Colloque « Écoute et immersion » – appel à communications Conference « Listening and immersion » – call for papers

Conference « Listening and immersion » – call for papers

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L’université de Caen Normandie, en lien avec l’Institut Universitaire de France, l’université de Nantes et l’université de Paris-Cité, organise les 18 et 19 mars 2027 un colloque portant sur l’écoute et l’immersion. Il rassemblera des spécialistes internationaux de philosophie, de musicologie et de sound studies. Les conférenciers invités seront les professeurs Anne Holzmüller (université de Marburg), Nanette Nielsen (université d’Osolo) et Alexandre Chèvremont (université de Lille).

Au sens premier, l’immersion désigne le fait, pour un corps, d’être plongé dans un milieu liquide. Elle suppose ainsi le passage d’un élément à un autre, dont la traversée peut suggèrer une expérience de défamiliarisation. Enfin, le terme désigne une expérience, où ce qui nous enveloppe est perçu avec son épaisseur et sa résistance (Trentini, 2014). Les discours critiques et théoriques sur l’art hésitent entre un usage descriptif et un usage théorique de l’immersion.

1) L’usage descriptif est lié au développement d’une forme particulière, les arts immersifs, qui regroupent des pratiques où le spectateur est au cœur de l’œuvre, plutôt que face à elle. Ces pratiques impliquent l’utilisation de technologies contemporaines, de la diffusion de sons ambiants à la vidéoprojection d’images animées, en passant par l’usage de capteurs de mouvement ou de casques VR. Les arts immersifs sont ainsi des formes historiquement déterminées. Ils marquent une discontinuité avec les arts qu’on pourrait qualifier de distants ou représentationnels.

2) L’usage théorique tend au contraire à suggérer une continuité avec les pratiques artistiques antérieures. L’immersion désigne alors l’absorption psychologique (Schaeffer, 1999 ; Ryan 2001 ; Vroegh, 2018), ou encore un certain type d’expériences esthétiques (Böhme, 1995 ; Griffiths, 2008). Cette interprétation continuiste est au soubassement des pratiques muséales, où des œuvres font l’objet d’une modification significative des modes d’exposition (Darsel, 2026).

Les arts sonores et musicaux, auxquels est consacré ce colloque, expriment cette tension de manière particulièrement aiguë. Le médium sonore est supposé nous « traverser de part en part » (Plessner, 1951), contrairement aux médias visuels. S’il n’est possible d’être immergé que métaphoriquement dans ce que l’on voit, il semble en revanche que nous puissions être littéralement plongés dans le son. On trouverait là l’explication du rôle de la sonorisation dans les installations artistiques à prétention immersives (Dyson, 2009). Les nouveaux dispositifs sonores, qu’il s’agisse de dispositifs portatifs individuels, d’installations domestiques, ou encore de dispositifs présents dans des salles de concert, permettent d’être entourés de son : ils constituent l’équivalent du panorama, dont on a suggéré qu’il était le prototype de l’art immersif visuel (Griffiths, 2008 ; Sohier, Gillet et Staszak, 2019). Les pratiques d’écoute s’en trouvent profondément modifiées (Niklas, 2014). De façon plus singulière, la musique a parfois été décrite comme un art plus « immersif » que les autres, dans la mesure où l’appréciation de ses significations ne pourrait se faire autrement que par l’absorption dans ses formes en mouvement (Müller, 2021). Ces hypothèses s’opposent cependant à la conception de l’écoute en termes de recueil à distance (Dufrenne, 1987 ; Adorno, 1938), ainsi qu’à la description de l’expérience musicale comme la contemplation d’un objet sonore en voie de constitution (Ingarden, 1962). On peut dès lors se demander quelle est la part d’idéologisation à l’œuvre dans la description de l’appréciation musicale en termes immersifs ou distanciés.

Trois axes problématiques guideront les travaux du colloque :

  1. Peut-on postuler, à partir de la simple dimension enveloppante du son, l’existence d’une expérience immergée ou d’une écoute immergée ? Peut-on parler, de manière générale, d’immersion, sans tenir compte des contextes d’écoute différenciés (concert, enceinte domestique, casque, enregistrement binaural, etc.) ? Le médium sonore ou musical possède-t-il une immersivité spécifique telle qu’il puisse constituer un facteur d’immersion dans les installations plurimodales ?
  2. Quelle est l’ontologie d’une œuvre sonore ou musicale immersive ? Corrélativement, quelles sont ses normes d’appréciation ? Modifient-elles ou subvertissent-elles le concept d’écoute ?
  3. Quelles formes d’expérience sonore et d’écoute sont privilégiées dans des traditions musicales ou artistiques non occidentales ? Ces expériences permettent-elles de repenser les catégories d’immersion et de distance dans une perspective comparative ?

Les communications, d’une durée de 30 minutes maximum, s’inscriront de manière privilégiée dans l’un de ces trois axes, bien que le comité scientifique demeure ouvert à d’autres angles d’approche.

Les propositions d’intervention devront parvenir par courriel aux organisateurs scientifiques le 15 octobre 2026 au plus tard, sous la forme d’un abstract de 1000 mots maximum (hors bibliographie), rédigé en français ou en anglais, comprenant le plan de l’intervention, les principaux arguments de la communication, et éventuellement l’axe dans lequel s’inscrirait le propos. Le document, au format word ou openedition, sera intitulé NomPrénom.

Le comité scientifique donnera sa réponse le 15 novembre au plus tard. Les intervenants et intervenantes retenus devront faire le voyage jusqu’à Caen à leurs frais, mais leur hébergement sera pris en charge par les institutions organisatrices.

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The University of Caen Normandy, in collaboration with the French University Institute (IUF), Nantes University, and Université Paris Cité, is organizing an international conference on listening and immersion on 18–19 March 2027. The event will bring together specialists in philosophy, musicology, and sound studies. The keynote speakers will be Professor Anne Holzmüller (university of Marburg), Professor Nanette Nielsen (university of Oslo) and Professor Alexandre Chèvremont (university of Lille).

In its primary sense, immersion refers to the state of a body being submerged in a liquid environment. It thus presupposes the passage from one element to another, a transition that can sometimes suggest an experience of defamiliarization. Finally, the term also denotes an experience in which one perceives the surrounding medium with its density and resistance (Trentini, 2014). Critical and theoretical discourses on art oscillate between a descriptive and a theoretical use of immersion.

  1. The descriptive usage is associated with the development of a particular form – immersive arts – which encompasses practices in which the spectator is at the center of the work rather than positioned in front of it. These practices involve the deployment of contemporary technologies, ranging from the diffusion of ambient sounds to the video projection of animated images, as well as the use of motion sensors or VR headsets. From this perspective, immersive arts are historically situated forms, marking a discontinuity with art forms that might be described as distant or representational.
  2. The theoretical usage, by contrast, suggests continuity with earlier artistic practices. Here, immersion designates psychological absorption (Schaeffer, 1999; Ryan, 2001; Vroegh, 2018) or a particular type of aesthetic experience (Böhme, 1995; Griffiths, 2008). This continuity-based interpretation underpins museum practices, where works are subject to significant modifications in modes of display (Darsel, 2026).

This colloquium focuses on sound and musical arts, which exemplify this tension particularly acutely. The sonic medium is assumed to “pass through us entirely” (Plessner, 1951), unlike visual media. While immersion in the visual realm is only metaphorical, it seems that we can be literally submerged in sound. This may explain the central role of sound design in art installations claiming an immersive dimension (Dyson, 2009). New sonic devices – whether personal portable systems, domestic installations, or concert hall setups – enable listeners to be enveloped in sound; they constitute the auditory equivalent of the panorama, which has been suggested as a prototype for immersive visual art (Griffiths, 2008; Sohier, Gillet, & Staszak, 2019). Listening practices are thereby profoundly transformed (Niklas, 2014).

More specifically, music has sometimes been described as a more “immersive” art than others, insofar as the comprehension of its meaning is possible only through absorption in its forms in motion (Müller, 2021). These hypotheses, however, contrast with the conception of listening as a distanced reception (Dufrenne, 1987; Adorno, 1938), as well as with the description of musical experience as the contemplation of a sound object in the process of formation (Ingarden, 1962). This raises the question of the extent to which the description of musical appreciation in immersive or distanced terms may itself be ideologically conditioned.

Three problematic axes will guide the discussion:

  1. Can one posit, on the basis of the mere enveloping dimension of sound, the existence of an immersed experience or immersed listening? Can one speak of immersion without considering differentiated listening contexts (concert, domestic speaker, headphones, binaural recording, etc.)? Does the sonic or musical medium possess a specific immersivity such that it can serve as a factor of immersion in multimodal installations?
  2. What is the ontology of an immersive sonic or musical work? Correspondingly, what are its norms of appreciation? Do these norms modify or subvert the concept of listening?
  3. Which forms of sonic experience and listening are privileged in non-Western musical or artistic traditions? Do these experiences allow us to reconsider the categories of immersion and distance from a comparative perspective?

Papers, with a maximum duration of 30 minutes, should preferably fall within one of these three thematic strands, although the scientific committee remains open to other approaches.

Proposals should be submitted by email to the three conference organizers no later than 15 October 2026, in the form of an abstract of no more than 1000 words (excluding bibliography), written in either French or English. The abstract should include an outline of the presentation, its main arguments, and, where appropriate, an indication of the thematic strand to which it relates. The document, in Word or OpenDocument format, should be named SurnameFirstName.

The scientific committee will notify applicants of its decision no later than 15 November 2026. Selected speakers will be responsible for their own travel expenses to Caen, while accommodation will be covered by the organizing institutions.

Bibliographie indicative / Selected bibliography:

T.W. Adorno, « Über den Fetischcharakter in Musik und die Regression des Hörens », Zeitschrift für Sozialforschung, 1938, p. 321-356.

G. Böhme, Atmosphäre. Essais zur neuen Ästhetik, Frankfurt, 1995, tr. fr. M. Kaltenecker et F. Lemonde, 2020.

S. Darsel, « L’activation esthétique. Le cas de la virtualisation de l’art » in A. Arbot et R. Pouivet (dir.), Les Arts en action, Rennes, PUR, 2026,p. 49-62.

H. Do, L’Immersion sonore : analyse du phénomène et réalisation compositionnelle, thèse de doctorat, Sorbonne Université, 2024.

M. Dufrenne, L’Œil et l’oreille, Montreal, l’Hexagone, 1987, rééd. Nouvelles éditions Place, 2020.

F. Dyson, Sounding New Media: Immersion and Embodiment in the arts and culture, Berkeley, University of California press, 2009.

A. Griffiths, Shivers down your spine, New York, Columbia university press, 2008.

N. Holzmüller et W. Fuhrmann, Zwischen Absorption und Überwältigung. Musikalische Immersion in der Diskussion (Musiktheorie 35,1), 2020.

N. Holzmüller, « Warum es sich (immer noch) lohnt, über Immersion und Musik nachzudenken. Fünf thesen », Neue Zeitschrift für Musik 186, 4, 2025, p. 10-14.

R. Ingarden, « Das Musikwerk », Untersuchungen zur Ontologie der Kunst, Tübingen, Niemeyer, 1962, tr. fr. S. Dujka, 1989.

R. Müller, La Puissance de la musique, Paris, Vrin, 2021.

J. Nechvatal, Immersion into Noise, Londres, Open Humanities Press, 2011.

S. Niklas, Die Kopfhörerin: Mobiles Musikhören ans ästhetische Erfahrung, Leyde/Zurich, Brill/Fink, 2014.

H. Plessner, « Zur Anthropologie der Musik », Jahrbuch für Ästhetik une allgemeine Kunstwissenschaft, 1951, tr. fr. P. Lang, 2015.

M.-L. Ryan, Narrative as Virtual Reality, 2001, rééd. Baltimore, JHU press, 2015.

J.-M. Schaeffer, Pourquoi la fiction ?, Paris, Seuil, 1999.

W. Scrimshaw, Immanence and Immersion: on the acoustic condition in contemporary art, Londres, Bloomsbury academic, 2017.

E. Sohier, A. Gillet et J.-F. Staszak, Simulations du monde: Panoramas, parcs à thème et autres dispositifs immersifs, Genève, Métis press, 2019.

B. Trentini, « Pour une immersion non transparente » in B. Guelton (dir.), Figures de l’immersion, Rennes, PUR, 2014, p. 25-38.

T. Vroegh, The Pleasures of getting involved into the Music: Absorption and its role in the aesthetic of music, Dissertation (Goethe University Frankfurt)

Lieu et dates du colloque : Université de Caen, France ; 18-19 mars 2027.

Langues du colloque : français et anglais.

Conférenciers invités :

Professeure Anne Holzmüller, université de Marburg.

Professeur Alexandre Chèvremont, université de Lille.

Organisateurs scientifiques :

Maud Pouradier (maud.pouradier@unicaen.fr)

Quentin Gailhac (quentin.gailhac@u-paris.fr)

Vincent Granata (vincent.granata@univ-nantes.fr)

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