DEUX CENT SEPTIÈME JOURNÉE.
Mardi 20 août 1946.

Audience du matin.

L’HUISSIER AUDIENCIER

Plaise au Tribunal. L’accusé Hess n’assistera pas à l’audience.

Dr RUDOLF DIX (avocat de l’accusé Schacht)

Je demande au Tribunal l’autorisation de m’expliquer brièvement au sujet d’une demande de preuve éventuelle. Je répète qu’il ne s’agit qu’éventuellement d’une présentation des preuves sous certaines conditions que je vais vous exposer.

Je prie le Tribunal de bien vouloir se rappeler que j’avais demandé à entendre le témoignage de Madame Strünk et du général Halder au sujet du témoignage à décharge de Gisevius. J’avais tout d’abord renoncé à entendre le général Halder. L’interrogatoire de Madame Strünk m’avait été accordé par le Tribunal.

Pour économiser du temps, après l’audition des témoins Gisevius et Vocke, j’avais consenti à renoncer aux témoignages du général Halder et de Madame Strünk parce qu’ils faisaient double emploi. Aujourd’hui, il n’en est plus de même et, à mon avis, le Tribunal ne peut pas avoir une autre opinion à ce sujet ; je prétends que les déclarations du témoin Gisevius à la décharge de Schacht ont été remises en cause par les déclarations du témoin Brauchitsch.

Je n’ai pas à représenter ici les intérêts matériels et moraux du témoin Gisevius ; il ne m’appartient pas non plus de juger de l’équité de ses déclarations en ce qui concerne les autres accusés ou autres personnes qu’il a déchargées. Mon devoir se limite à l’administration des preuves concernant la défense du Dr Schacht.

Je suis personnellement d’avis, et ici je parle contre ma propre requête, que les déclarations de Gisevius concernant Schacht, c’est-à-dire concernant les déclarations de Schacht au sujet du régime, et surtout les déclarations au sujet de la participation active de Schacht au mouvement de résistance, je suis d’avis que cela, en aucun cas, ne saurait être ébranlé par les déclarations du témoin Brauchitsch, car il ne connaît même pas le témoin Gisevius. En effet, cette série de preuves n’a pas seulement été exposée par Gisevius, elle concerne également la question de l’armement et de l’attitude intérieure à l’égard du régime ; elle a été traitée dans différents affidavits par le témoin Vocke qui a amorcé le mouvement de résistance par son contact avec Kluge, et par l’affidavit de Schmidt qui relate les efforts faits pour éviter, au dernier moment, la guerre...

LE PRÉSIDENT

Docteur Dix, je crois que vous devez vous décider pour savoir si vous devez faire ou non une demande. Il faudrait la déposer par écrit. Le Tribunal ne peut prendre en considération une demande qui n’est pas formulée par écrit.

Dr DIX

Oui, Monsieur le Président, mais j’ai l’intention de m’en remettre au Tribunal parce que je suis personnellement d’avis que...

LE PRÉSIDENT

Docteur Dix, le Tribunal a établi une règle selon laquelle les demandes doivent être déposées par écrit. Cette règle a été appliquée à tous les autres défenseurs des accusés et il faut donc que vous fassiez votre demande par écrit.

Dr DIX

Oui, bien. Je ferai volontiers ma requête par écrit. Mais le Tribunal désire-t-il que j’explique encore en deux minutes ma requête ici pour exposer mes vues, ou bien dois-je me limiter uniquement à faire ma requête écrite ?

LE PRÉSIDENT

Je ne vois aucune raison de déroger à cette décision.

Dr DIX

Alors je vous ferai parvenir ma requête par écrit.

LE PRÉSIDENT

J’ai deux déclarations à faire.

D’abord en ce qui concerne la demande du Dr Seidl qui semble être absent. Le Tribunal a reçu un rapport daté du 17 août 1946 sur l’état de santé de l’accusé Hess, émanant du capitaine G. M. Gilbert, psychiatre de la prison. Ce rapport a été remis à l’avocat de Hess, au Ministère Public et à la Presse. Le Tribunal ne demandera pas pour le moment d’autre rapport sur l’accusé Hess.

Deuxièmement, à l’égard de la demande remise par le Dr Stahmer datée du 14 août 1946, le Tribunal traitera cette demande comme un cas exceptionnel et permettra à l’accusé Göring d’être rappelé à la barre des témoins pour s’occuper du témoignage relatif aux expériences, qui a été déposé après que l’accusé Göring eût dit ce qu’il avait à dire ; mais le Tribunal ne l’entendra que sur ce sujet. Le Tribunal rejette la demande de convocation d’un autre témoin, et entendra l’accusé Göring à la barre des témoins maintenant. (L’accusé Göring vient à la barre des témoins.)

LE PRÉSIDENT

II est bien entendu, accusé, que vous parlez toujours sous la foi de votre serment.

ACCUSÉ GÖRING

Bien entendu.

Dr STAHMER

Étiez-vous président du Conseil des recherches du Reich ?

ACCUSÉ GÖRING

Oui.

Dr STAHMER

Quand et par qui fut créée cette commission et quelles étaient ses attributions ?

ACCUSÉ GÖRING

Si j’ai bonne mémoire, le Conseil des recherches du Reich fut créé par moi en 1942 ou au début de 1943. Cet organisme avait pour but de coordonner les recherches dans tous les domaines : physique, chimie, technique, médecine, psychologie, et d’assurer les liaisons entre les différents instituts d’État qui s’occupaient des mêmes recherches : Kaiser Wilhelm institut, instituts d’Université, instituts de recherches économiques. Dans chaque domaine, une commission avait pour but d’assurer un travail d’ensemble et d’éviter que des recherches de même nature fussent poursuivies de façon parallèle.

Deuxièmement, il avait pour tâche de veiller à la bonne exécution des travaux en cours, qu’il s’agît de chimie ou d’autres recherches.

A la tête de chacune de ces commissions il y avait un délégué. Les recherches dont les résultats s’appliquaient aux nécessités de guerre étaient, naturellement, au premier plan des préoccupations et étaient confiées à des personnes compétentes. Le Conseil de recherches assumait non seulement des centaines, mais des milliers de tâches de ce genre. Pour moi, étant donné que je n’étais pas spécialiste, je ne présidais les commissions que pour les appuyer de mon autorité et avant toutes choses, m’occuper de la question financière. Les ordres étaient donnés au nom du « Reichsmarschall président du Conseil de recherches du Reich ».

Dr STAHMER

Quels étaient, au sein de la Luftwaffe, la position et les attributions du service de l’Inspection sanitaire ?

ACCUSÉ GÖRING

Elle avait, comme dans tous les autres corps, à veiller au bon état sanitaire de la Luftwaffe et à s’acquitter de toutes les tâches dans ce domaine.

Dr STAHMER

L’inspection sanitaire était-elle en rapport quelconque avec le Conseil de recherches du Reich ?

ACCUSÉ GÖRING

Naturellement, elle était en liaison avec le Conseil de recherches du Reich, et ceci pour rester en contact au sujet des recherches et, le cas échéant, pour donner suite à ses désirs et accepter les demandes qui les intéressaient particulièrement.

Dr STAHMER

Avez-vous, soit au Conseil de recherches, soit à l’Inspection sanitaire de la Luftwaffe, soit à un autre organisme, donné à un moment quelconque l’ordre de faire des expériences médicales sur des détenus des camps de concentration, celui de Dachau ou d’un autre ?

ACCUSÉ GÖRING

Je tiens à déclarer ici d’une façon tout à fait nette que je n’ai signé aucun texte à ce sujet, qu’aucun homme ne peut dire ou prétendre avoir reçu de moi un tel ordre, à quelque époque que ce soit, ni même une indication pour agir de la sorte.

Dr STAHMER

Avez-vous eu connaissance d’expériences médicales faites sur des détenus du camp de Dachau par un Dr Rascher ou un Dr Selz, médecin-chef de la Luftwaffe ?

ACCUSÉ GÖRING

Le Dr Rascher, comme je l’ai appris ici et d’après les documents que j’ai pu voir, était, dès le début, médecin de réserve dans la Luftwaffe. Il ressort de sa correspondance, qu’il n’a pas réussi dans ses expériences ; c’est alors qu’il quitta la Luftwaffe et devint médecin dans les SS. Je n’ai jamais vu cet homme, je ne l’ai jamais connu ; je ne connais pas davantage le deuxième nom que vous venez de citer ; je ne sais même pas de qui il s’agit, si c’est d’un médecin de réserve ou d’un médecin de l’armée active.

Dr STAHMER

Avez-vous donné ou fait donner à un service quelconque, l’ordre de procéder à des expériences sur des détenus de camps de concentration.

ACCUSÉ GÖRING

Je vous ai déjà dit que je ne l’ai pas fait. Il est évident que si quelqu’un était venu me trouver — disons par exemple un membre de l’Inspection sanitaire ou bien du Conseil de recherches — en me disant qu’il était nécessaire de faire des recherches sur le typhus, sur le cancer ou sur toute autre maladie, il est évident que je l’y aurais encouragé, mais cela n’aurait pas voulu dire qu’on pût, à cette fin, traiter un homme, quel qu’il fût, de façon inhumaine. Et si quelqu’un m’avait dit : « On fait à l’heure actuelle des expériences de basse pression », je n’aurais pu en déduire que ces expériences étaient faites sur des détenus, cela d’autant moins que je savais que tout aviateur est soumis à des épreuves de basse pression pour que l’on puisse éprouver sa résistance à la haute altitude.

Dr STAHMER

Avez-vous, au Conseil de recherches ou à l’Inspection sanitaire de la Luftwaffe, ou à tout autre service, donné l’ordre de faire des expériences dans le but de rendre l’eau de mer potable ?

ACCUSÉ GÖRING

Je n’ai jamais entendu parler de cela. Cela m’aurait intéressé tout particulièrement ; nous en avons discuté à plusieurs reprises entre aviateurs ; non pas du moyen de rendre potable l’eau de mer, mais de la manière dont un aviateur, se trouvant sur un canot de sauvetage, peut se procurer de l’eau. Il n’y avait qu’une seule possibilité et je l’exposerai d’une manière succincte ; nous conseillions à tous les aviateurs qui se trouvaient dans ce cas d’essayer de prendre des poissons et, en les pressant entre des linges, d’en extraire le peu d’eau qu’ils contiennent. De cela, je me souviens particulièrement bien.

Dr STAHMER

En mai 1944, il y aurait eu à ce sujet une discussion au ministère de l’Air. Cette discussion a-t-elle eu lieu à votre instigation, ou en avez-vous su quelque chose après coup ?

ACCUSÉ GÖRING

Non. Au ministère de l’Air, il y avait tous les jours des discussions, soit dans les services, soit à l’Inspection, et il était impossible que je puisse prendre part à toutes, de même que j’en sois informé par l’État-Major.

Dr STAHMER

Toujours au même sujet, il y aurait eu à Dachau des discussions avec la Luftwaffe. Les aviez-vous ordonnées, ou bien en avez-vous eu connaissance ?

ACCUSÉ GÖRING

Non.

Dr STAHMER

On dit que des locaux auraient été mis à la disposition de la Luftwaffe au camp de Dachau pour faire des expériences. En avez-vous eu connaissance ?

ACCUSÉ GÖRING

Je n’en avais pas la moindre idée.

Dr STAHMER

Connaissiez-vous un certain Dr Denk ou Ding, médecin de réserve de la Luftwaffe ?

ACCUSÉ GÖRING

Je ne le connais pas, ni sous le nom de Denk, ni sous le nom de Ding.

Dr STAHMER

Avez-vous donné ou fait donner l’ordre de faire des expériences de réfrigération, qu’un prétendu professeur Wolfslöhner, médecin de réserve de la Luftwaffe, aurait faites sur des détenus du camp de Dachau ?

ACCUSÉ GÖRING

Non. Autant que je me souvienne du contenu de ces documents, c’est Rascher qui s’est occupé des questions de réfrigération. Le nom de Wolfslöhner m’est aussi inconnu que les autres. Dans la Luftwaffe, il y avait des milliers de médecins de réserve.

Dr STAHMER

Avez-vous jamais donné l’ordre au Dr Haagen, professeur à l’université de Strasbourg qui doit avoir été médecin-chef de la Luftwaffe et conseiller d’hygiène, de faire des recherches par tous les moyens pour lutter contre le typhus ?

ACCUSÉ GÖRING

D’après les documents que j’ai vus, le Dr Haagen était médecin de réserve dans la Luftwaffe et conseiller d’hygiène non de la Luftwaffe mais d’une unité déterminée de la Luftwaffe. Je ne le connais pas, je ne lui ai jamais donné un ordre. Il pourrait toujours être entendu à ce sujet. Du reste, s’il avait été question de telles expériences, je m’en souviendrais, car cela m’aurait frappé. J’ai moi-même été vacciné trois fois contre le typhus, de la même manière, et je ne pensais pas que l’on pût faire de nouvelles découvertes dans ce domaine.

Dr STAHMER

Comment expliquez-vous que le témoin Sievers, dans une lettre datée de mai 1944 adressée à l’Obergruppenführer Pohl, ait dit que le professeur Haagen avait été chargé de faire ces expériences par le Reichsmarschall président du Conseil des recherches du Reich ?

ACCUSÉ GÖRING

Je vais vous expliquer.

Premièrement, j’ai déjà dit que les ordres émanant du Conseil des recherches étaient rédigés sur papier du « Reichsmarschall des Grossdeutsches Reich » et signées du président du Conseil des recherches du Reich. C’était l’usage en Allemagne de mentionner le titre personnel et non le service. On disait par exemple : le ministre des Finances du Reich, et non pas : le ministère des Finances du Reich.

Deuxièmement, le témoin Sievers a parlé ici-même — il a été très généreux pour les chiffres — de 10.000 ordres signés de mon nom, et cela sans que j’aie eu connaissance de ces ordres. Cela eût été absolument impossible.

Troisièmement, il était de notoriété publique en Allemagne que peu de noms étaient utilisés autant que le mien. Quand quelqu’un voulait obtenir quelque chose, il écrivait joyeusement : « Le Reichsmarscball désire cela, commande cela, voudrait qu’on arrange ceci ou cela ».

C’est pourquoi en 1944 j’ai protesté contre l’usage abusif de mon nom pour toutes sortes de choses.

Dr STAHMER

Quelle était donc votre attitude vis-à-vis des expériences médicales sur des êtres humains ?

LE PRÉSIDENT

Docteur Stahmer, je crois que l’accusé nous a déjà exposé son point de vue. Il a commencé par là.

Dr STAHMER

Parfaitement. Je n’ai donc plus d’autres questions à poser sur ce sujet. Je me réserve de poser quelques autres questions au cas où le témoin Schreiber comparaîtrait. Ce témoin a fait des recherches qui n’ont pas été retenues comme preuve, ce qui m’empêche provisoirement de prendre position.

LE PRÉSIDENT

Le Tribunal ne sait pas de quoi vous parlez, parce qu’il n’a pas encore fait convoquer le témoin Halder. Vous devez terminer maintenant l’interrogatoire de l’accusé.

Dr STAHMER

Monsieur le Président, je crois que j’ai été mal compris. Il s’agit du témoin Schreiber. Schreiber a présenté une déclaration et le Tribunal avait décidé qu’il serait entendu ici en qualité de témoin. Je dois me réserver le droit...

LE PRÉSIDENT

L’interprète a dit Halder.

Dr STAHMER

Non, non, Schreiber, Professeur Schreiber. Il s’agit d’une déclaration russe.

LE PRÉSIDENT

Oui. Si le Professeur Schreiber est amené ici sur l’ordre du Tribunal, vous pouvez être assuré que vous aurez toute possibilité de l’interroger.

Docteur Stahmer, si vous avez d’autres questions à poser à l’accusé Göring, vous devriez le faire maintenant ; le Tribunal n’a pas l’intention de faire appeler encore une fois l’accusé quand le témoin Schreiber comparaîtra. Donc, si vous avez des questions à poser sur un sujet que le Dr Schreiber pourrait être amené à traiter, vous devriez les poser maintenant.

Dr STAHMER (au témoin)

Vous a-t-il jamais donné d’ordre ou remis de pouvoir particulier pour préparer la guerre bactériologique ?

ACCUSÉ GÖRING

Jamais je n’ai reçu un pouvoir semblable ou un pareil ordre, comme l’insinue la lettre du général Halder au Gouvernement soviétique.

Dr STAHMER

Avez-vous eu connaissance que vos médecins aient pris part à des préparatifs de cet ordre ?

ACCUSÉ GÖRING

Non. Il n’y a rien dans cette lettre au sujet des médecins, mais uniquement d’un officier de la Luftwaffe...

LE PRÉSIDENT

Un instant, s’il vous plaît !

Continuez Docteur Stahmer. Tenez-vous en strictement, je vous prie, aux points qui, dans votre déclaration écrite, se rapportent au Dr Schreiber.

Dr STAHMER

Connaissez-vous l’existence d’une Société d’études pour « la guerre bactériologique » ?

ACCUSÉ GÖRING

J’ignorais qu’il existât une semblable Société d’études, mais je savais naturellement que des mesures de défense avaient été prises contre une guerre bactériologique et qu’on en avait discuté. Il ne faut pas oublier que dans une certaine mesure, on avait commencé de nous faire une telle guerre en nous envoyant, par exemple, des doryphores. Des mesures de défense avaient été prises et peut-être — je n’en ai pas eu connaissance, mais cela est possible — avait-on envisagé des préparatifs pour pouvoir riposter en cas d’une attaque de ce genre de la part de nos adversaires.

Dr STAHMER

Connaissez-vous le professeur Blohme ?

ACCUSÉ GÖRING

Non.

Dr STAHMER

Donc, vous ne lui avez pas donné l’ordre de prendre ces mesures préventives ?

ACCUSÉ GÖRING

C’est impossible.

Dr STAHMER

Je n’ai plus d’autre question à poser.

LE PRÉSIDENT

Le Ministère Public a-t-il des questions à poser ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Accusé, je voudrais tout d’abord savoir avec quels passages de la lettre du Dr Sievers vous êtes d’accord, et avec quels passages vous êtes en désaccord. Êtes-vous d’accord pour reconnaître que la direction des expériences sur le typhus était dans les mains du Professeur Dr Haagen, directeur de l’Institut d’hygiène de l’Université du Reich à Strasbourg, médecin et conseiller d’hygiène d’une unité de l’Air ? Sievers a-t-il raison, quand il le prétend ?

ACCUSÉ GÖRING

Je ne puis le contrôler maintenant, c’est impossible.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Bien. Contestez-vous que le Dr Haagen ait été — je cite — « chargé de cette tâche par le Reichsmarschall président du Conseil de recherches du Reich », ou répétez-vous encore une fois que vous n’avez aucun moyen de le vérifier ?

ACCUSÉ GÖRING

Je vous l’ai dit très clairement : je n’en ai rien su. Il est intéressant de voir qu’ici aussi on parle du Reichsmarschall et du président du Conseil de recherches, c’est-à-dire de la « raison sociale » qui couvrait des milliers de semblables ordres de recherches.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

En un mot, votre argument est celui du timbre de caoutchouc : votre signature était simplement un timbre de caoutchouc qui était l’équivalent de la signature du président du Conseil des recherches du Reich. Pouvez-vous expliquer cela au Tribunal ?

ACCUSÉ GÖRING

Non, je ne dis cela en aucun cas. Si ma signature avait été donnée, elle aurait eu toute sa valeur, mais elle n’a pas été donnée. J’ai déjà expliqué qu’il s’agissait d’un en-tête. Les signatures étaient celles de ceux de mes subordonnés qui avaient donné les ordres. Lorsque j’ai signé une lettre, j’en porte seul la responsabilité. Il serait facile pour le Ministère Public de me présenter un document ou d’interroger M. Haagen.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Alors vous dites que si des instructions émanaient du Conseil de recherches du Reich, vous n’en saviez rien ? Ai-je bien compris cette réponse ?

ACCUSÉ GÖRING

Dans le détail, évidemment non ; premièrement, je n’en avais pas le temps. Pour moi aussi la journée n’avait que 24 heures. Deuxièmement, j’ai insisté sur le fait que je n’étais pas spécialiste ; ma tâche consistait à donner des ordres généraux concernant les recherches et la coordination des recherches dans tous les domaines. Troisièmement, j’avais à assurer le financement des recherches.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Vous voyez, accusé, la lettre poursuit : « Conformément à ces instructions » — ce qui, d’après ce qu’on disait, provenaient du Reichsmarschall président du Conseil de recherches du Reich — « le Dr Haagen devra rendre compte de son travail au chef du service sanitaire de la Luftwaffe ».

ACCUSÉ GORING

Il est possible qu’il ait été chargé de cette tâche. Il ne m’a pas fait de rapport, et le chef de l’Inspection sanitaire ne m’a pas non plus fait de rapport. C’est pourquoi mon défenseur a demandé que ce chef de l’Inspection sanitaire soit entendu comme témoin pour bien éclaircir la question.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Ainsi, ces deux organismes, dont vous étiez le chef : le Conseil de recherches du Reich et le Service sanitaire de la Luftwaffe, agissaient tous les deux sans que vous soyez au courant ? En ce qui concerne ces expériences qui se rapportaient à vos fonctions, vous dites que ces deux organismes agissaient sans que vous soyez au courant ? C’est bien là ce que vous avez dit ? C’est bien cela ? Êtes-vous bien sûr que c’est cela que vous avez voulu dire ?

ACCUSÉ GÖRJNG

C’est absolument cela. Encore une courte explication : oui, voyez-vous, il est absolument...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Un instant, je voudrais que vous envisagiez un ou deux points avant de vous engager davantage. Savez-vous qu’en mai 1942 le Feldmarschall Milch exprimait vos remerciements tout à fait spéciaux aux SS pour leur collaboration dans les expériences relatives à ’l’altitude ?

Votre Honneur, il s’agit du document PS-343, la lettre qui commence par « Cher petit Wolff ». Wolff faisait partie de l’entourage immédiat de Himmler, et il assurait la liaison entre Hitler et Himmler, à un moment donné. Et le second de ces hommes, accusé, le Feldmarschall Milch, a transmis aux SS les remerciements spéciaux du Chef suprême de l’Armée de l’air pour leur large collaboration dans les expériences relatives à l’altitude.

Vous affirmez que le Feldmarschall Milch, lorsqu’il écrivait cette lettre, ou lorsqu’il signait au nom de votre Service sanitaire, ne faisait qu’exprimer une « chanson de malaise » et ne transmettait pas vos remerciements à Himmler ?

ACCUSÉ GÖRING

Ce n’est pas seulement moi qui le dis : le Feldmarschall Milch en a témoigné ici même. Relisez le procès-verbal : il y est explicitement dit que je n’ai pas eu la moindre connaissance de ces détails. Du reste, Monsieur le Procureur, nous avions certaines méthodes de correspondances qui peuvent ne pas vous paraître convenables, mais elles étaient ce qu’elles étaient. Quand le délégué d’un ministère envoyait une lettre de remerciements, ce n’était pas en son nom personnel, mais il devait remercier au nom de son chef. Je crois qu’il en est de même partout.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je voudrais simplement vous rappeler ce qu’a dit le témoin Milch : à savoir que ces lettres lui ont été remises par votre Services sanitaire. Ces expériences concernaient principalement la Luftwaffe. Pouvez-vous affirmer que les remerciements de la Luftwaffe et du Commandant suprême, c’est-à-dire les vôtres, ont été exprimés sans que vous ayez été le moins du monde consulté ?

ACCUSÉ GÖRING

Le Feldmarschall Milch ne dit pas que les lettres m’ont été remises, mais qu’elles lui ont été remises.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

J’ai dit « lui ont été remises », je n’ai pas du tout insinué qu’elles vous avaient été remises à vous.

ACCUSÉ GÖRING

Sans doute cela m’aura-t-il été répété incorrectement. Et il a en outre remercié courtoisement parce que l’Inspection lui avait dit de ne pas s’intéresser davantage à cette affaire, ces expériences devant être exécutées volontairement par nos jeunes médecins. Il s’est étendu longuement sur cette question.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Vous savez cependant que les choses ne se sont pas arrêtées à la collaboration de vos jeunes officiers du Service de santé. Vos services ont fourni du matériel pour les expériences au camp de Dachau.

ACCUSÉ GÖRING

Je ne comprends pas la traduction.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je recommence : il ne s’est pas arrêté là : du matériel pour les expériences a été fourni par vos services au camp de Dachau.

Monsieur le Président, il s’agit du document GB-582 (PS-2428) un affidavit du détenu Otto Pacholegg qui se trouvait à Dachau. Il précise que la Luftwaffe a livré au camp de Dachau une armoire en bois et métal large de 4 mètres, haute de 2. Il donne une description détaillée. (A l’accusé.) Dites-vous que ces fournitures de matériel pour les expériences à Dachau ont été effectuées sans que l’on vous ait consulté sur ces expériences qui intéressaient particulièrement la Luftwaffe ?

ACCUSÉ GÖRING

Premièrement, ce n’est pas la Luftwaffe qui a fait des expériences à Dachau, mais le médecin de réserve de la Luftwaffe, le Dr Rascher. Comment et sous quelle forme il a reçu cet ordre de l’Inspection sanitaire, je n’en sais rien.

Deuxièmement : ce ne sont pas du bois et différentes pièces qui ont été livrés, mais bien ce qu’on a appelé une grande armoire. J’ai déjà parlé de cela au moment opportun : tout aviateur a besoin d’éprouver sa résistance à l’altitude et à la pression. Il n’était pas difficile pour Rascher de s’adresser à l’Inspection, au service technique, pour demander une telle armoire, sans entrer dans le détail des expériences qu’il voulait tenter et sans préciser si elles devaient présenter des dangers.

Troisièmement, je tiens à insister encore sur un point. Le Ministère Public a, à plusieurs reprises répété — et particulièrement M. Justice Jackson, dans la conclusion de son récent réquisitoire — que j’avais mis partout mes gros doigts gras. Étant donné toutes les charges qui m’incombaient, vous pouvez croire que je n’avais pas à m’occuper d’une armoire pour des expériences.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Mais ne vous êtes-vous pas intéressé aux expériences destinées à vérifier les vêtements de vol pour la Luftwaffe, lorsque les détenus des camps étaient revêtus de différents types de costume de vol, vestes, etc. ? Accusé ! Vous étiez vous-même aviateur, vous aviez de brillants états de service, à l’Armée de l’air, lors de la dernière guerre. Ce que je voulais vous dire c’est que ces expériences ne présentaient pas seulement pour vous un intérêt administratif : en tant qu’ancien officier, elles devaient vous intéresser. Vous deviez avoir de l’intérêt pour ces expériences et vous en aviez. Si vous y réfléchissez encore, êtes-vous bien sûr de n’avoir pas été mis au courant des expériences menées sur les détenus des camps et destinées à vérifier les vêtements de vol ?

ACCUSÉ GÖRING

Sir David, non seulement je suis sûr que je ne m’en souviens pas, mais je suis sûr que cela n’était pas. Je précise : je ne dis pas que je ne m’en souviens pas, j’affirme, en toute certitude, qu’il n’en était pas ainsi.

Deuxièmement, vous avez tout à fait raison de dire que je me suis beaucoup intéressé à mes aviateurs, à leur bien-être, à leurs vêtements. Nous discutions souvent entre aviateurs de la meilleure façon de les vêtir. Si l’on m’avait parlé des combinaisons chauffantes, je les aurais déconseillées, instruit que j’étais par ma propre expérience : en effet, à la fin de la dernière guerre, j’ai été gravement brûlé par un vêtement de cette sorte.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Passons à une autre expérience. Dans votre Armée de l’air comme dans la nôtre, un des problèmes les plus difficiles à résoudre était celui des pilotes qui tombaient à la mer, que pouvait-on faire, et combien de temps pouvaient-ils survivre ? Affirmez-vous que vous n’étiez pas au courant des expériences de réfrigération ? Conformément à l’affidavit auquel je me suis référé tout à l’heure, le Dr Rascher a fait ces expériences de réfrigération et c’était bien pour la Luftwaffe puisqu’il s’agissait d’éprouver la résistance du corps humain à l’immersion prolongée dans l’eau froide. Affirmez-vous que vous n’avez rien su non plus de ces expériences ?

ACCUSÉ GÖRING

Je ne connaissais ni le Dr Rascher ni une seule de ses expériences. Les effets du froid, lorsque les gens tombaient dans l’eau, étaient une chose connue. Contre le refroidissement, il existait une excellente poudre, ou quelque chose d’analogue. Je savais du reste qu’on avait fabriqué des vêtements de sauvetage conçus de manière à permettre de respirer malgré les vagues. Nous avons, de plus, observé et étudié les dispositions, les moyens de protection et l’équipement de nos adversaires dans ce domaine.

Je me souviens d’avoir eu un jour entre les mains une brochure sur ce sujet, mais c’est tout. Du reste, les gens sont toujours tombés dans l’eau et ils ont fait pour se réchauffer ce que leur inspiraient les circonstances ; ils ont fait des mouvements, ils ont bu de l’alcool, etc.

Pardonnez-moi, j’ai une déclaration importante à faire : les expériences dont vous avez parlé ici au sujet des femmes, etc., n’expriment absolument pas mon point de vue vis-à-vis de la femme. De telles expériences auraient provoqué de ma part la plus violente colère, non pas maintenant, ou après coup, mais sur le moment même.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Encore une autre expérience, et je passerai à la question de savoir si vous étiez au courant des expériences dans le temps où elles avaient lieu. Connaissiez-vous ou non les expériences poursuivies par le Service sanitaire de la Luftwaffe, en mai 1944, expériences destinées à rendre potable l’eau de mer et pour lesquelles on se servait de détenus de camps de concentration ?

ACCUSÉ GÖRING

Non, je n’en savais rien et je vais vous expliquer comment cela a pu se produire. Même l’Inspection sanitaire aurait pu l’ignorer. Un ordre déterminé était donné par l’Inspection — et moi-même j’aurais pu donner cet ordre — mais il ne s’ensuivait pas que l’expérience dût avoir lieu sur des êtres humains et mît leur vie en danger. Un médecin de réserve de la Luftwaffe pouvait être en rapport par exemple avec Himmler, ou avec son institut d’expériences, et il pouvait en même temps faire partie des SS. Il pouvait exister une connexion de rapports dont la Luftwaffe pouvait n’avoir pas la moindre idée. On n’était pas toujours averti en haut lieu de toutes les méthodes, de toutes les coutumes, de toutes les manières d’être.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

La première lettre dont je vous ai parlé datait du 26 mai 1942. Vous y disiez — pour mettre les choses au point — que les remerciements exprimés par le Feldmarschall Mildi constituaient uniquement une façon officielle d’exprimer les remerciements généraux.

Vous souvenez-vous que, le 28 juillet 1942, un décret du Führer publié par Hitler, contresigné par l’accusé Keitel et par le témoin Lammers, créait un personnel de coordination pour les armées ?... Le 28 juillet 1942... Cette mesure devait avoir pour effet de coordonner les tâches de la Wehrmacht, des Waffen SS et des organisations subalternes dans le domaine sanitaire. Je vais vous le rappeler, cela pourra vous aider à réveiller vos souvenirs :

« En vue d’un travail d’ensemble, il lui sera adjoint » — lui désigne l’Inspecteur général du Service de santé de la Wehrmacht — « un officier sanitaire de la Marine et un officier sanitaire de l’Armée de l’air — et maintenant, écoutez-moi bien — celui-ci — l’officier de l’Armée de l’air — « ayant les attributions d’un chef d’État-Major. »

C’est à cette époque que le Feldmarschall écrivait à Wolff au sujet de ces expériences. Deux mois plus tard paraissait un décret du Führer et un de vos officiers devait devenir chef d’État-Major de ce Service de coordination. Voulez-vous faire croire au Tribunal que vous n’étiez pas au courant de ce décret, pas plus que de la nomination à ce poste d’un de vos officiers ?

ACCUSÉ GÖRING

Avant de répondre au Tribunal, je demande la permission de consulter le décret.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Vous voulez le voir ?

ACCUSÉ GÖRING

Oui, j’aimerais beaucoup le voir.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je n’ai que l’exemplaire en anglais. (Le document est remis au témoin.)

ACCUSÉ GÖRING

Oui, je voulais simplement m’en assurer. Ce décret n’a rien à voir avec ces expériences, mais il commence par les mots... Je le traduis parce que je ne parle pas assez bien... « Les demandes de personnel et de matériel, en ce qui concerne le Service de santé, exigent une collaboration étroite. C’est pourquoi j’ordonne ce qui suit... »

On nomma alors un chef du service sanitaire — je ne me rappelle plus le titre exact — de façon à pallier la diminution du personnel et du matériel sanitaire — les pertes étaient particulièrement sensibles dans ce domaine — et, naturellement, à poursuivre en commun les expériences, en cas de nécessité. Ce que nous avons fait dans le domaine de la recherche est absolument clair, surtout pendant la guerre. Bien que la majorité du personnel médical et la plus grande partie des médicaments et du matériel fussent fournis par l’Armée, le chef du service sanitaire fut placé à la tête de l’organisation. Et bien que la Luftwaffe fût la seconde en importance des différentes parties de la Wehrmacht, le chef de service fut pris dans la Luftwaffe. Cela est parfaitement compréhensible.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Le point sur lequel je désire attirer votre attention — je crois que vous m’avez compris — c’est cet intérêt nouveau pour les questions médicales et les recherches qui détermina Hitler à constituer cet organisme de coordination. Je voudrais que vous vous rappeliez comment cet intérêt pour les questions médicales se manifesta dans votre propre corps. Un mois plus tard, le 31 août 1942, votre adjoint Milch écrivait à Himmler... Votre Honneur, il s’agit du document PS-343 (USA-463) :

« Cher Monsieur Himmler, je vous remercie beaucoup de votre lettre du 25 août. J’ai lu avec le plus grand intérêt, les explications détaillées du Dr Rascher et du Dr Romberg. Je suis au courant des expériences en cours. Je demanderai prochainement à ces deux messieurs de faire une conférence avec projection de films devant mes hommes. »

Je suppose que Milch dit la vérité en ce qui concerne cette demande et que cette lettre lui a été présentée par le chef de votre service médical aux fins de signature. Il n’y a aucune raison de supposer que le chef de votre service médical mentait dans la lettre qu’il a présentée à Milch. Il n’y a aucune raison de supposer que cette lettre est mensongère, et si, dans votre service, on traitait ce sujet des expériences devant les hommes, dans des conférences avec projection de films, pouvez-vous continuer à dire au Tribunal que vous, en qualité de chef de l’organisation, vous ne saviez rien de ces expériences ?

ACCUSÉ GÖRING

Je n’ai dit que la vérité au Tribunal. Premièrement, cette lettre n’avait pas à être présentée à Milch, car c’est une lettre personnelle de Milch à Himmler. Deuxièmement, Milch, ici-même, à la barre des témoins...

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Excusez-moi de vous interrompre. Je n’ai fait que citer le témoignage de Milch. Je vous demandais de supposer pour un instant que le témoignage de Milch était vrai. On m’a expliqué que Milch avait menti et vous affirmez que, dans sa lettre, il dit la vérité. Considérez, je vous prie, que Milch a dit la vérité et que cette lettre lui a été présentée par votre service sanitaire. Voilà ce que j’ai voulu dire. Continuez.

ACCUSÉ GÖRING

Je n’ai pas très bien compris cela. M’avez-vous lu une lettre du Feldmarschall Milch ou m’avez-vous lu un extrait du témoignage de Milch ? Je n’ai pas bien compris.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je vous ai lu un extrait d’une lettre du Feldmarschall Milch à Himmler, et je vous ai informé, pour le cas où vous ne vous en souviendriez pas, que le Feldmarschall Milch avait dit que cette lettre lui avait été présentée par votre section sanitaire et qu’il l’avait signée sans la relire. C’est ce que Milch a affirmé. Je vous demande de considérer qu’il a dit la vérité, mais je ne parle pas de cela pour le moment. Je voudrais que vous me disiez, en qualité de chef d’un service, si ces expériences étaient le thème des conférences et des projections de films faites devant les hommes placés sous vos ordres. Répétez-vous encore devant le Tribunal que vous n’en saviez rien ?

ACCUSÉ GÖB.ING

Je vous ai dit clairement que je ne savais rien moi-même. Je ne dis pas que le Feldmarschall Milch a menti. Il doit savoir si cette lettre lui a été ou non présentée par l’inspection. Si je me souviens bien de son témoignage, il a éclairci la question très suffisamment et a bien spécifié qu’en aucun cas il ne m’avait tenu au courant des détails de ces expériences.

Mais, Sir David, je voudrais une fois de plus attirer votre attention sur le décret que vous m’avez remis. Je l’ai parcouru, en attendant. Il n’a absolument rien à voir avec les expériences, ainsi que je l’ai déjà dit. Mais l’article premier parle des trois divisions de la Wehrmacht au point de vue sanitaire. L’article 2 parle des rapports entre l’Hygiène de la Wehrmacht et l’Hygiène de la population civile, uniquement du point de vue de l’organisation et de l’administration.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Témoin ! Vous savez que nous ne parlons pas du décret pour l’instant. Je veux que vous me répondiez. Dites-vous que vous n’étiez pas au courant des conférences avec projections de films ayant trait aux expériences et qui étaient faites devant les hommes servant sous votre commandement ? Je veux une réponse tout à fait nette. Oui ou non, saviez-vous ce qui se passait ?

ACCUSÉ GORING

Non, je n’en savais rien. Je vous prie encore une fois de réfléchir et de penser que le ministère avait ses propres organisations et que moi, au Quartier Général, je m’occupais davantage des questions stratégiques et techniques. Je me serais élevé contre de telles expériences. Bien que le contraire ait été dit, par le Ministère Public russe je crois, je maintiens ma déclaration. Au cours de l’année 1934, j’ai interdit les expériences faites sur des animaux vivants. Ne pensez pas, je vous prie, que je les aurais fait faire sur des être humains.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je ne suis pas là pour faire des commentaires. Beaucoup de gens ont des principes en ce qui concerne les animaux qu’ils n’appliquent pas à des hommes, surtout en temps de guerre. Mais cela est en dehors du sujet et je n’insisterai pas.

En novembre 1942, vous y avez fait allusion dans votre déposition, le Dr Rascher fut muté de l’Armée de l’air dans les SS. Avant ce changement, Himmler écrivit à Milch une lettre où il parlait des expériences faites pour éprouver la résistance de l’organisme humain à la haute altitude, au refroidissement prolongé, etc. Je cite les paroles de Himmler :

« Ces expériences sur la résistance de l’organisme humain à la haute altitude et à l’immersion prolongée dans l’eau froide sont, pour la Luftwaffe, un problème vital... » Et plus loin :

« Malheureusement, nous manquions de temps quand le Dr Rascher a voulu faire son rapport au ministère de l’Air. J’avais mis de grands espoirs dans ce rapport, car je comptais sur lui pour lever les objections de caractère religieux qu’on pouvait faire aux travaux du Dr Rascher.

« Les difficultés restent les mêmes qu’auparavant : le point de vue de ces milieux médicaux chrétiens est qu’un jeune aviateur allemand a le droit de risquer sa vie, mais que la vie d’un criminel — qui n’est pas mobilisé — est sacrée et que nul ne doit se souiller de son sang ».

Himmler poursuit en insistant sur l’importance pour l’Armée de l’air et les Waffen SS de ces expériences :

« Toutefois, à cet égard, je propose que pour assurer la liaison entre vous et Wolff » — c’est à dire Milch et Wolff — « on choisisse un médecin athée qui pourrait en même temps être informé des résultats », PS-1617 (USA-460).

Expliquez-nous, accusé, comment vous n’ayez jamais entendu dire, bien que Hitler l’ait entendu dire, que les milieux médicaux chrétiens protestaient contre ces expériences ?

ACCUSÉ GÖRING

Je crois que vous voulez dire Himmler et non Hitler ?

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Oui, bien sûr, j’ai voulu dire Himmler. Vous dites que vous n’étiez pas au courant des protestations des milieux médicaux chrétiens au sujet des expériences ? D’après cette lettre, pourtant, ils protestaient de façon publique et avec insistance. Ne le saviez-vous pas ?

ACCUSÉ GÖRING

Non. Ils n’ont, du reste, pas protesté publiquement. Je vous suis très reconnaissant de m’avoir communiqué cette lettre dont je ne me souviens pas plus que des nombreux documents qui m’ont été présentés ici. Elle éclaire de manière indiscutable ce que je viens de vous dire. Je suis heureux que, parmi ces médecins chrétiens, mon inspection de la Luftwaffe soit clairement désignée, car ceux-là seuls pouvaient protester. C’est la raison pour laquelle M. Rascher me paraît avoir été exclu de la Luftwaffe : sa collaboration avec l’inspection ne s’était pas effectuée à la satisfaction de Himmler, et c’est sans doute pour cela qu’il a été muté par Himmler dans les SS. Cela confirme ce que je viens de vous déclarer.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Je voudrais que vous réfléchissiez encore une fois à ce que je vais vous demander : vous étiez encore en bons termes avec Himmler en 1942, n’est-ce pas ?

ACCUSÉ GÖRING

Himmler a toujours été très poli avec moi, comme je l’étais avec lui.

SIR DAVID MAXWELL-FYFE

Vos rapports n’étaient pas de simple politique : quelques jours après cette lettre, vous lui avez envoyé une serviette en crocodile, un coffret de cigares et un calepin pour Noël. Cela montre que vous étiez en très bons termes avec Himmler. Allez-vous encore soutenir que vous n’avez jamais rien entendu dire, que Himmler ne vous a jamais rien dit, ni Milch, ni vos officiers sanitaires, au sujet des expériences et des protestations qu’elles provoquaient dans les milieux médicaux chrétiens ? Tout le monde a donc conspiré, accusé, pour vous laisser dans l’ignorance de tout ce qui aurait pu vous mettre dans l’embarras ? Est-ce là ce que vous répondez ?

ACCUSÉ GÖRING

Les expériences et la connaissance que j’aurais pu en avoir, n’ont rien à voir avec la serviette en crocodile et le calepin. Dans ce dernier cas, il s’agissait d’un cadeau de Noël en remerciement d’un cadeau que Himmler me faisait toujours à Noël au nom des SS. Je voulais toujours le lui rendre.

En second lieu, on n’a pas conspiré pour me laisser dans l’ignorance, mais les services étaient séparés. Il y avait des choses importantes, intéressantes, et d’autres qui étaient traitées par les services. Les questions sanitaires étaient du nombre. Il m’était impossible de tout savoir. Du reste, je tiens encore à spécifier que je n’ai jamais entendu parler d’une protestation officielle d’un milieu chrétien ou de médecins pendant la guerre, contre de telles expériences. De telles manifestations n’auraient d’ailleurs pas été possibles.

LE PRÉSIDENT

Avez-vous encore des questions à poser, Docteur Stahmer ?

Dr STAHMER

Je n’ai plus rien à dire, Monsieur le Président.

LE PRÉSIDENT

L’accusé peut retourner s’asseoir à son banc. Docteur Gawlik ?

Dr GAWLIK

Monsieur le Président, je vous prie d’abord de m’excuser de n’avoir pas été prêt hier à vous présenter les documents. Je regrette beaucoup d’avoir ainsi interrompu la procédure. La défense des organisations a été informée que l’ordre de présentation des documents serait différent de celui de l’audition des témoins. La série se présentait ainsi : les chefs politiques, la Gestapo, les SS et le SD. Je pensais que je devais passer après les SS pour présenter mes documents. Je vous prie de bien vouloir considérer que, pour l’instant, je suis occupé à la préparation de ma plaidoirie et qu’il ne m’est pas possible de prendre part à une audience entière.

LE PRÉSIDENT

Voulez-vous dire que vous n’êtes pas à même maintenant d’assister à l’audience ?

Dr GAWLIK

Maintenant, je suis prêt.

LE PRÉSIDENT

Je ne sais pas comment un tel malentendu a pu se produire ; le Tribunal n’a pas annoncé de dérogation à l’ordre prévu. Les avocats des accusés et des organisations doivent comprendre qu’ils doivent être prêts lorsque leur cas est appelé ; on ne doit pas faire attendre le Tribunal comme cela s’est produit hier. C’est la première fois que cela est arrivé et le Tribunal espère que cela ne se reproduira pas.

Dr GAWLIK

Votre Honneur, c’est une lettre du 1er août qui était affichée dans le bureau des avocats.

LE PRÉSIDENT

Que contient cette lettre ?

Dr GAWLIK

La lettre dit que l’ordre de l’interrogatoire des témoins sera modifié, que les témoins du SD seront appelés avant ceux des SS et qu’en ce qui concerne la présentation des documents et la plaidoirie, rien n’est changé à l’ordre déjà établi. L’ordre est ainsi indiqué : chefs politiques, Gestapo, SS et SD...

LE PRÉSIDENT

Le Tribunal enquêtera sur cette affaire.

Dr GAWLIK

Je demande la permission de commencer par le compte rendu des témoignages que j’ai recueillis. Je commence par les affidavits. Une partie seulement des affidavits a été traduite, le service de traduction étant surchargé de travail. Je vous prie...

LE PRÉSIDENT

Docteur Gawlik, comme vous n’étiez pas là l’autre jour, il faudrait peut-être que je précise devant vous les désirs du Tribunal en ce qui concerne les affidavits. Un grand nombre de ces affidavits, sinon tous, ont été résumés et les résumés sont contenus dans les procès-verbaux ; faire un nouveau résumé de ces affidavits ne servirait qu’à répéter ce qui figure déjà dans les procès-verbaux des commissions. Le Tribunal ne le désire pas. Par conséquent, si vous vouliez bien vous en tenir à commenter ou résumer ceux des affidavits qui n’ont pas encore été résumés, cela suffira, excepté, bien entendu, ce qu’il vous sera nécessaire de présenter comme preuve.

Est-ce clair ? Je n’ai pas dit que vous ne deviez pas nous résumer les affidavits dont nous n’avons pas encore eu connaissance. J’ai dit que nous désirions éviter les répétitions et que vous ne deviez pas nous parler une seconde fois des affidavits dont les résumés figurent déjà aux procès-verbaux.

Dr GAWLIK

Je n’en avais pas non plus l’intention, Votre Honneur. J’ai seulement fait traduire une partie de ces affidavits, et je voulais vous les transmettre lorsqu’ils seraient complètement traduits. Je n’en ai jusqu’à présent qu’une partie. Je ne puis présenter aujourd’hui l’ensemble des traductions de ces affidavits. C’est pourquoi je vous prie de me permettre de le faire par la suite.

LE PRÉSIDENT

Très bien. Avant de commencer, nous allons suspendre quelques instants.

Dr GAWLIK

Très bien.

(L’audience est suspendue.)
Dr GAWLIK

En ce qui concerne mes affidavits, je les présenterai dans l’ordre des points consignés par l’Accusation dans l’exposé écrit des charges contre la Gestapo et le SD : j’estime être ainsi utile au Tribunal. Il est vrai que, de cette manière, je ne respecterai pas l’ordre numérique. Je crois que le procédé est acceptable et permettra au Tribunal de vérifier facilement que je me suis efforcé de ne pas présenter de preuves qui feraient double emploi.

Je commence par la conspiration, et en vérité, par les tâches, les buts et les activités du SD, depuis sa fondation jusqu’au moment où fut créé le RSHA. A ce propos, j’ai présenté l’affidavit SD-27 du Dr Albert. Le résumé se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946.

L’affidavit suivant se rapporte à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD aurait eu pour tâche de donner des renseignements secrets sur des adversaires possibles ou existants du Gouvernement nazi. Cela se rapporte à l’exposé écrit contre la Gestapo et le SD (Statement of évidence III B, page 17 de l’édition anglaise). A ce propos, j’ai présenté l’affidavit SD-28 du Dr Albert. Le procès-verbal de la commission du 23 juillet 1946 donne également un résumé très bref de son contenu. A ce propos, j’ai présenté encore l’affidavit SD-1 de Ferdinand Sackman, que je verse maintenant au dossier.

LE PRÉSIDENT

C’est bien, continuez.

Dr GAWLIK

L’affidavit suivant démontre que le SD n’était pas chargé d’organiser une conspiration. A ce propos, j’ai présenté l’affidavit SD-27. Il est résumé brièvement dans le procès-verbal du 3 août 1946.

L’affidavit suivant précise les buts, les tâches et les activités du groupe III D du RSHA, et il en ressort que le groupe III D n’a pas soutenu de conspiration. A ce propos, j’ai présenté l’affidavit SD-40 établi par Ohlendorf. Le résumé de cet affidavit est contenu dans le procès-verbal du 23 juillet 1946.

Mes affidavits suivants se rapportent aux buts, tâches et activités des services extérieurs et des hommes de confiance et il en ressort que les tâches, buts et activités des hommes de confiance des services extérieurs ne consistaient pas à soutenir une conspiration. A ce propos, j’ai l’affidavit SD-65, établi par le Professeur Dr Ritter, dont j’ai demandé la traduction complète, que je n’ai pas pu obtenir jusqu’ici, les services de traduction étant surchargés. Je prie le Tribunal de bien vouloir accorder une attention toute particulière à cet affidavit. Il s’agit d’un des plus célèbres historiens allemands et je prie le Tribunal de me permettre de lire les passages suivants de cet affidavit :

« Question n° 1. — Voulez-vous donner des détails sur vos fonctions professionnelles ?

« Réponse

Depuis 1925, je suis professeur d’histoire moderne à l’Université de Fribourg. »

Je laisse une phrase.

« Question n° 2. — Étiez-vous membre de la NSDAP ou d’une de ses formations ?

« Réponse

Non.

« Question n° 3. — Étiez-vous membre d’un groupe de résistance contre le régime hitlérien et avez-vous été poursuivi par ce régime ?

« Réponse

Oui, je faisais partie du groupe des amis du Dr Gördeler et j’avais été pressenti par lui pour devenir ministre de l’Information et des Cultes dans son cabinet. C’est la raison pour laquelle, en novembre 1944, j’ai été arrêté à propos des événements du 20 juillet. J’ai été appelé devant le Tribunal populaire de Berlin, emprisonné à la Lehrterstrasse, puis délivré par l’Armée russe le 25 avril 1945. »

LE PRÉSIDENT

Attendez un instant, la traduction a dit : novembre 1934. N’est-ce pas novembre 1944 ?

Dr GAWUK

Oui, novembre 1944.

LE PRÉSIDENT

Très bien.

Dr GAWLIK

« Question n° 4. — Connaissez-vous les activités des communautés de travail du SD et les avez-vous connues ?

« Réponse

Oui. Je les ai connues parce que j’étais président du Comité d’épuration de l’université de Fribourg. »

« Question n° 5. — Quelles étaient les tâches de la communauté de travail SD ?

« Réponse

1. Renseigner la Direction suprême du SD (je ne connais pas exactement le titre) sur l’état d’esprit de la population et sur les critiques que la population formulait contre les mesures du parti. »

Pour gagner du temps, je crois pouvoir passer sur les deux autres points de cette réponse. Je passe également sur les autres questions et j’en viens maintenant à la question n° 6 :

« Quels étaient les buts et les tâches des hommes de confiance ?

« Réponse

Les buts et les tâches de ces hommes étaient, dans l’ensemble, les mêmes que ceux des communautés de travail dont faisaient partie les hommes de confiance, mais tandis que les autres membres des communautés de travail n’étaient sollicités qu’occasionnellement pour des renseignements à donner au SD, les hommes de confiance étaient en relation constante avec ces services. »

J’en viens maintenant à la question n° 8 :

« Est-ce que les hommes de confiance avaient pour tâche de réunir toutes les déclarations hostiles à l’État en général, de surveiller toutes les personnes hostiles à l’État ?

« Réponse

Je ne connais pas les constatations faites dans ce sens. »

Je passe quelques phrases et j’arrive à la question n° 9 :

« Quels buts le SD poursuivait-il à l’intérieur du pays en faisant ses rapports ?

« Réponse

Contrairement aux rapports du Parti qui, généralement, embellissait les choses, le SD devait donner les rapports correspondant à la réalité. Dans le cadre de la politique culturelle, il, s’agissait de déceler les abus et les manquements. »

« Question N° 10. — Le SD a-t-il surveillé vos cours et conférences et a-t-il fait un rapport ?

« Réponse

Oui, je sais que dans le service extérieur du SD à Karlsruhe et à Strasbourg, on a trouvé une série de rapports et de procès-verbaux sténographiques de mes conférences et de mes cours. Je peux indiquer encore qu’en ce qui concerne l’activité du SD il y a eu entre moi et toute une série de personnages scientifiques et de hauts fonctionnaires, un échange d’idées par correspondance... »

LE PRÉSIDENT

Docteur Gawlik, je crois qu’il serait plus facile au Tribunal de suivre si vous pouviez faire un résumé de vos affidavits au lieu de les lire.

Dr GAWLIK

Il me reste peu de choses à dire avant d’en finir avec cet affidavit, Monsieur le Président ; je vous prie de bien vouloir tenir compte du fait que c’est là le seul affidavit que je lirai. J’y attache une importance toute particulière parce qu’il ne provient pas d’un membre du SD, mais d’un professeur qui a été surveillé par le SD.

LE PRÉSIDENT

Très bien.

Dr GAWLIK

Je puis indiquer encore qu’en ce qui concerne l’activité du SD il y eu, entre moi et toute une série de savants et de hauts fonctionnaires, un échange de correspondance dans laquelle j’ai eu la confirmation que toutes mes expériences corroboraient celles de ces hommes.

« Question n° 11. — Est-ce que le SD, à la suite de la surveillance exercée sur vos conférences et vos cours, a incité la Gestapo à prendre des mesures contre vous ?

.« Réponse

Je n’en sais rien. »

Je passe une question et j’en arrive à la question n° 13 :

« A la suite de vos conférences et de vos cours, avez-vous été arrêté ou avez-vous reçu un avertissement de la Gestapo ?

« Réponse

Non, il est vrai qu’une fois j’ai reçu un avertissement de la Gestapo, mais c’était à la suite d’une dénonciation dont j’avais eu connaissance et qui ne provenait pas du SD.

« Question n° 14. — Pour quelles raisons avez-vous été arrêté ?

« Réponse

En raison de mes relations avec quelques personnalités dirigeantes du 20 juillet.

« Question n° 15. — Les fonctionnaires qui vous ont interrogé, connaissaient-ils vos conférences, vos cours ?

« Réponse

Non, apparemment non. Ils ont accepté sans objection l’argument que je leur ai donné : l’attitude patriotique qui était la mienne dans mes cours et conférences. Il est hors de question, à mon avis, que les agents de la Gestapo aient pu connaître mes conférences, mes cours et les rapports qu’en possédait le SD.

« Question n° 16. — Quelle était l’attitude de la Faculté des sciences politiques de Fribourg en ce qui concerne la politique de Hitler et son régime ?

 » Réponse

Non seulement la Faculté des sciences politiques, mais aussi la majorité des professeurs de lettres, étaient les adversaires du régime national-socialiste. Le fait était connu du chef des services de l’Université du Reich et il se proposait de dissoudre l’Université après la guerre.

« Question n° 17. — Ce point de vue était-il connu du SD ?

« Réponse

On peut à peine en douter.

« Question n° 18. — Est-ce que le SD a pris des mesures quelconques contre la Faculté de Droit ou les autres corps enseignants ?

« Réponse

Je n’en sais rien. »

J’ai présenté en outre un affidavit de Hans Timmermann, SD-29. Il résume le procès-verbal de la commission du 23 juillet 1945.

Celui du Dr Horst Laube, SD-31, se rapporte au même sujet. Le résumé en est contenu dans le procès-verbal du 23 juillet 1946.

La déclaration SD-26 du Dr Zimbauer n’est pas résumée dans le procès-verbal. Je la résumerai donc très brièvement. Zimbauer possède deux rapports originaux qu’il a rédigés en tant que collaborateur bénévole et qu’il avait remis au SD. Il a déclaré sous la foi du serment qu’il les avait rédigés en qualité d’homme de confiance du SD ; Je vous prie de bien vouloir noter qu’il s’agit là des deux seuls rapports originaux que j’ai pu obtenir.

L’annexe n° 1 traite de la nécessité absolue de publier un catalogue alsacien de la section économique de la bibliothèque municipale de Sarrebruck.

L’annexe n° 2 est un rapport sur la vie musicale à Salzbourg. J’ai présenté ensuite le SD-30 de Zelleim, comme cela est consigné dans le procès-verbal du 23 juillet 1946.

L’affidavit suivant se rapporte à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD, dans toute la période visée, faisait partie des SS. La référence est l’introduction de l’exposé des charges contre la Gestapo, pages 12 et 67 de l’édition anglaise. A ce propos, j’ai présenté le numéro SD-32 ; un court résumé se trouve dans le procès-verbal du 23 juillet 1946.

L’affidavit suivant se rapporte aux affirmations du Ministère Public sur le rôle joué par le SD dans l’accomplissement d’une ou plusieurs tâches. Ma référence est l’exposé des charges contre les SS, numéro II, page 8 de la traduction allemande. A ce propos, j’ai présenté un affidavit d’Ohlendorf dont un court résumé se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946.

Les affidavits suivants...

LE PRÉSIDENT

Vous n’avez pas donné le numéro de cet affidavit ?

Dr GAWLIK

C’est le SD-23 ; pardon, Votre Honneur, le SD-23.

L’affidavit suivant se rapporte à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD et la Gestapo auraient formé un seul et même système policier. Cette affirmation constitue le Statement of Evidence II B et III B de l’exposé des charges contre la Gestapo et le SD, pages 9 et 17 de l’édition anglaise.

A ce propos, j’ai présenté le SD-2 de Otto Ohlendorf (un court résumé se trouve au procès-verbal du 9 juillet 1946 ), et de plus, SD-34 (résumé au procès-verbal du 23 juillet 1946 ), SD-35 du Dr Hoffmann (résumé au procès-verbal du 23 juillet 1946 ) et SD-36 d’Otto Ohlendorf dont le résumé se trouve également au procès-verbal du 23 juillet 1946.

L’affidavit suivant apporte la preuve que le SD n’avait pas de tâches exécutives. A ce propos, j’ai présenté l’affidavit SD-20 d’Alfred Kutter (résumé au procès-verbal du 9 juillet 1946).

Les deux affidavits suivants sont un complément de l’affidavit du Dr Wilheim Höttl (accusation PS-2614). A ce propos, je présente un affidavit complémentaire, SD-37, du Dr Wilheim Höttl.

LE PRÉSIDENT

N’a-t-il pas déjà été présenté à la commission ?

Dr GAWLIK

Oui, Votre Honneur. Le résumé est contenu dans le procès-verbal du 23 juillet 1946. J’ai proposé que cet affidavit soit traduit complètement et je verse au dossier la traduction complète. De plus, j’ai présenté, à propos de la même question, le SD-38, de Théo Ghamann, dont un bref résumé se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946.

L’affidavit suivant apporte la preuve que le SD n’avait aucune influence sur le choix des chefs SA. Ce point est contenu dans le Statement of évidence, III B, page 18 de l’exposé des charges contre la Gestapo et le SD. A ce propos, je présente l’affidavit SD-4, de Max Jüttner. Le résumé de cet affidavit est contenu dans le procès-verbal du 9 juillet 1946.

L’affidavit suivant prouve que le SD n’avait pas d’influence sur le choix des chefs du Parti (Statement of Evidence III B, page 18 de l’édition anglaise de l’exposé des charges). A ce propos, je présente le SD-5 de Otto Frehrer pour l’ancien Gau Mainfranken, SD-6 de Bruno Biedermann pour l’ancien Gau de Thuringe, SD-7 de Siegfried Uiberreither pour l’ancien Gau du Steiermark, SD-8 de Cari Wahl pour l’ancien Gau de Souabe, le SD-9 de Paul Wegener pour l’ancien Gau de Mark-Brandebourg et Weser-Ems, le SD-10 d’Albert Hoffmann pour les anciens Gaue de Haute-Silésie et de Westphalie du Sud. De plus, le SDi-39 d’Adam Förtsch, pour l’ancien Gau de Haute-Bavière. Je n’ai pas encore reçu la traduction de ce document ; je la verserai plus tard au dossier.

L’affidavit suivant se réfère à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD était chargé de surveiller la fidélité et le dévouement des fonctionnaires (Statement of Evidence III B, page 18 de l’édition anglaise). A ce propos, je présente l’affidavit SD-3 du Dr Werner May. Un bref résumé de son contenu se trouve au procès-verbal du 9 juillet 1946.

J’en viens maintenant aux crimes contre la paix. Par l’affidavit suivant, je veux démontrer que le SD n’a joué aucun rôle dans les incidents de frontière d’août 1939 (Statement of Evidence, V, page 23 de la version anglaise). A ce propos, j’ai présenté l’affidavit SD-11 du Dr Marx. Un bref résumé de son contenu se trouve au procès-verbal du 9 juillet 1946.

J’en viens maintenant aux crimes de guerre et tout d’abord à ce qui est traité dans le Statement of Evidence, VI A, page 25 de l’édition anglaise de l’exposé des charges contre la Gestapo et le SD.

A ce propos, je présente l’affidavit SD-41 de Karl Heinz Bendt. Le résumé se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946. De plus, sur le même sujet, j’ai présenté le SD-42 de Walter Schellenberg ; un court résumé se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946. De plus, je verserai en entier au dossier les affidavits SD-43 de Heinz Wanninger, et SD-44 d’Otto Ohlendorf. Un court résumé de ces documents se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946. A ce propos, j’ai également présenté l’affidavit SD-45 de Erwin Schulz. Un court résumé du contenu se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946. De plus, j’ai présenté à ce propos le SD-46 d’Otto Ohlendorf ; le résumé se trouve également au procès-verbal du 23 juillet 1946.

Par les trois affidavits suivants, je veux démontrer que les membres des Leitabschnitte (autorité centrale régionale), des Aussenstelle (organisation extérieure) et les hommes de confiance, n’avaient aucune connaissance de l’activité des Einsatzgruppen de l’Est. A ce propos, j’ai présenté le SD-47 de Wilheim Dyroff, qui se rapporte à ces connaissances sur les anciens Gaue de Hanovre Sud et Brunswick. Le document SD-48, émanant de Karl Bendt, se rapporte aux anciens Oberabschnitte de Neu-Stettin, Breslau et Düsseldorf. Le SD-49 d’Adolf Rott se rapporte aux anciens Abschnitte du SD de Neustadt, Weinstrasse et de Sarrebruck.

L’affidavit suivant a trait à l’accusation selon laquelle le secteur SD de Tilsit aurait participé à la liquidation de communistes et de Juifs (Statement of Evidence, VI A de l’exposé des charges). A ce propos, je présenterai une traduction complète de l’affidavit SD-12 de Wilheim Sieps, dont un bref résumé se trouve au procès-verbal du 9 juillet 1946.

L’affidavit suivant se rapporte au document du Ministère Public PS-1475 et au Statement of Evidence VI A de l’exposé des charges, page 26 de la traduction anglaise. A ce propos, je présente l’affidavit de Gerti Breiter (SD-69).

Avec l’affidavit suivant, je veux démontrer que le commandant des SS Pütz, mentionné page 26 de l’édition anglaise de l’exposé des charges, n’appartenait pas au SD mais à la Gestapo. A ce sujet, j’ai présenté l’affidavit SD-50 de Heinz Wanninger. Le résumé se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946.

L’affidavit suivant se rapporte au Statement of Evidence, VI F, page 54 de l’édition anglaise. Le premier élément de preuve consiste en ce que, dans les documents de l’Accusation PS-553, PS-498 et PS-532, SD ne désigne ni le Service des renseignements de l’intérieur (Amt III), ni l’Office de renseignements pour l’extérieur (Service VI) ou le Service VII, mais la Police de sécurité. A ce propos, je présente l’affidavit SDi-52 de Wilheim Keitel ; un bref résumé de son contenu se trouve dans le procès-verbal du 23 juillet 1946.

Pour démontrer que le SD n’a pas participé au lynchage, j’ai présenté le document SD-51 de Walter Schellenberg. Le résumé est au procès-verbal du 23 juillet 1946. De plus, il y a le document SD-68 de Hans Steiner, dont le résumé est contenu dans le procès-verbal du 3 août 1946.

Les deux affidavits suivants se rapportent à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD aurait assassiné des prisonniers dans leur prison pour éviter qu’ils ne soient libérés par des troupes alliées (Statement of Evidence, VI J, page 56 du texte anglais). A ce propos, j’ai présenté le document SD-13 de Horst Laube, dont le bref résumé se trouve dans le procès-verbal du 9 juillet 1946. Le SD-14 de Fritz Wolfbrandt se trouve dans le même procès-verbal.

L’affidavit suivant se rapporte à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD aurait participé à la réquisition par la force et au partage de biens publics et privés (Statement of Evidence, VI K, page 67 de la version anglaise). A ce propos, j’ai présenté le SD-15 de Kurt Klauke dont le bref résumé se trouve dans le procès-verbal du 9 juillet 1946.

L’affidavit suivant se rapporte à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD aurait poursuivi des Juifs (Statement of Evidence, VII A de l’édition anglaise). A ce propos, j’ai présenté le SD-16 de Walter Keinz (bref résumé au procès-verbal du 9 juillet 1946 ), le SD-17 d’Emil Hausmann dans le même procès-verbal, ainsi que le SD-53 d’Emil Fröschel (procès-verbal du 23 juillet 1946), SD-54 du Dr Laube (au même procès-verbal) .

Les affidavits suivants se rapportent à l’accusation selon laquelle le SD aurait persécuté l’Église (Statement of Evidence, VII B, page 63 de l’édition anglaise). A ce propos, j’ai présenté le document SD-55 (court résumé du contenu dans le procès-verbal du 23 juillet 1946 ), et le SD-18 de Walter Keinz (procès-verbal du 9 juillet 1946 ).

Je présenterai plus tard une traduction complète du document SD-19 de Helmut Fromm (bref résumé au procès-verbal du 9 juillet 1946 ).

Avec les affidavits suivants, j’apporte la preuve des buts, des activités et des méthodes du SD dans le Gouvernement Général. Je verserai au dossier une traduction complète de l’affidavit SD-56 de Helmut Fromm (le résumé du contenu se trouve au procès-verbal du 23 juillet 1946 ).

L’affidavit suivant doit démontrer que la Police en France était désignée par les lettres SD. A ce propos, j’ai présenté un affidavit du Dr Laube, SD-23, dont le résumé est dans le procès-verbal du 9 juillet 1946.

L’affidavit suivant apporte la preuve que les membres de la Gestapo et de la Kripo en Belgique et dans le Nord de la France portaient l’uniforme des SS, avec l’insigne SD. A ce propos j’ai présenté le document SD-24 de Walter Hofmeister (bref résumé du contenu au procès-verbal du 9 juillet 1946 ).

L’affidavit suivant prouve que les membres du SD employés en Belgique et dans le Nord de la France n’appartenaient pas à l’Amt III. A ce propos, j’ai présenté le document SD-25 de Walter Hofmeister (bref résumé du contenu au procès-verbal du 9 juillet 1946 ).

Par l’affidavit suivant, je veux démontrer qu’on n’entrait pas volontairement de son propre gré à l’Amt III du SD pendant la guerre mais en vertu d’une ordonnance légale. A ce propos, j’ai présenté le document SD-57 de Bernhard Dilger, reproduit dans le procès-verbal du 23 juillet 1946, de même que le document SD-58 du Dr Ehlich, le document SD-60 (dans le même procès-verbal ) et enfin le document SD-21 d’Oskar Eiseler (résumé du contenu du procès-verbal du 19 juillet 1946 ).

Par l’affidavit suivant, je démontrerai que les fonctionnaires du SD ne pouvaient pas quitter leurs postes. Je présente le document SD-22 de Werner Max (résumé dans le procès-verbal du 9 juillet 1946 ).

Les trois affidavits suivants se rapportent aux tâches, aux buts et aux activités de l’Amt VI. A ce propos, je présenterai le document SD-61 de Walter Schellenberg (le résumé est dans le procès-verbal du 23 juillet 1946 ), le document SD-62 de Walter Schellenberg, dont un bref résumé est contenu dans le même procès-verbal, et de plus, en ce qui concerne les tâches et les activités de l’Amt VI, un affidavit SD-66 d’Otto Skorzeny.

L’affidavit suivant se rapporte aux buts, tâches et activités de l’Amt VII. Je présente cet affidavit par précaution parce que devant la commission on n’en a pas terminé avec l’Acte d’accusation de l’Amt VII. Le président de la commission m’a informé qu’une décision du Tribunal doit être prise à ce sujet. Il s’agit du document SD-63 du Dr Dietl, que je présenterai également.

L’affidavit suivant se rapporte à l’affirmation du Ministère Public selon laquelle les offices d’immigration faisaient procéder à des évacuations dans le but de coloniser les territoires occupés, de détruire leur existence nationale et d’étendre ainsi de plus en plus les limites des frontières allemandes. A ce sujet, je présente le document SD-64 de Martin Sandberger (bref résumé du contenu au procès-verbal du 23 juillet 1946 ).

Maintenant, j’ai encore un affidavit à opposer : l’affidavit F-964 présenté par l’Accusation lors de l’interrogatoire du témoin Dr Hoffmann. Je n’ai pu le verser aux débats de la commission dont les travaux étaient terminés au moment où j’ai reçu ce document. C’est pourquoi je vous prie de m’autoriser à le déposer sous le numéro SD-65.

LE PRÉSIDENT

Vous avez déjà parlé d’un 65. C’est ce qui nous a été transmis par l’interprète.

Dr GAWLIK

C’est probablement SD-71, Votre Honneur. Je lirai très rapidement ce qui suit de cet affidavit :

1° Pour établir le bien-fondé des déclarations qu’il contient :

« Je soussigné Georg Schräpel étais, entre 1930 et 1939, conseiller du Gouvernement à Brunswick ; en 1939, j’étais dans les bureaux de la Police criminelle du Reich à Berlin, et de 1941 à 1945, j’étais chef de division du Service du personnel à la Direction de la Police de sécurité du ministère de l’Intérieur. A partir du mois de janvier 1944, j’avais également sous mes ordres les services de surveillance de la Gestapo ; mais mon dernier grade était Regierungsdirektor et SS-Standartenführer ». Viennent les déclarations : « A aucun moment de l’existence de la Gestapo et du SD, il n’y a eu d’instructions émanant du chef de la Police de sécurité, du SD ou du ministère de l’Intérieur selon lesquelles l’activité de la Gestapo tant à la Direction générale que dans les services du Reich, aurait eu à être contrôlée par le SD. Les services de la Gestapo sont restés autonomes pendant tout ce temps. L’autonomie et la situation particulière de la Gestapo auraient rendu toute influence impossible. Aucun contrôle n’aurait pu être exercé par le SD. Un contrôle n’aurait été toléré ni par le chef de l’Amt IV, ni par le chef de la Police de sécurité du SD parce qu’un tel contrôle aurait été incompatible avec les tâches de la Police d’État. »

Je prie le Tribunal de me permettre de déposer cet affidavit dès que j’en aurai la traduction. Maintenant, j’ai à faire une déclaration d’ensemble portant sur 6.123 affidavits. Je n’ai pas encore obtenu la traduction. Je vous prie de m’excuser ; je n’ai eu jusqu’ici que la traduction française, et je vous prie de me permettre de présenter la traduction française.

De plus, je présenterai les listes d’ensemble de ces affidavits. Je vous prie de me permettre de lire le numéro 18 de la déclaration collective qui traite de la participation des membres du SD aux exécutions en territoire occupé. Sur ce sujet, je possède 140 affidavits provenant des services du SD de toutes les parties de l’Allemagne et pour la période allant de 1939 à 1945 ; dans ces documents, il est déclaré ce qui suit : « Les services et les membres du SD, Amt III, n’ont pas eu connaissance de la participation de membres du SD à des exécutions dans les Einsatzkommandos de l’Est ».

J’en arrive maintenant à la présentation de mes documents. Je vous prie de vouloir bien noter que mes documents sont classés selon l’ordre adopté dans l’exposé contre la Gestapo et le SD. Le premier document traite de l’accusation de complot.

J’ai d’abord le document SD-1, un accord entre Himmler et Ribbentrop au sujet de l’institution d’un Service secret d’informations allemand. Ce document avait déjà été déposé sous le numéro URSS-120. Je cite :

« Les services d’informations auraient pour tâche, dans la mesure où cela concerne l’étranger, de donner des renseignements d’ordre politique militaire et économique ou technique. »

Et plus loin :

« Le matériel d’informations fourni par les services secrets extérieurs sera transmis par le RSHA aux Services de l’étranger, aux fins d’utilisation. »

Le document SD-2 est un extrait d’un plan d’enquête spéciale de la Police de sécurité et du SD. Je ne lirai pas le document, et j’attirerai simplement l’attention du Tribunal sur le fait que bien que les Amter III et VI fussent liés aux Amter IV et V du RSHA, ces services III et VI n’avaient pas de rôle policier, et il existait une séparation sévère entre la Police de sécurité et les services du SD. Ces services n’étaient pas habilités pour lancer des mandats d’amener.

Les six documents suivants : SD-3, SD-4, SD-5, SD-6, SD-7 et SD-8, forment un tout. Il s’agit d’extraits d’ordonnances du ministre de la Justice du Reich (SD-3) de la Direction des transports du Reich (SD-4, SD-5), des Services forestiers du Reich (SD-6), du ministère de l’Armement et la Production de Guerre (SD-7), du ministère du Ravitaillement et de l’Agriculture du Reich (SD-8) ; il s’agit de la collaboration entre ces services et le Service de sécurité. J’attire particulièrement l’attention du Tribunal sur les tâches du SD indiquées par ces documents. Il s’agit d’informer les services intéressés du Reich sur l’écho qu’éveillent dans la population les mesures prises par les autorités gouvernementales. J’ai en outre présenté ces documents pour montrer que c’était la tâche du SD de collaborer non seulement avec la Police d’État mais aussi avec tous les autres services de l’État.

Le document suivant, SD-12, doit servir à la démonstration du fait qu’en 1936 le SD n’avait pas la signification qui lui a été attribuée par l’Accusation.

Le document suivant est le SD-13, un extrait d’une circulaire du chef de la Police de sécurité et du SD du 16 octobre 1941. Il ressort de ce document que la juridiction de la Police ne visait que les membres permanents et salariés du SD, et non pas les membres bénévoles qui avaient des tâches isolées à remplir. Pour la plus grande part, le SD se composait de membres bénévoles qui, par conséquent, ne relevaient pas de la juridiction de la Police et des SS.

Le document suivant (SD-14) est un extrait d’un avis de la chancellerie du Parti. Je cite : « Les hauts dignitaires du Parti, à partir du rang de Kreisleiter, sont seuls autorisés à porter un jugement politique ou à donner une attestation d’orthodoxie politique ».

Ce document est consigné dans l’exposé des charges contre la Gestapo et le SD (Statement of Evidence, III et IV).

La même preuve est mise en évidence dans le document suivant, SD-15, extrait d’une circulaire du RSHA du 12 juin 1940. Il résulte de ce décret qu’à partir du 1er juillet 1940 le bureau de renseignements du service 1 du SD est transféré au bureau IV-C I. Ainsi, pour les informations politiques, la Gestapo devient seule compétente et n’a plus rien à voir avec le SD.

Le document suivant, SD-15-a, montre que, contrairement au document PS-3385 qui a été présenté par le Ministère Public, le SD n’était ni le seul service d’information du Parti, ni le service de renseignements du Parti, en général. Dans le cadre de son organisation politique, le Parti recevait ses propres rapports sur la situation politique et des rapports intérieurs sur tous les services, à partir des Kreisleiter.

Le document SD-16 est un extrait du mémoire de Hitler sur les tâches du Plan de quatre ans.

A l’aide du SD-17, je démontrerai que l’activité des membres du SD dans les territoires occupés n’était pas libre mais qu’ils obéissaient à des ordres légaux. Je cite un extrait de ce document :

« II est admis en principe — je passe les détails — que le personnel des services publics peut être contraint de travailler en dehors des lieux de travail régulier. Bien que cet ordre ne soit pas limité au territoire du Reich, un membre du personnel — pourvu que les termes de l’ordre spécial de service aient été respectés, surtout en temps de guerre — peut aussi être désigné et détaché pour remplir une mission en territoire occupé. »

Par les documents suivants (18 à 22), je réfuterai l’affirmation du Ministère Public selon laquelle le SD aurait eu des formations spéciales dans les camps de prisonniers de guerre pour trier les personnes qui paraissaient indésirables du point de vue racial et pour les exécuter. (Exposé des charges contre la Gestapo et le SD, Statement of Evidence, III B.)

Le document SD-18 est un extrait de la circulaire du chef de la Police de sécurité et du SD. J’attire l’attention du Tribunal tout d’abord sur les initiales qui figurent en haut de cette pièce. Le chiffre « IV A » montre qu’il s’agit d’un rapport de la Gestapo. De plus, cette circulaire est adressée à tous les services de la police d’État et au chef de la Police de sécurité à Lublin.

Document SD-19 : là encore, j’attire l’attention du Tribunal sur le chiffre « IV A ». Je cite :

« Les services de la Police d’État sont tenus, une fois de plus, de faire aboutir au plus vite les enquêtes encore en cours actuellement. »

Le document SD-20 se rapporte au travail des prisonniers de guerre russes...

LE PRÉSIDENT

Docteur Gawlik, que veut dire le numéro SD-19 ? Cela est écrit avec des chiffres différents puis : n° 92/42. Garder Secret, et : « Le triage des prisonniers de guerre devra se faire seulement au Gouvernement Général ». Pourquoi ce triage des prisonniers de guerre ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Dr GAWLIK

C’est là le reproche fait par le Ministère Public, et je veux démontrer que ce fut exclusivement l’œuvre de la Gestapo. Or, dans ce décret, il est ordonné que les tris seront faits seulement dans le Gouvernement Général. En l’occurrence, Votre Honneur, cela ne m’intéresse pas. Je m’occupe seulement du paragraphe 3.

LE PRÉSIDENT

Mais c’est un document SD, n’est-ce pas ?

Dr GAWLIK

Oui.

LE PRÉSIDENT

C’est un règlement administratif, n’est-ce pas ?

Dr GAWLIK

Votre Honneur, le chef de la Police de sécurité et du SD avait sous ses ordres sept services. C’est la raison pour laquelle il s’agit de savoir lequel de ces Amter est en cause. L’Amt IV était la Police secrète d’État, l’Amt III était le Service de l’intérieur, l’Amt VI était le Service de renseignements à l’étranger. Chacun de ces services avait son propre chef. L’Amt IV est une autre organisation, comme l’Amt III et l’Amt VI. Au-dessus de ces Amter, il y avait le chef de la Police de sécurité et du SD. Ce titre ne veut pas dire encore à lui seul qu’il soit impliqué dans une affaire, mais on peut vérifier lequel de ces Amter est responsable, si c’est l’Amt III ou IV ou VI. C’est pourquoi j’ai attiré votre attention sur le chiffre qui est indiqué, « IV A ». Il s’agit bien de l’Amt IV, Gestapo ; les Amter III et VI n’avaient rien à voir avec cette affaire, mais seulement l’Amt IV. Ce fait est encore prouvé par le chiffre III qui désigne expressément les services de la Gestapo.

LE PRÉSIDENT

Très bien, nous levons l’audience.

(L’audience est suspendue jusqu’à 14 heures.)