, c’est le numéro PS-4011 qui deviendra GB-596.

Témoin, avant de regarder le document, vous souvenez-vous avoir dit devant la commission : « Au début de la guerre avec la Pologne, le groupe SA Sudètes transporta des prisonniers de guerre dans les camps. D’autres groupes SA de l’Est ont pu être utilisés dans des buts similaires plus tard. Les chefs SA et les SA en tant qu’organisation n’eurent rien à voir avec cette question ».

Vous souvenez-vous avoir dit cela ?

Page 336 du texte. Un de vos groupes a transporté des prisonniers de guerre dans les camps et d’autres groupes de SA ont pu avoir été utilisés dans des buts similaires ; vous souvenez-vous d’avoir dit cela devant la commission ? Si vous voulez ne pas regarder un moment ce document et vous souvenir de ce que vous avez dit devant la commission, cela nous aidera. Vous souvenez-vous d’avoir dit cela devant la commission ?

TÉMOIN JÜTTNER

Oui, j’ai avoué devant la commission et je ne le nie pas non plus aujourd’hui que le groupe SA des Sudètes a ramené, sur l’ordre de la Wehrmacht, des prisonniers de guerre vers l’arrière au cours de la campagne de Pologne, mais avant, Monsieur le Procureur, vous m’aviez questionné au sujet du traitement des populations des territoires occupés.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

J’ai votre réponse à ce sujet, nous procédons par ordre. Mais vous admettez avoir dit cela devant la commission, que le groupe SA Sudètes s’est occupé du transport des prisonniers de guerre dans dès camps et que d’autres groupes ont pu, à l’Est, être utilisés dans des buts semblables ? Vous souvenez-vous avoir dit cela ?

Je suis simplement en train de prendre acte de ce que vous avez dit. Vous admettez l’avoir dit ?

TÉMOIN JÜTTNER

Mais je viens de le dire à l’instant.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Eh bien, maintenant, regardons votre rapport. C’est un rapport fait par vous le 23 juin 1941, et vous voyez qu’après un paragraphe général — Monsieur le Président, si vous voulez passer à la page 116, page 4 du document original — témoin si vous voulez passer au paragraphe IV-a), vous dites : « Les SA qui sont restés dans la zone de communication s’occupent d’une façon primordiale du maintien de l’organisation des SA. Toutes les unités, même les plus infimes, sont actives, et les hommes sacrifient volontairement leur temps pour le devoir envers le Parti. Ceci comprend l’assistance aux chefs politiques dans les tâches de l’éducation et de l’orientation de la propagande et la contre-propagande, les préparatifs de réunion, le contrôle de la population dans les régions frontières ».

Est-ce exact ce que vous avez écrit en 1941 ?

TÉMOIN JÜTTNER

Parfaitement exact. Les arrières, c’est la patrie et non les territoires occupés.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Et bien, regardez à la page 117 du texte anglais, Monsieur le Président. Témoin, je crois que c’est à la page 123 de votre version. Page 5 de l’original du document, page suivante. Voyez le paragraphe c). « Les tâches remplies par les SA qui ont trait à l’appui direct des Forces armées et qui favorisent la puissance des armes allemandes se sont développées dans tous les domaines ». Au moment où ce rapport a été écrit, ou bien dans les semaines précédentes, les groupes suivants furent employés... « 2l groupes de SA pour garder les prisonniers ?. Ces 21 groupes gardaient-ils des prisonniers ? Où les gardaient-ils ?

TÉMOIN JÜTTNER

En Allemagne, pendant la campagne de Pologne.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est en 1941, la campagne de Pologne avait déjà été terminée depuis environ 21 mois. Vous dites : « Au moment où ce rapport est écrit, ou bien durant les quelques semaines précédentes ».Où gardaient-ils alors les prisonniers ?

TÉMOIN JÜTTNER

Ce rapport est un résumé de l’activité des SA pendant le début de la guerre ; tout est énuméré, tout ce que les SA ont fait de positif.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

N’avez-vous pas entendu ce que je vous ai demandé et ne pouvez-vous pas lire votre propre rapport ? On y voit : « Au moment où ce rapport est écrit, ou bien durant les quelques semaines précédentes », c’est-à-dire en juin 1941. Vous dites des SA qu’ils gardaient des prisonniers. Je vous demande où gardaient-ils des prisonniers ?

TÉMOIN JÜTTNER

Cela ne doit pas être considéré comme signifiant que 21 groupes SA ont été employés pour garder des prisonniers, cela veut simplement dire que...

LE PRÉSIDENT

Un moment. La question était : où avez-vous dit qu’ils gardaient des prisonniers ? Ceci n’a rien à voir avec le chiffre 21. Où gardaient-ils des prisonniers ?

TÉMOIN JÜTTNER

Dans des camps de prisonniers dans la région du Reich où des SA isolés ont été incorporés dans la Wehrmacht pour peu de temps, pour garder des prisonniers.

LE PRÉSIDENT

Que voulez-vous dire par la région du Reich ? Était-ce l’Allemagne telle qu’elle était avant le ’début de la guerre ?

TÉMOIN JÜTTNER

Oui. Il est possible qu’en Prusse, ou au Gouvernement Général il y eut des prisonniers de guerre, mais cela n’est pas de ma connaissance.

LE PRÉSIDENT

Et dans les provinces Baltes ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je n’en sais rien.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Et bien nous verrons si je peux vous rafraîchir la mémoire là-dessus. Pour en revenir à ce document, voulez-vous regarder le passage suivant.

LE PRÉSIDENT

Avant de passer à cette page, il y a un passage juste avant que vous pourriez peut-être lui soumettre.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vais le faire, Monsieur le Président. (Au témoin.) Regardez juste avant le paragraphe b). Vous verrez les termes : « De nombreux chefs et des subalternes SA furent fournis au Front du Travail allemand pour travailler dans l’organisation Todt ». Est-ce exact ?

TÉMOIN JÜTTNER

Quelle page est-ce ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est environ dix lignes avant la page que je viens de vous lire sur les 21 groupes de SA gardant les camps. On lit : « De nombreux chefs et subalternes SA furent fournis au Front du Travail allemand pour travailler dans l’organisation Todt ».

TÉMOIN JÜTTNER

Nous avons donné des hommes à l’organisation Todt pour le travail, mais ils démissionnaient alors des SA.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Est-ce que c’était pour garder les travailleurs forcés ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non. Nous les avons remis à l’organisation Todt et c’est ainsi qu’ils étaient rayés de la compétence des SA.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Pouvez-vous passer la page 6 de l’original, vous verrez l’en-tête « Entraînement prémilitaire », ce qui y est dit, et ceci la seconde année de la guerre. C’est le second paragraphe, après avoir traité des groupes de défense des SA. « Ce travail d’éducation est essentiellement pour aider l’esprit combattif, retenir et fortifier la volonté de lutter et renforcer l’idée de communauté nationale-socialiste chez les Allemands pour devenir un témoignage sans compromis de camaraderie d’arme ». Puis, ensuite, vous faites un compte rendu de l’entraînement y compris « signaux et pratique des objectifs, instruction et pratique du maniement d’armes, aussi bien que le tir en stand et en campagne, et, plus loin, lancer de la grenade, etc. »

Vous connaissez très bien ces complications ; je vous suggère que cet entraînement qui est établi dans votre troisième rapport durant la seconde année de la guerre est exactement le même entraînement que celui qui est établi dans vos rapports sur les directives d’entraînement de 1934, 1938 et 1939. C’est le même entraînement que donnaient les SA à leurs membres durant les sept dernières années, presque mot pour mot. N’est-ce pas exactement le même entraînement qui est contenu dans toutes vos directives d’entraînement ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non, ce n’est pas exact.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vous soumettrai les directives d’entraînement en temps utile. C’est votre réponse ; vous dites que ce n’est pas la même chose, et moi je vous suggère que c’est délibérément faux et que ce rapport couvre exactement le même domaine utilisant pratiquement le même langage que vos rapports de 1934, 1938, vos directives d’entraînement en 1934, 1938 et 1939.Maintenant, considérez que c’est tout.

Je voudrais que le Tribunal considère votre bonne foi. Dites-vous encore que ce rapport n’est pas le même que les directives d’entraînement des SA de 1934, 1938 et 1939 ? Le dites-vous, oui ou non ?

TÉMOIN JÜTTNER

L’important est de savoir comment ce service était organisé, et...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je ne vous demande pas comment on faisait ce service, mais je vous pose une question sur le contenu de ces directives, et je vous pose une question parfaitement claire. Est-ce que cet entraînement qui est contenu dans ce rapport, deux ans après le début de la guerre, n’est pas exactement le même que l’entraînement préconisé dans les directives de 1934, 1938 et 1939 ? Est-ce que vous voulez maintenir votre réponse que ce n’est pas la même chose ?

TÉMOIN JÜTTNER

Avant la guerre, nous n’avons pas fait d’instruction prémilitaire ou post-militaire. Pendant la guerre, nous avons tout fait pour renforcer la force armée du peuple allemand. Je ne peux répondre rien d’autre ; c’est pourquoi je dois dire « non », car ce qui est rapporté ici est autre chose que ce que nous avons fait en pratique avant la guerre.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Bien, telle est votre réponse. En temps voulu, je remettrai ces directives au Tribunal qui jugera. Maintenant, passez à la page 15 de l’original.Monsieur le Président, c’est à la page 127 du texte anglais. Vous voyez le titre « Travail fait par les SA dans les territoires reconquis. » Vous l’avez, page 15 ?

TÉMOIN JÜTTNER

Oui.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

« Travail fait par les SA dans les territoires reconquis. Les deux groupes SA « Vistule » avec ses Quartiers Généraux à Dantzig, et « Warthe », avec ses Quartiers Généraux à Posen, furent formés à l’Est. Le territoire la Haute-Silésie fut assigné à l’unité « Silésie », le territoire de Memel et de Suwalki aux provinces Baltes, unité « Ostland ». Je vous demande de noter ceci : unité « Osland ».

« Bientôt, les unités SA formèrent un réseau de forces de postes très solides pour le mouvement national-socialiste. L’unité de la Vistule comprenait 15 Standarten, avec 507 compagnies (Stùrme), l’unité Warthe, 29 Standarten, comptant 684 compagnies. Dans ces régions, de même que dans la période de combat » — notez ces mots — « de même que dans la période de combat, les SA étaient l’unité d’assaut du Parti. Ils aidaient à rassembler la force allemande, à la renforcer et à la mettre en accord avec les principes nationaux-socialistes. Un certain nombre de jeunes de race allemande ont été entraînés dans les écoles de SA pour les cadres subalternes des SA. Dans ces régions également, le service SA proprement dit tend à renforcer les forces défensives. De plus, il a été souvent nécessaire d’enseigner la langue allemande et d’expliquer les idées de base du national-socialisme. C’est pourquoi il était nécessaire de surmonter les complexes d’infériorité des allemands de race, résultat de l’oppression polonaise, et d’amener leur apparence externe et leur tenue en accord avec celle des Standarten SA. Ce fut alors seulement possible de commencer véritablement l’entraînement militaire. Le travail des SA à l’Ouest est aussi semblable à celui accompli à l’Est. Là, il fut possible, en peu de temps, de faire entrer dans les SA une partie importante de la population masculine, en recrutant les anciens soldats allemands de la première guerre mondiale. Les chefs des « Standarten » sont, d’une façon prédominante, les chefs SA du Reich allemand. Les « Sturmbanne » et les « Stürme » sont, pratiquement sans exception, commandés par des Alsaciens qui ont subi un entraînement spécial, dans une école SA spéciale dans le Reich. Les chefs SA du Reich allemand et hommes se trouvent à leur côté pour les conseiller et les aider. »

Et bien, je voudrais vous poser plusieurs questions sur l’Est. Je laisserai l’Ouest après cette seule question. Est-ce que vous ne voulez pas dire par ce paragraphe que les SA faisaient de leur mieux pour aider à la germanisation de l’Alsace ?

TÉMOIN JÜTTNER

Les SA ont monté là-bas l’organisation et ont essayé d’entraîner des hommes et de leur inculquer les principes convenant aux SA. La question de la germanisation, etc., ne jouait aucun rôle dans notre travail.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je voudrais que vous regardiez la procédure. « Le chef d’État-Major,... » c’était Lutzeen 1941, il était encore vivant alors. Dans le paragraphe suivant :

« II visita ces territoires à l’Est et à l’Ouest et vit clairement dans ce service, non seulement dans les villes les plus importantes, mais aussi dans les garnisons les plus infimes, des SA ».

Est-ce que le chef d’État-Major a emmené avec lui son adjoint à l’une de ces visites, c’est-à-dire vous-même ?

TÉMOIN JÜTTTNER

Je l’ai accompagné dans l’Est une fois, mais jamais dans l’Ouest.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Peut-être avez-vous eu de la chance d’aller dans l’Est. Êtes-vous jamais allé à Vilna ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Voyons si vous ne pouvez pas nous aider avec votre connaissance approfondie des SA, dont vous nous avez parlé ce matin. Connaissiez-vous un officier SA appelé Hinkst qui était commandant d’État-Major à Vilna ?

TÉMOIN JÜTTNER

Quel est ce nom ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Hinkst. Vous ne le connaissiez pas ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non. Je ne le connais pas.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

II était commissaire à Vilna.

TÉMOIN JÜTTNER

Je ne le connais pas.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Vous vous souvenez de Vilna ? Les vieilles baraques avaient été occupées et étaient connues sous le nom des casernes SA. Ne le saviez-vous pas ?

TÉMOIN JÜTTNER

De ma vie je n’ai été à Vilna. Je ne sais pas non plus qui travaillait à Vilna, des SA ou des autres services.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Mais ne saviez-vous pas que l’un des groupes qui ont été formés était un groupe très intéressant. Ils ne faisaient cependant pas un travail aussi important que les SA, mais cependant ils ont dû tuer 10.000 Juifs en 1941. Vous n’avez jamais entendu parler de cela ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non. Je ne comprends pas cette question.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est parfaitement clair. Je vous disais qu’en septembre 1941, 10.000 Juifs furent tués à Vilna, et les gens qui les ont encerclés dans le ghetto, les gens qui les ont pris pour les tuer, étaient le détachement des SA de Vilna.

TÉMOIN JÜTTNER

Je le nie énergiquement. Les SA n’avaient rien à voir avec ces affaires. Les SA n’ont pas participé à ceci. Nous n’avions pas de SA à Vilna.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Bon. Nous allons jeter un regard sur cette déclaration sous serment. Pouvez-vous regarder cette déclaration ?

LE PRÉSIDENT

Avant de voir cela, est-ce que vous avez signé ce document qui vient de vous être soumis ? Ce rapport ?

TÉMOIN JÜTTNER

Oui.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Merci, Monsieur le Président, Pouvez-vous regarder le document D-964 qui est une déclaration sous serment de M. Szloma Gol, qui deviendra GB-597.Je m’excuse, Monsieur le Président, c’est à la page 55.

Ce monsieur dit : « Je suis Juif, je vivais à Vilna, Lituanie. Durant l’occupation allemande, je me trouvais dans le ghetto de Vilna. L’administration du ghetto de Vilna était faite par les SA. Le commissaire de la ville (Stadtkommissar) était un officier SA appelé Hinkst. Le Lanidkommissar de Vilna était un officier SA appelé Wolf. Le conseiller des questions juives était un officier SA du nom de Murer ».

Vous souvenez-vous d’un officier SA appelé Wolf, en Lituanie, ou d’un officier SA appelé Hinkst ?

TÉMOIN JÜTTNER

Ni le nom de Hinkst, ni le nom de Wolf ne me sont connus et je nie énergiquement que nous avions un groupe de SA à Vilna.

M. BÖHM

Je vous demande pardon, Monsieur le Président. Ces charges que l’on essaye de mettre sur le compte des SA sont tellement graves et sont si manifestement inconnues du témoin que je dois demander — si l’on doit se servir de cette déclaration sous serment ou de ce qu’elle contient — de faire venir ici le témoin Szloma Gol et de l’interroger. S’il est déjà à Nuremberg, on peut l’entendre devant le Tribunal.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, M. Gol est à Nuremberg et mon ami pourra lui poser toutes les questions qu’il voudra. Il peut montrer différentes choses prises sur les cadavres des Juifs qui ont été fusillés.

LE PRÉSIDENT

Cet homme est ici à Nuremberg ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Oui, il est ici à Nuremberg. De ces six déclarations sous serment, j’en ai retenu quatre qui couvrent les allégations principales. J’ai gardé Gol, Beig, Sigall et Kibart. Les deux autres sont partis à leur travail, travail qu’on leur avait trouvé. Je pensais qu’il ne serait pas juste de les garder tous ici, mais j’en avais gardé quatre ici. Donc, la Défense aura toutes les occasions de les contre-interroger.

LE PRÉSIDENT

Traitent-ils tous du même sujet ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Non, Monsieur le Président. Ils traitent Vilna, Kaunas et Schaulen, trois localités différentes.

LE PRÉSIDENT

Sir David, est-ce que vous avez l’intention d’utiliser ou de lire toutes ces déclarations maintenant, ou bien de les utiliser dans le contre-interrogatoire ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, j’avais l’intention de soumettre les points les plus importants au cours du contre-interrogatoire et montrer sur quoi étaient fondées ces déclarations, mais je n’avais pas l’intention de les lire entièrement. J’avais choisi environ trois passages à lire.

LE PRÉSIDENT

Oui, Docteur Böhm.

M. BÖHM

Avant de faire lire ces déclarations sous Serment, je voudrais d’abord faire examiner l’authenticité de ces déclarations. Le document que j’ai reçu est le numéro D-964.

LE PRÉSIDENT

Docteur Böhm, nous prenons en considération votre demande pour le moment, que cet homme soit appelé pour être interrogé contradictoirement. C’est certainement suffisant.

M. BÖHM

Non, Monsieur le Président, seulement si le document qui a été soumis ici est authentique et a été signé.

LE PRÉSIDENT

Sir David a dit que cet homme était ici. S’il est ici, vous pourrez lui demander si cette déclaration est exacte.

M. BÖHM

Je n’ai pas besoin de présenter un témoin, Monsieur le Président, qui n’a pas fait de déclaration sous serment.

LE PRÉSIDENT

Personne ne vous demande de l’introduire comme votre témoin. Vous demandez, et c’est cette demande que nous considérons ici, qu’on l’amène pour l’interroger contradictoirement, mais cela ne signifie pas qu’il soit votre témoin.

M. BÖHM

J’ai demandé à l’entendre, mais à condition qu’il ait fait une déclaration sous serment.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, la déclaration sous serment originale est soumise au témoin ; on m’a dit qu’elle avait été faite sous serment devant le commandant Wurmser ; en tout cas, les déclarations faites par le témoin avant qu’il signe se trouvent sur l’original.

M. BÖHM

Je fais cette objection parce que sur mon document on ne voit pas qu’il ait été signé.

LE PRÉSIDENT

Donnez-nous l’original. Docteur Böhm, vraiment il vaudrait mieux que vous preniez la peine de regarder le document original avant de faire des interruptions de ce genre.

M. BÖHM

Monsieur le Président, je n’ai pas fait d’accusation. J’ai seulement demandé de constater si c’était signé, car sur mon document ce n’est pas signé.

LE PRÉSIDENT

Sir David, pour gagner du temps, ne vaudrait-il pas mieux que l’on utilise deux déclarations et que deux des témoins soient appelés pour le contre-interrogatoire ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, j’avais déposé trois affidavits parce que cela couvre trois villes : Vilna, Kaunas et Schaulen. Mais je puis me limiter.

LE PRÉSIDENT

Le Tribunal accordera que ces déclarations soient soumises à examen contradictoire à condition que les trois signataires soient appelés en contre-interrogatoire, et nous pensons qu’il serait très commode qu’on les appelle immédiatement après le contre-interrogatoire de ce témoin et son nouvel interrogatoire.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, je vois que je suis un peu en difficulté à cause de Schaulen, car les deux signataires qui devaient traiter de Schaulen sont partis. Monsieur le Président, je m’excuse, j’ai un témoin. J’ai fait une erreur en disant à Schaulen, j’aurais dû dire Kaunas. Mais je présenterai les faits et je n’utiliserai les déclarations qu’en ce qui concerne Vilna et Schaulen.

LE PRÉSIDENT

On donnera des ordres à l’huissier audien-cier pour que ces témoins puissent paraître immédiatement après le témoin présent, afin qu’ils puissent être contre-interrogés par le Dr Böhm, s’il le désire.

SIR DAVID MAXWELL-PYFE

Nous ferons ainsi, Monsieur le Président. Témoin, je voudrais maintenant traiter la question de Vilna.

LE PRÉSIDENT

Sir David, je vois qu’il est maintenant midi moins vingt-cinq ; je crois qu’il vaudrait mieux suspendre.

(L’audience est suspendue.)
SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, j’ai choisi trois de ces témoins pour s’occuper de chacune des trois villes : Szloma Gol va s’occuper de Vilna, Kagan de Kaunas, et Kibart de Schaulen.

Monsieur le Président, ils ne sont pas au Tribunal actuellement, de sorte qu’ils n’entendront pas le contre-interrogatoire. On les fera venir en temps voulu.

M. BÖHM

Monsieur le Président, je peux renoncer à l’interrogatoire de ces témoins. Je ne vois pas d’objection à ce que l’on utilise ces déclarations sous serment ; je peux éclaircir les faits avec la déclaration du témoin Kibart en contre-interrogatoire. Ces gens n’avaient rien à voir avec les SA, et le témoin Jüttner va éclaircir la question. On doit les considérer comme des fonctionnaires qui étaient dans l’Année ; c’étaient des fonctionnaires du ministère des Affaires de l’Est. Et ils n’étaient pas plus considérés comme SA qu’on peut considérer, par exemple, un soldat de la Wehrmacht comme un SA, une fois qu’il fait partie de la Wehrmacht, bien qu’il ait été précédemment dans les SA. En conséquence, je n’attache aucune importance à l’examen de ces témoins.Je renonce à entendre ces témoins.

LE PRÉSIDENT

Très bien.Sir David, si le Dr Böhm, ne le veut pas, je pense que nous n’aurons pas besoin de faire venir ces témoins.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je m’en remets naturellement au Dr Böhm. et à la décision du tribunal. Je veux que l’on sache, Monsieur le Président, que le Ministère Public n’a pas soulevé d’objection à la convocation de ces témoins et qu’ils sont prêts à comparaître.

LE PRÉSIDENT

Oui, mais vous pouvez vous servir des déclarations sous serment.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Témoin, avez-vous un exemplaire en allemand du document D-964 ?

TÉMOIN JÜTTNER

D-964 ? Oui, j’en ai un.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est une déclaration sous serment de M. Gol. Je vous ai lu le premier et le second paragraphe, voulez-vous regarder le troisième paragraphe, vous voyez : « En décembre 1943, 80 Juifs du Ghetto dont quatre femmes, moi-même et mon ami Joseph Belic, reçurent l’ordre, de la part du SA-Sturm-führer, dont j’ai oublié le nom, de vivre dans une grande fosse à quelque distance de la ville. Cette fosse avait été creusée à l’origine pour constituer une réserve de pétrole souterraine. Elle était ronde, avait 60 mètres de diamètre, 4 mètres de profondeur ;le haut était en partie couvert de planches ; il y avait deux pièces séparées par des cloisons en bois, de même qu’une cuisine et des toilettes. Nous y vécûmes en tout six mois avant de nous évader. Nous étions gardés par des gardiens SA sur lesquels je donne les détails suivants ».

Et au paragraphe 5, vous voyez qu’il dit que « les gardiens SA ont jeté des chaînes dans la fosse et que le Sturmführer a ordonné au contremaître juif sous les ordres duquel nous travaillions de nous enchaîner. Les chaînes furent fixées autour des chevilles et de la taille. Elles pesaient chacune 2 kilos et quand nous les portions nous ne pouvions faire que de tout petits pas. Nous les. avons portées sans cesse pendant six mois. Les SA avaient dit que si un homme quelconque enlevait ses chaînes, il serait pendu. Les quatre femmes qui travaillaient à la cuisine n’étaient pas enchaînées. » Ensuite, avant d’en arriver au travail, j’aimerais que vous remarquiez le paragraphe 10, qui comporte la description des gardiens :« Le travail de creuser les tombes et de construire les bûchers était surveillé et gardé par 80 gardiens environ. Parmi eux, plus de 50 étaient des SA, revêtus d’uniformes bruns, armés de revolvers et de poignards et de fusils automatiques. Fusils toujours chargés et dirigés vers nous. Les autres 30 gardiens étaient composés en partie de Lituaniens, de SD et de SS. Au cours du travail, les gardiens Lituaniens eux-mêmes furent fusillés, afin probablement qu’ils ne puissent révéler ce qui avait été fait. Le commandant de tout l’endroit était l’officier SA Murer (expert juridique pour les questions juives), mais il ne faisait que procéder à des inspections du travail. De temps en temps, l’officier SA Legel commandait en cet endroit. Notre fosse la nuit était gardée par dix ou douze de ces gardiens ». Il dit ensuite que ces gardiens « les frappaient et les blessaient de leur poignard » et qu’on les jetait sur des piles de cadavres, qu’ils n’avaient pas le droit d’être malades pendant plus de deux jours, si quelqu’un était malade plus de deux jours, il était abattu. Il dit, au paragraphe 12, que « sur 76 hommes qui vivaient dans la fosse, 11 furent tués au travail ».Je voudrais que vous regardiez très brièvement les paragraphes 7, 8 et 9 qui décrivent le travail. Le paragraphe 7 dit que : « Le travail consistait à creuser des fosses communes, à empiler les corps sur des bûchers et à les brûler. J’étais occupé à déterrer les corps ; mon ami Belic était occupé à scier et à ranger le bois. » Le paragraphe 8 dit : « Nous avons déterré en tout 80.000 corps. Je le sais parce que deux des Juifs qui étaient avec nous reçurent l’ordre de compter les corps ; c’était leur travail. Les corps étaient mélangés : Juifs, prisonniers de guerre soviétiques, Polonais. Parmi ceux que je déterrai, je trouvai mon propre frère, car il avait ses papiers d’identité sur lui. Il était mort deux ans auparavant, car je savais qu’il était dans un lot de 10.000 Juifs de Vilna fusillés en 194l. »

Ensuite il décrit le procédé employé pour bâtir un bûcher funéraire, tas de corps et de bois sur lequel on jetait du pétrole, puis on y mettait le feu.

Est-ce que vous prétendez dire au Tribunal que vous n’aviez jamais entendu parler de ce qui se passait à Vilna ou qu’il n’y avait pas de personnel SA impliqué dans ces événements ?

TÉMOIN JÜTTNER

J’ai la déclaration suivante à faire à ce sujet...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

En tout premier lieu, voulez-vous répondre à ma question. Est-ce que vous affirmez que vous n’avez jamais entendu parler de ce qui se passait à Vilna et que des SA n’étaient pas impliqués dans ces faits ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je le maintiens formellement. C’est la première fois que j’entend cela et nous n’avions rien à voir là dedans. Il n’y avait aucun SA en Lituanie. Nous avions, seulement dû former des SA dans l’ancien Gouvernement Général. C’était des postulants SA et des Allemands. Nous n’avons organisé aucune unité SA en Lituanie. Ni le commandement des SA, ni l’organisation SA n’ont jamais rien eu à voir avec la garde des ghettos et de telles atrocités ; si elles ont eu lieu, elles doivent être stigmatisées comme telles. Mais je puis très bien m’imaginer qu’on a fait mauvais usage de l’uniforme des SA et de l’appartenance, en particulier les Lituaniens.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Oui, je vois votre explication :on s’est trompé sur les gens qui portaient simplement des chemises brunes. Est-ce votre explication ? Probablement même ils portaient un brassard à croix gammée pour rendre l’identification plus difficile. Vous êtes réellement en train de dire au Tribunal, qui siège ici depuis neuf mois et a pu apprendre ce qui s’est passé dans ce pays, que votre explication est que quelqu’un a confondu avec d’autres personnes portant la chemise brune. C’est ça votre explication ?

TÉMOIN JÜTTNER

C’est une explication que j’ai déjà donnée.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, je voudrais simplement soumettre — car je ne voudrais pas faire perdre du temps — le document D-975 qui est une déclaration supplémentaire de M. Gol et qui porte le numéro GB-598. Il raconte comment on enlevait les dents en or des cadavres. Monsieur le Président, je ne juge pas nécessaire d’entrer dans les détails, car vous avez déjà suffisamment entendu dire comment il était procédé et le moyen habituel de le faire. Contentons-nous de dire que Murer lui-même emporta les boîtes avec lui. (Au témoin.) Maintenant j’en viens à Kaunas ou Kovno ; je voudrais que vous me disiez si vous ne connaissez pas un SA Brigadefùhrer nommé Kramer, qui était gouverneur de Kaunas.

TÉMOIN JÜTTNER

On n’a pas parlé d’un Brigadeführer Kramer. Je connais un chef de brigade...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Nous le mentionnons maintenant.

Je vous demande : est-ce que vous affirmez n’avoir pas connu un Brigadeführer appelé Kramer qui était Gouverneur de la ville de Kovno ou Kaunas ? C’est un endroit très connu,

TÉMOIN JÜTTNER

Oui, je connais la ville de Kovno, je suis d’accord avec vous ; mais je voudrais encore entendre le nom : Kamer ou Kramer ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Kramer ; il était le Gouverneur allemand de la ville et en même temps Brigadeführer SA Kramer.

TÉMOIN JÜTTNER

Je connais un Brigadeführer SA qui s’appelait Kramer, mais je ne sais pas s’il était Gouverneur de la ville de Kovno.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Connaissez-vous un Haupt-sturmführer SA nommé Jordan ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Ne savez-vous pas non plus que le bureau du Gouverneur de la ville de Kovno était uniquement commandé par des SA, jusqu’aux femmes employées dans ces bureaux qui appartenaient aux sections féminines des SA Elles portaient des chemises brunes de SA avec une croix gammée. Prétendez-vous que vous n’en avez jamais entendu parler ?

TÉMOIN JÜTTNER

Nous n’avions aucun SA à Kaunas et je ne connais aucun service là non plus. Si ce Kramer, supposé chef des SA, y travaillait, il n’y était pas en tant que chef des SA. Les SA n’ont absolument rien à faire là. Je voudrais le souligner particulièrement à nouveau.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vais vous poser deux autres questions. Connaissez-vous un Brigadeführer appelé Lenzen ?

TÉMOIN JÜTTNER

Un Brigadeführer Lenzen travaillait à une certaine époque avec le chef des Sports du Reich ; c’est là que j’ai fait sa connaissance.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Saviez-vous que Lenzen était commissaire du district rural de la région de Kaunas ?

TÉMOIN JÜTTNER

Si Lenzen était commissaire de districts ruraux, il n’était pas utilisé par les SA et comme chef SA mais dans le cadre du ministère pour les Territoires de l’Est et, ainsi, n’était pas sous commandement SA, s’il travaillait là-bas.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Est-ce que vous affirmez que nous n’aviez pas de section de SA — je ne sais s’il s’agit d’une compagnie ou d’une unité moindre — préposée à la garde des prisonniers de guerre près de Kaunas ?

Vous nous aviez dit que vous aviez des unités dans ces territoires, qui appuyaient la Wehrmacht. Est-ce que vous répondez qu’il n’y avait pas de SA qui gardaient les prisonniers de guerre de Kaunas ?

TÉMOIN JÜTTNER

Nous n’avions pas d’unité de SA organisée à Kovno et je ne puis en dire plus. Il y avait des unités organisées de SA dans l’ancien Gouvernement Général ; mais à part cela, dans les territoires de l’Est, nous n’avions pas organisé d’unités SA, sauf en Prusse Occidentale où se trouvait Posen, précédemment. En conséquence, nous ne pouvions avoir d’unités SA là-bas.

LE PRÉSIDENT

Par souci d’exactitude, je ne crois pas qu’il ait dit que des actions de SA soutenaient l’Armée dans ces territoires de Kaunas.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

II a dit : « Dans l’Est », je crois.

LE PRÉSIDENT

Je pensais qu’il avait dit : « A l’intérieur du Reich ».

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’était dans ce rapport ; je vais vérifier ; je suis navré si je me suis trompé, Monsieur le Président ; il disait...

LE PRÉSIDENT

Sir David, en ce qui concerne le 23 juin 1941, il dit : « Dans notre pays. Nous avions 21 groupes gardant des prisonniers de guerre sur le territoire allemand. Je ne sais rien des provinces baltes ».

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je suis tout à fait d’accord, Monsieur le Président, mais il ajoute, dans le même rapport, au haut de la page 127 : « II y avait deux groupes, l’un à Dantzig et l’autre à Posen ». Il continue : « Le territoire de Haute-Silésie était attribué à l’unité « Silésie », et les territoires de Memel et Suwalki à l’unité des provinces baltes (Ostland) ». Je pensais qu’il y avait une province balte Ostland.

LE PRÉSIDENT

Bien...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je suis d’accord, Monsieur le Président, que ce n’était pas tout à fait la même chose. Compte tenu de ceci, je vais indiquer brièvement le contenu de cette déclaration sous serment, comme le témoin dit, qu’en dehors de deux personnes impliquées, il ignore tout de cette affaire. D’abord le déposant déclare qu’il vivait dans le ghetto de Kaunas pendant l’occupation allemande et qu’il faisait partie du conseil juif du ghetto s’occupant des statistiques et du ravitaillement. Comme représentant...

LE PRÉSIDENT

Nous n’avons pas ce document.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je regrette infiniment, Monsieur le Président, c’est le document D-968 (GB-599). Je suis désolé, c’est ma faute.

LE PRESIDENT

Est-il dans le livre ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

II est dans le livre, page 61.

LE PRESIDENT

Oui.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

II poursuit et dit : « Comme représentant les Juifs pour les nations, etc., j’avais affaire directement avec les services du Gouverneur de la ville (le SA-Haupt-sturmführer Jordan). Le bureau du Gouverneur de la ville était uniquement dirigé par un personnel SA, même les femmes employées portaient l’uniforme brun des SA.

« Le Gouverneur allemand de la ville s’appelait Kramer et il était Brigadeführer SA. Jordan était le conseiller aux affaires juives. Je sais leurs grades et qu’ils faisaient partie des SA parce qu’ils signaient les ordres donnés dans le ghetto. »

Au paragraphe 3, il décrit les opérations de pillage et il dit :« Ces opérations étaient exclusivement effectuées par des hommes des SA et Jordan les accompagnait. Ils portaient l’uniforme brun ». Ils confisquèrent les biens et tuèrent 27 personnes. Le 13 septembre 1941, au milieu de l’expédition, Jordan et le Sturmführer Kepen, avec le Brigadeführer Lenzen qui était commissaire pour le district rural de Kovno et se tenait là, tuèrent trois personnes en sa présence.

Au paragraphe 6 : « Les 21 et 22 septembre 1941, j’étais dans une section de travail. J’ai vu trente SA en uniforme qui conduisaient 300 prisonniers de guerre soviétiques. Les Russes étaient épuisés, ils pouvaient à peine marcher. Deux tombèrent et les SA les tuèrent à coup de fusil. Les SA les battaient constamment. Mon détachement de travail eut à enterrer ces Russes ».Ensuite, Monsieur le Président, le paragraphe 7 montre seule-ment une partie de ce qu’on peut appeler une brutalité stupide qui consistait à faire marcher les gens en leur faisant porter des poids sur de grandes distances. Vous verrez qu’il y est dit qu’il y avait environ 100 SA, armés de pistolets automatiques, qui gardaient les Juifs.

Paragraphe 8 :’ « Le 28 octobre 1941, il y eut une grande action au cours de laquelle 10.500 personnes du ghetto furent fusillées. La population fut d’abord divisée en deux groupes : ceux qui devaient être exécutés et ceux qui eurent la permission de rester. La sélection fut surveillée le matin par un homme nommé Rauka qui faisait partie, je crois, de la Gestapo ou du SD (Police de sécurité) ; plus tard, trois SA vinrent l’aider : Jordan, Kepen et Poeschl

Tous ces SA portaient l’uniforme. Je connais le nombre de ceux qui furent fusillés, car mon travail dans le conseil juif comportait le rationnement pour lequel nous avions effectué un recensement des Juifs. Un nouveau recensement a été fait après ces exécutions. »

Dans le paragraphe suivant, on décrit comment Jordan leur donna l’ordre d’aller chercher les vingt corps des gens qu’il venait de fusiller.

Paragraphe 10, on lit que Jordan a demandé 500 intellectuels pour s’occuper des archives ; on dit qu’ils n’étaient pas disponibles. Alors les SA, assistés par d’autres Allemands en uniforme que je ne peux pas identifier mais qui semblaient être du SD, s’emparèrent de 530 personnes au hasard et les fusillèrent. Le personnel SA présent comprenait Jordan, Poeschl et Lenzen.

Ceci concernait Kovno, Monsieur le Président ; voyons maintenant la ville suivante dont je veux vous entretenir : Schaulen.

Vous trouverez ceci au document D-969, dans le même livre de documents (page 63). Il devient GB-600 ; c’est une déclaration sous serment de Leib Kibart.

Je vous demande simplement, témoin, si vous connaissez un Sturmführer qui s’appelait Schroepfer. S-c-h-r-o-e-p-f-e-r ?

TÉMOIN JÜTTNER

Un Sturmführer qui s’appelait Schroepfer ? Je n’en connaissais pas dans les SA.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Connaissiez-vous un Sturmführer Bub ?

TÉMOIN JÜTTNER

Ce nom m’est également inconnu.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Connaissiez-vous un homme des SA dont le rang ne m’est pas connu et qui s’appelait Gewecke, qui devint commissaire de district pour cette région à 130 milles au sud de Riga ?

TÉMOIN JÜTTNER

Ce nom m’est également inconnu. Les commissaires de district n’étaient pas nommés par les SA mais par le ministère des Affaires de l’Est, et nous n’avions aucune influence là-dessus.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Kibart dit qu’il était dans les SA et je vous demande seulement si vous le connaissiez ; nous savons qu’il existe puisque nous avons pris des documents signés par lui, mais je voudrais savoir si vous le connaissiez.

TÉMOIN JÜTTNER

Oui, j’ai compris, mais apparemment c’est vous qui ne m’avez pas compris ; vous étiez en train d’établir que je n’avais pas connu Kramer et Lenzen et je n’ai jamais dit cela. J’ai dit...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je n’ai pas dit cela, témoin, et il n’y a aucun malentendu. Je vous affirmais simplement qu’il n’y avait aucun doute que Gewecke était là-bas puisque son nom paraît sur des documents saisis, mais je voulais vous demander si vous étiez bien sûr de ne pas le connaître. Vous ne le connaissiez pas ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non, je ne le connais pas,

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, je veux le déclarer à nouveau très brièvement. Dans les premiers paragraphes de la déposition, il est dit que le déposant travaillait dans les cuirs et où il travaillait. Au troisième, il dit qu’il était injurié et battu par les SA pendant son travail. Au quatrième paragraphe, il indique qu’il y avait d’abord Schroepfer et ensuite Bub. Dans le paragraphe 5, il dit : « II est difficile de porter un jugement, mais je pense qu’il y avait environ 700 à 800 SA au début, mais ce nombre a diminué par la suite. Je savais que c’étaient des SA parce qu’ils portaient des chemises brunes et le brassard à croix gammée. Par la suite, ils se firent souvent aider par des allemands qui leur servaient d’auxiliaires ».

Paragraphe 6 : « II y avait 4.500 Juifs dans le ghetto qui était surpeuplé. En août 1941, les SA entourèrent tout le ghetto ; un grand nombre d’entre eux entrèrent dans les maisons et en sortirent les femmes, les enfants et les vieillards ; ils les poussèrent dans des camions et les emmenèrent. Je vis tout cela moi-même. Ce fut exclusivement fait par les SA. Je les vis prendre les enfants par les cheveux et les jeter dans mes camions. Je n’ai pas vu ce qu’il en arriva d’eux ; mais un Lituanien me dit par la suite qu’ils avaient été conduits à 20 kilomètres de là et fusillés. Il me dit qu’il avait vu les SA les faire se déshabiller et ensuite les abattre avec des pistolets automatiques. »

Le paragraphe 7 dit qu’ils étaient fusillés s’ils emportaient de la nourriture dans le ghetto et raconte que l’on tua un patron boulanger pour l’avoir surpris avec quatre ou cinq cigarettes et du saucisson, puis comment il fut pendu.

Le paragraphe 8 traite de Gewecke et j’aimerais que le tribunal remarque ce paragraphe : « Le commissaire de district se nommait Gewecke ; je travaillais dans son secteur et je le voyais tous les jours. Il était membre des SA. Les SS reprirent le travail des SA en septembre 1943 et le ghetto devint alors un camp de travail ».

Si Votre Honneur avait la bonté de revenir en arrière, il verrait à la page 107, un rapport de Gewecke, de Schaulen. Il s’agit du document PS-3661 qui devient GB-601. Il est daté du 8 septembre 1941 et envoyé de Schaulen, où il était commissaire de district, ou Commissaire du Reich pour les territoires de l’Est (Ostland).

Je peux me tromper, mais je crois comprendre que l’Ostland comprenait la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie. Il y a là une plainte au sujet d’un Standartenfuhrer SS appelé Jäger, empiétant sur les activités de Gewecke, où il est dit que lui, ou son agent, avait acheté ou se procurait des articles d’or ou d’argent appartenant à des Juifs.

Monsieur le Président, cet incident démontre clairement que Jäger ne semblait pas trouver que les instructions du Commissaire du Reich et du commissaire régional concernant la confiscation des biens juifs s’appliquait à lui et que...

M. BÖHM

Je m’excuse, Monsieur le Président, d’interrompre ici la lecture du document qui est présenté, mais il concerne le SS-Standartenführer Jäger. Ce n’est pas le cas des SS qui est discuté ici. Je demande que ce document soit remis en cause lorsque nous parlerons des SS, mais il ne concerne en rien les SA.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, le fait est que ce document est signé par un membre des SA. Il agissait en qualité de commissaire ; mon adversaire peut soulever les arguments qui lui plaisent, il n’en reste pas moins que le signataire du document était SA et qu’il reprochait à ce Jäger de venir confisquer des biens juifs ; exactement ce que la déposition établit que les SA faisaient dans cette région, Monsieur le Président ;c’est pourquoi j’ai soumis ce document qui corrobore exactement.

M. BÖHM

Cet homme n’était pas dans ce pays en tant que SA mais en tant que commissaire.

LE PRÉSIDENT

On vient de déposer qu’il l’était et le témoin à la barre dit qu’il ne le connaît pas ; je ne vois pas sur quoi vous vous basez pour dire qu’il ne l’était pas.

M. BÖHM

II est possible qu’il l’ait été, mais ce n’est pas en tant que SA, mais en tant que membre du ministère pour les Territoires de l’Est. Les SA n’avaient rien à voir là.

LE PRÉSIDENT

C’est ce que le Tribunal prendra en considération. Nous allons tenir compte de la déposition de ce témoin qui dit qu’il n’y avait pas de SA à ce moment en cet endroit et de la déposition du signataire de la déclaration sous serment qui affirme que ce Gewecke était là-bas en uniforme de SA avec d’autres SA. Ceci ne rend pas le document inadmissible, c’est un document saisi.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, le paragraphe suivant est le seul passage avec lequel je vais ennuyer le Tribunal ; il dit : « Si les SS ont continué à effectuer des abus de cette façon, moi, en ma qualité de commissaire régional, je dois refuser d’accepter la responsabilité de la confiscation (Erfassung) régulière des biens juifs ».

LE PRÉSIDENT

Je pense que l’argumentation du Dr Böhm à ce sujet serait que le témoin Gewecke a agi en tant que commissaire de district et non en tant que SA.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est une argumentation parfaitement juste pour le Dr Böhm. Évidemment c’est très important, mais le Tribunal a en main ces déclarations et doit pouvoir se faire une idée d’après un document saisi. C’est à cela que je voulais en venir. (Au témoin.) J’arrive à une question que vous avez mentionnée plusieurs fois. Vous avez dit que la seule organisation SA dans cette région était une unité formée par l’accusé Frank dans le Gouvernement Général en avril 1942 ; je pense, cette unité SA du Gouvernement général avait été formée sous les ordres de Lutze et le commandement en fut assumé par l’accusé Frank. C’est exact, n’est-ce pas ? Vous avez dit qu’il avait un État-Major spécial pour l’organisation et la direction de cette unité qui, je pense, était aux mains de deux hommes qui s’appelaient Selz et Friedemund, si je cite avec exactitude votre déposition. Est-ce exact ?

TÉMOIN JÜTTNER

Non, ce n’est pas exact.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, si les noms ne sont pas exact, je n’en suis pas responsable. Je les ai entendus ainsi. Témoin, quels étaient les noms ?

TÉMOIN JÜTTNER

Les noms étaient Pelz et Kühnemund et cet État-Major de direction n’était pas sous les ordres du Gouverneur Général Frank, mais directement du chef d’État-Major. Frank avait été nommé comme chef des SA dans cette région, comme je l’ai déjà dit. A propos des autres déclarations sous la foi du serment, je voudrais pouvoir exprimer mes vues plus tard.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vous rappelle que dans le document PS-3216 (USA-434), c’est un extrait de Das Archiv indiquant la fonction de l’unité dans le Gouvernement Général. Ce que je voudrais, témoin, que vous disiez au Tribunal, c’est à quoi l’on visait en formant une unité de SA dans le Gouvernement Général.

TÉMOIN JÜTTNER

II y avait deux buts. D’abord je pourrais poser une question au sujet des déclarations de Kovno, Schaulen et Riga ; j’ai une explication à donner qui est nécessaire pour établir la vérité. Je voudrais demander si je peux les faire maintenant, ou après la question qui m’est posée.

LE PRÉSIDENT

Le Tribunal pense qu’il serait préférable que votre avocat vous pose à nouveau des questions ultérieurement.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je voudrais que vous me disiez aussi brièvement que possible quels étaient les buts poursuivis en formant une unité de SA en 1942, dans le Gouvernement Général.

TÉMOIN JÜTTNER

Le but était double : il y avait, d’une part, les Allemands du Reich qui étaient en activité dans le Gouvernement ; il fallait les maintenir unis dans la camaraderie autant qu’ils étaient membres des SA, et, d’autre part, il y avait les Allemands d’origine qui étaient susceptibles plus tard d’entrer dans les SA et de se joindre à cette communauté ; il fallait leur apprendre la langue allemande, les mœurs, ainsi que la camaraderie et les devoirs des SA.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je voudrais que ceci soit tout à fait clair. Vous avez dit que c’était un but tout à fait pacifique dans le Gouvernement Général. Est-ce que vous êtes en conformité ici avec ce que vous avez déjà dit au Tribunal, qu’il n’y avait pas d’autres formations SA en opération dans les territoires de l’Est, et plus particulièrement je vous questionne au sujet du territoire de l’Ostland, et si je comprends bien, des régions qui comprennent les anciens pays de Lettonie, Lituanie et Estonie.

Je vous ai déjà présenté certain témoignage, mais je voudrais que ceci soit tout à fait net. Est-ce que vous êtes disposé, sous la foi du serment que vous avez prêté, à être jugé pour cette déclaration que vous avez faite : à savoir qu’il n’y avait pas d’autres unités SA opérant dans l’Ostland ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je suis prêt à répondre à cela très clairement. La Direction suprême des SA dans ce territoire de l’Ostland que vous avez indiqué et qui comprend la Lituanie et la Lettonie n’a pas formé d’unité SA. Si quelque unité SA a été supposée avoir été formée là-bas, c’était une organisation qui n’était pas officielle, et cela n’avait rien à voir avec le commandement SA.

Je ne sais rien d’une unité SA qui aurait été organisée là-bas.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est là votre réponse ?

Monsieur le Président, j’aimerais que le Tribunal regarde un moment le document PS-1475, désigné également R-135 dans le livre de documents page 81 USA-289. Je crois que cela vient immédiatement après la page 81 ; il faudrait que ce soit 81-a.Voudriez-vous donner une copie au témoin ? Monsieur le Président, c’est une protestation du Commissaire du Reich pour l’Ostland adressée à l’accusé Rosenberg. Le Tribunal est probablement quelque peu familiarisé avec cela.

La première page comporte une protestation contre l’exécution d’un grand nombre de Juifs, d’après le projet « Cottbus », parce que ces Juifs auraient été utiles comme travailleurs forcés et que, de toute façon, le fait d’enfermer des hommes et des femmes ainsi que des enfants dans des maisons et d’y mettre le feu ne paraît pas être une méthode appropriée pour combattre les bandes.

Monsieur le Président, à la page suivante, attaché à ce document, se trouve un rapport daté du 5 juin 1943 adressé par le Commissaire général à la Ruthénie blanche à l’accusé Rosenberg, par l’intermédiaire du Commissaire du Reich pour l’Ostland. Il est possible, Monsieur le Président, que le territoire se trouve un peu en dehors de cette zone, mais je voudrais que cela soit tout à fait clair. Ce document commence en disant :

« Résultats de l’opération : 4.500 ennemis morts et 5.000 morts parmi les hommes suspectés d’avoir appartenu à des bandes », qui étaient apparemment les hommes enfermés et brûlés dans les granges.

Ensuite il donne le butin, et au paragraphe suivant, il dit :

« L’opération s’applique au territoire de Ruthénie blanche dans la région de Borissov. Il traite en particulier des deux comtés de Begomie et de Pleschtschamizy. Actuellement, les troupes de police travaillant avec l’Armée ont avancé jusqu’au lac Palik et ont atteint le front entier de la Bérézina. La poursuite des batailles se poursuit sur les arrières de l’Armée. »

II dit ensuite que 492 fusils seulement ont été pris, sur 4.500 ennemis tués. C’est une conclusion claire. Et dans la phrase suivante il dit :

« Par ordre du chef de lutte contre les bandes, le SS-Obergruppenführer von dem Bach » — Monsieur le Président, c’est l’officier qui a déposé devant le Tribunal voici quelques mois — « des unités... » Témoin, je vous demande de regarder ceci : « ...des unités des Wehrmannschaften ont également pris part à l’opération. Le SA-Standartenführer Kunze commandait les Wehrmannschaften ».

Témoin, est-ce que vous allez déclarer au Tribunal que les Wehrmannschaften SA n’étaient pas une section des SA et que le Standartenfùhrer Kunze ne travaillait pas en tant que membre SA ?

TÉMOIN JÜTTNER

Oui, je vais répondre avec plaisir très clairement. D’abord ici il n’y a pas « SA-Wehrmannschaften » mais « Wehrmannschaften ». D’autre part, si les Wehrmannschaften...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Est-ce que vous soutenez que Wehrmannschaften ne veut pas dire SA-Wehrmannschaften, que ce n’est pas une unité de SA ? Est-ce là votre réponse ?

TÉMOIN JÜTTNER

Dans ce cas, ce n’était pas une unité des SA, et je le prétends d’une façon formelle. Ce n’était pas des unités qui étaient formées et éduquées par les SA, si toutefois de telles Wehrmannschaften existaient. D’autre part, si le SA-Standartenführer Kunze commandait ces Wehrmannschaften qui, il est à présumer, avaient été formées là-bas, en aucune manière il ne l’a fait en qualité de chef des SA, mais dans le cadre de l’administration des territoires de l’Est.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

II commandait les Wehrmann-schaften ?

Dites-vous, lorsque vous avez une formation bien connue, les Wehrmannschaften, commandée par un SA Standartenführer, dites-vous au Tribunal qu’elle n’opérait pas en qualité de SA ? C’est bien là ce que vous avancez ? Est-ce que vous demandez vraiment au Tribunal de vous croire ?

Très bien. Je vais vous soumettre un autre document. Monsieur le Président, si vous voulez bien vous reporter à la page 64-a, vous trouverez...

TÉMOIN JÜTTNER

J’ai encore quelque chose à dire à ce propos. Je ne veux pas faire croire cela au Tribunal, mais c’était ainsi. Les SA-Wehrmannschaften étaient un terme bien défini. Il y avait ailleurs des Wehrmannschaften également qui n’avaient rien à voir avec les SA ; vraisemblablement, il s’agit de tels Wehrmannschaften.

Nous-mêmes n’avions pas de Wehrmannschaften et le chef Kunze n’agissait pas en qualité de chef des SA. Le commandant SA et son organisation n’avaient rien à voir avec ces choses ou avec les événements décrits auparavant à Schaulen, Riga et Kovno.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Témoin, faites attention avant de répondre à ceci : est-ce que vous affirmez qu’il n’y avait pas d’Einsatzkommandos SA occupés à rassembler des travailleurs forcés à l’intérieur du Gouvernement Général ?

C’est une question tout à fait simple : est-ce que vous dites qu’il n’y avait pas d’Einsatzkommandos SA qui avaient pour tâche de réunir des travailleurs forcés à l’intérieur du Gouvernement Général ?

TÉMOIN JÜTTNER

Les SA n’avaient pas d’Einsatzkommandos. D’une façon générale, la Direction des SA...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Moi, je vous dis que c’est absolument faux.

TÉMOIN JÜTTNER

C’est le commandement SA.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vous demande de regarder le document D-970, qui devient le document GB-502, page 64-a.

C’est un rapport adressé à l’accusé Frank en tant que Gouverneur Général, daté du 25 septembre 1944. Le sujet est le suivant : Le prieur du monastère carmélite de Czerna qui a été fusillé par un des SA Einsatzkommandos mentionnés. Je lis :

« L’incident dont on traite a eu lieu dans le cadre de l’action destinée à fournir des gens pour les opérations spéciales de construction dans le district d’Ilkenau. Il est venu à la connaissance du commandant régional de la Police de sécurité et du SD à Cracovie par la voie du bureau de Kressendorf et du poste de Wolbron. Comme l’endroit où l’action a été commise se trouve dans le secteur de l’Einsatzstab d’Ilkenau, l’enquête a été effectuée par le Quartier Général de la police régionale d’État de Katowice, poste d’Ilkenau. Les résultats de l’enquête font ressortir les faits suivants :

« La possibilité d’effectuer les opérations de construction projetées dans la région en question, dans les limites de temps fixées, était rendue douteuse du fait que les différentes communautés ne fournissaient pas le nombre de travailleurs qui leur avait été imposé.

« En conséquence, le commandement des constructions de Katowice a donné à un détachement spécial composé de douze SA l’ordre d’amener des travailleurs de différents villages. L’exécution de cette tâche par ces Einsatzkommandos SA a été poursuivie de telle façon, qu’ils se sont d’abord présentés aux maires des villages et leur ont présenté leurs exigences ». Ici, il explique comment, quand on le leur refusait, ils firent des fouilles dans les maisons et, puisque certains des villageois opposaient une résistance, celle-ci dut être vaincue par les armes.

Ensuite il dit que : « Récemment, en raison du fait que les partisans s’étaient plusieurs fois montrés dans cette région, les SA pensèrent que les partisans vivaient dans les villages dans la journée, déguisés en simples villageois. A côté de cela, lorsque les travailleurs furent rassemblés, les conditions locales furent prises en considération ». C’est le premier exemple, rassemblement de travailleurs forcés, dans les villages. Maintenant, voyons un autre commando SA.

« Le prieur du monastère de Czerna a été saisi par des membres d’un SA-Einsatzkommando à Novojova Gora.

« Il lui fut ordonné de rester avec les hommes de l’Einsatzkom-mando SA pour le moment. Tandis que les membres du détachement étaient dans une maison afin d’y chercher des travailleurs, le prieur — suivant ce qu’a établi le Quartier Général de la Police à Katowice — a profité de cette occasion qui lui a paru favorable pour s’échapper. Comme il ne s’est pas arrêté malgré les avertissements qu’on lui adressait après les coups de feu d’avertissement, mais au contraire courut encore plus vite et a essayé d’échapper, les armes furent utilisées.

« Le prieur avait été arrêté parce qu’on l’avait accusé d’avoir fait des déclarations négatives au sujet des autres travailleurs de l’Ost-wall — ligne de défense de l’Est- — Bien plus, il avait essayé d’influencer et d’affaiblir les travailleurs déjà mal disposés à travailler.

« On avait l’intention d’amener le prêtre, d’abord à l’Etat-Major de Nielepice et de là au service de la Police de sécurité, afin de procéder à d’autres enquêtes. »

Le dernier paragraphe dit :

« Suivant le rapport de la Police régionale à Katowice, des mesures seront prises pour s’assurer qu’à l’avenir de telles opérations soient effectuées, non pas par des hommes des SA, mais par des fonctionnaires de la Police. »

Témoin, pourquoi avez-vous dit il y a dix minutes au Tribunal qu’il n’y avait pas d’Einsatzkommandos SA ? Qu’ils n’ont jamais procédé au rassemblement de travailleurs forcés dans le Gouvernement Général ? Pourquoi l’avez-vous dit puisque vous saviez que c’était faux ?

TÉMOIN JÜTTTNER

Ce n’est pas faux, au contraire ; je répète encore une fois cette déclaration que j’ai faite. Je maintiens qu’il n’y a pas d’Einsatzkommandos dans les SA. Ces SA ont probablement été mobilisés par les services qui ont fait le rapport et ceci sous la forme d’une mobilisation en tant que policiers auxiliaires. Le service qui a établi le rapport a désigné ces policiers auxiliaires du nom de SA-Einsatzkommandos, en utilisant sa propre terminologie. Ce terme ne vient pas de nous. Nous n’avions pas de telles unités et n’en avons pas formé, et la responsabilité des actes qui ont été commis ne repose pas sur les SA, mais sur le service qui a employé ces hommes.

En outre, je puis dire que nous avons, à maintes reprises, fait des objections auprès des services de Police du Gouvernement Général au sujet d’emplois trop fréquents d’hommes des SA dans le Gouvernement Général, pour des actions de police. Nous ne le voulions pas, nous ne voulions pas que les SA soient employés à des opérations de police. Toutefois, il était fait appel à eux, comme auxiliaires die la Police, de temps en temps, en vertu de dispositions légales. S’il est dit à la fin : « A l’avenir, les SA ne seront plus utilisés comme policiers », cela signifie indubitablement, non comme policiers auxiliaires, mais comme policiers ordinaires.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Mais la Police avait fait objection à ce que les SA fassent ce travail, ainsi qu’à leurs méthodes brutales. Est-ce que je dois conclure de votre longue réponse que vous saviez que les SA étaient utilisés comme auxiliaires de la Police dans le Gouvernement Général ? Est-ce cela que vous dites au Tribunal ?

TÉMOIN JÜTTNER

Oui, le chef SA Kühnemund nous a rapporté à plusieurs reprises que, sur la base de règles légales, des hommes SA avaient été utilisés pour un service de police auxiliaire.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

C’est déjà quelque chose. Je voudrais maintenant que vous me disiez ceci : vous avez dit dans votre rapport sur la guerre qu’on s’était servi des SA pour garder des prisonniers de guerre. Est-ce que les SA ne gardaient pas également les camps de travailleurs forcés ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je n’ai jamais su que nous soyons censés avoir gardé des camps de travailleurs.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vais vous donner les noms de certains des camps dont je dis qu’ils étaient gardés par des SA : Sakrau, camp de travailleurs forcés dont les détenus étaient tous Juifs ; Mechtal, Markstadt, Faulbrück ; Reichenberg et Annaberg.

TÉMOIN JÜTTNER

Ces noms de camps de travailleurs, je les entends pour la première fois aujourd’hui.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Monsieur le Président, vous trouverez à la page 131 du livre de documents B-16 une déclaration sous serment de Rudolf Schonberg. C’est le document GB-601. Il parle des SA qui gardaient ces camps et des conditions de vie, et il termine en disant : « Tout ce que je désire dire ici, c’est que les SA ne sont en aucune façon restés en arrière des SS dans leurs méthodes criminelles, déjà à cette époque-là. » C’est-à-dire en 1940.

Permettez-moi de vous présenter autre chose. Est-ce que vous vous souvenez que des SA gardaient un camp de travailleurs forcés à Frauenberg près de Admont ? C’était un camp d’ivrognes et de tireurs au flanc qui contenait environ 300 détenus. Vous souvenez-vous que les SA gardaient ce camp ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je n’en sais absolument rien. Je n’ai jamais entendu parler de cela.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je soumets ce document : sans nul doute, c’est un rapport personnel à Himmler. Regardez-le, c’est un document important. Il a un certain intérêt mélancolique en ce sens qu’il s’occupe du choix d’Auschwitz en tant que camp de concentration. Monsieur le Président, l’affidavit précédent porte le numéro GB-603, et ce document sera GB-604. (Au témoin.) Voulez-vous regarder ?

LE PRÉSIDENT

A quelle page est-il ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Excusez-moi, Monsieur le Président, page 132, la page suivante. C’est un rapport émanant du SS-Oberfùhrer Glùcks, dont le nom ne nous est pas inconnu, adressé à Himmler le 21 février 1940, et dans lequel Glùcks traite de cinq camps de concentration possibles, et même six, que Himmler pourrait envisager d’utiliser. Le troisième de ces camps est un endroit qui s’appelle le Frauenberg, et il dit :

« Frauenberg est un camp de travail installé par l’union de prévoyance de Styrie pour propres à rien et ivrognes. Il consiste en cinq cabanes de bois qui peuvent loger 300 prisonniers. Les prisonniers qui y travaillent sont exclusivement des Styriens qui sont payés pour leur travail par l’union provinciale de la province de Styrie, pendant leur séjour dans le camp, de 27 à 57 pfennige l’heure, moins la nourriture.

« Les SA — environ 20 hommes — les gardent.

« Les prisonniers-travailleurs sont employés dans deux carrières et sont également occupés à construire des routes.

« Tout le camp appartient maintenant à l’État ; auparavant il appartenait à la Fondation Admont. »

Maintenant, témoin, comment se fait-il que ces SA étaient employés à garder un camp de travail et que vous, chef adjoint d’État-Major, vous ignoriez que des SA étaient employés dans des camps de travail ? Expliquez au Tribunal comment il est possible que vous ayez ignoré que les SA gardaient ce camp ?

TÉMOIN JÜTTNER

Ces hommes, s’ils ont été mis en service, ont été employés en tant que policiers auxiliaires, de même façon que les hommes du NSKK (corps motorisés national-socialiste) ou tous autres citoyens pouvaient être obligés légalement de faire partie de la Police auxiliaire. Les SA également, sur la base des ordonnances légales, ont été obligés de faire leur service en tant que policiers auxiliaires. C’étaient des mesures d’État qui n’avaient rien à voir avec les SA, et sur lesquelles les SA n’avaient aucune influence et dont les SA n’étaient pas informées. Il était impossible pour la Direction des SA d’avoir connaissance du sort de chaque homme, et c’est exprimé dans votre question. C’est tout à fait hors de question. Il ne s’agissait pas de SA, mais d’hommes qui avaient été mobilisés dans la Police.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vous suggère la façon, et fournis la preuve, dont étaient employés les SA pendant les années de guerre. Je voudrais maintenant vous poser quelques questions au sujet de l’entraînement qui les amenait à être aptes à effectuer ce travail. Est-ce que vous niez que les SA étaient les porteurs de la pensée militaire de l’Allemagne ?

TÉMOIN JÜTTNER

On m’a posé déjà des questions de ce genre au cours des interrogatoires préliminaires. Vous confondez toujours sentiment de défense et sentiment militaire. Les SA représentaient et étaient les porteurs de la Wehrgedanke (l’esprit de défense), cela n’a rien à voir avec le service militaire ou l’entraînement militaire.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Et vous dites que cela n’avait rien à voir avec la culture de l’esprit offensif, n’est-ce pas ?

TÉMOIN JÜTTNER

Pas le moins du monde.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Pourquoi votre ami Lutze, sur lequel vous nous avez dit tant de choses, dans sa conférence de 1939, a-t-il si fortement associé ces deux idées ? Monsieur le Président, ce n’est là qu’une brève référence à un document numéro PS-3215 (USA-426) ; c’est dans le livre original de documents SA.

C’est un article de Lutze, en sa qualité de chef des SA, sur l’entraînement militaire des SA, daté du 11 mars 1939. Il dit dans cet article :

« Les hommes n’oubliaient jamais la mission du Führer qui était de demander l’entraînement militaire (Wehrerziehung et Wehrgeist) des hommes allemands et de rebâtir l’esprit militaire du peuple allemand. »

Et il cite le passage bien connu de Mein Kampf, que vous connaissez certainement par cœur, témoin, j’en suis sûr :

« Les détachements sportifs des SA seront les porteurs de la pensée militaire d’un peuple libre. » Et il rapporte les paroles de Hitler :

« Donnez au peuple allemand 6.000.000 d’hommes bien entraînés aux sports, tous fanatiquement inspirés par l’amour de leur patrie et pliés à l’esprit d’offensive le plus intense. »

Cette phrase de votre chef ne contient-elle pas l’esprit et le but qui vous inspiraient lors de l’entraînement des SA, de 1934 à 1939 ?

TÉMOIN JÜTTNER

Je suis réellement surpris que le procureur, après ces nombreux mois de procès, n’ait pas encore découvert la différence entre la pensée défensive et l’entraînement militaire. On en a discuté en détail devant la commission pendant les procédures préliminaires. Ce que Lutze écrivait ne concernait pas l’entraînement militaire, mais l’éducation défensive. Il existe une certaine différence avec l’entraînement militaire.

Nous avons fait ce que tout pays espère de ses patriotes, nous les avons éduqués, nous avons entraîné les gens physiquement et moralement, rien de plus ; mais nous n’avons fait aucune préparation à la guerre, ainsi que vous êtes en train d’insinuer.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Si c’est là ce que vous dites, pourquoi, dès le 25 juillet 1933, le commandant des SA ordonnait-il déjà qu’il n’y ait aucune publicité faite sur les compagnies techniques de transmission et motorisées ou des unités aériennes isolées, parce que cela pouvait être considéré comme une infraction au Traité de Versailles ? C’est le document D-44 Monsieur le Président, USA-428, le premier document du livre.

Pourquoi votre commandement pensait-il que l’activité technique de ces unités de SA pouvait être considérée comme une infraction au Traité de Versailles et que toute publicité donnée à ces actions pourrait donner lieu à l’accusation de haute trahison, si vous ne faisiez pas d’entraînement militaire ?

TÉMOIN JÜTTNER

Oui, j’ai déjà parlé de cela devant la commission. L’ordre était en rapport avec les efforts de Röhm pour créer une milice et les détails doivent apparaître dans le procès-verbal. Mais si le Tribunal le désire, je répéterai mes déclarations.

LE PRÉSIDENT

Vous n’avez pas répondu à la question. Répondez à la question.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Pourquoi craigniez-vous que l’entraînement et la formation d’unités techniques des SA soient considérés comme une infraction au Traité de Versailles, s’ils n’étaient pas militaires ?

TÉMOIN JÜTTNER

Les négociations de Röhm avec les États étrangers n’étaient pas terminées et un soupçon aurait pu naître.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Alors pourquoi von Reichenau en mai 1933 proposait-il que le Commandement suprême des SA assurât la représentation avec le Parti au Conseil de défense du Reich ? Pourquoi étiez-vous représenté au Conseil de défense du Reich, si vous ne faisiez pas d’entraînement militaire ? Je crois, Monsieur le Président, que c’est là un nouveau document, PS-2822 (GB-605). Ce document n’a jamais été déposé, mais, Monsieur le Président, vous le trouverez dans l’ancien livre de documents SA.

Je vois qu’il n’est pas paginé. C’est le document PS-2822 ; il est « strictement confidentiel » et daté du 26 mai 1933 du chef du bureau ministériel au ministère de la Guerre, adressé au Commandant suprême SA. Monsieur le Président, vous voyez qu’il est très bref. Il est de von Reichenau. J’ignore quel était à l’époque son rang ; je crois qu’il est devenu par la suite général ou Feldmarschall.

« En addition à ma lettre du 22 mai 1933, puis-je attirer votre attention sur le fait que le Bureau de défense du parti de la NSDAP (Front du Travail) m’a signalé son désir d’être également représenté au Conseil de défense du Reich.

« Je voudrais soumettre à votre considération le fait que cette représentation pourrait être combinée par une union personnelle avec la représentation du Commandement suprême SA et qu’il serait possible qu’une personne qualifiée soit chargée de ces deux représentations. »

Pourquoi est-ce que le Commandement suprême des SA désirait être représenté au Conseil de défense du Reich s’il n’effectuait pas d’entraînement militaire ?

TÉMOIN JÜTTNER

La représentation au Conseil de défense du Reich n’a absolument rien à voir avec l’entraînement militaire.A cette époque, et je l’ai déjà déclaré devant la commission, c’était pour le cas où nous ne pourrions pas payer les réparations et devrions nous attendre à une invasion venant de l’Ouest ; tous les Allemands aptes au service militaire devaient être retirés de la rive gauche du Rhin,

Le soin de procéder à cette évacuation était confié par l’intermédiaire du Parti aux SA. Pour cette raison, les SA et le Parti étaient également intéressés à ce qui était discuté à ce Conseil de défense du Reich.

M. BOHM

Est-ce que je peux interrompre, Monsieur le Président ; ce document contient confirmation du fait que cela a été refusé par Röhm. Il pourrait être bon de montrer également au témoin qu’il a été refusé par Röhm ; il dit ici : « A Krüger, non. En ai parlé à Reichenau. Röhm ». Il l’a donc refusé.

LE PRÉSIDENT

Sir David, je crois qu’il serait bon de lever l’audience maintenant.

(L’audience sera reprise le 15 août 1946 à 10 heures.)