Patrimoines en partage : transferts culturels et linguistiquesentre mondes arabe et européen

Journée d’étude

5-6 avril 2027

Université de Caen Normandie

Magali JEANNIN (LASLAR – UR4256) et Faisal KENANAH (ERLIS – UR 4254)

Les patrimoines culturels et linguistiques arabe et européen ne peuvent être pensés comme des ensembles clos, homogènes ou purement hérités. Ils se sont constitués dans la durée par des processus complexes de circulation, de transmission, de traduction, de sélection, de réappropriation et de réécriture. En ce sens, l’approche par les transferts culturels permet de dépasser les récits linéaires de l’influence ou de la filiation pour mettre au jour une histoire relationnelle des œuvres, des savoirs, des langues et des formes.
Entre mondes arabe et européen, ces transferts ont pris des formes multiples : circulation de manuscrits, traductions savantes, adaptations littéraires, transmission de motifs narratifs, déplacements de savoirs scientifiques et philosophiques, relectures pédagogiques, patrimonialisations institutionnelles, appropriations éditoriales ou médiatiques. Les œuvres et les savoirs ne se contentent pas de passer d’un espace à un autre. Ils y changent de statut, de fonction, de public et parfois de sens. C’est pourquoi les transferts culturels doivent être appréhendés non comme de simples déplacements, mais comme des opérations de transformation.
Cette perspective permet d’interroger de manière féconde la constitution des patrimoines. Ce qu’une époque traduit, édite, enseigne, adapte ou valorise dit beaucoup de ses priorités intellectuelles, esthétiques et politiques. Les choix de traduction, les retraductions, les réécritures et les adaptations constituent à cet égard des révélateurs privilégiés ; ils montrent ce qu’une aire linguistique et culturelle choisit de rendre visible, de corriger, d’actualiser ou d’occulter. Retraduire une œuvre patrimoniale, la rééditer, la proposer à un nouveau public scolaire ou universitaire, l’adapter pour la scène, l’image ou la jeunesse, ce n’est pas seulement la transmettre ; c’est aussi la reconfigurer à partir des sensibilités et des interrogations du
présent.
Une telle réflexion invite également à accorder une attention particulière à la circulation des motifs, des figures et des formes entre différents espaces culturels et géographiques. Le parcours d’un récit, d’un personnage, d’un thème ou d’un savoir d’une langue à l’autre, d’un manuscrit à l’imprimé, d’un cadre savant à un usage pédagogique, d’un corpus ancien à une recréation contemporaine, permet de saisir les modalités concrètes par lesquelles se fabrique le patrimoine.
La question de la didactique des transferts culturels apparaît, dans ce cadre, particulièrement importante. Comment enseigner des patrimoines façonnés par le contact, l’échange et l’hybridation ? Comment donner leur juste place aux médiations arabes dans l’histoire des langues, des littératures, des sciences et des savoirs en Europe ? Comment former, du primaire à l’université, à une lecture relationnelle des héritages culturels, attentive aux phénomènes de traduction, de circulation et de recontextualisation ? Ces enjeux sont d’autant plus essentiels qu’ils touchent à la fois à la transmission des connaissances, à la formation du regard critique et à la construction d’une mémoire culturelle partagée.
Cette journée d’étude se propose ainsi d’explorer les réflexions spécifiques sur les transferts culturels dans la constitution des patrimoines culturels et linguistiques arabe et européen, ainsi que les modalités de leur réactualisation contemporaine. Il s’agira d’ouvrir un espace de dialogue entre littérature, traductologie, histoire intellectuelle, histoire des sciences, didactique, études patrimoniales et études culturelles, afin de mieux comprendre comment se fabriquent, se transforment et se transmettent les héritages.
Une attention particulière pourra être portée aux dynamiques de traduction et de retraduction, aux circulations de motifs et d’œuvres, aux médiations scolaires et universitaires, aux usages éditoriaux et artistiques contemporains, ainsi qu’aux enjeux de visibilité, de canonisation et de réinterprétation qui accompagnent toute entreprise patrimoniale.

Les propositions pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants :

  1. Didactique des transferts culturels : du primaire à l’université. Cet axe pourra accueillir
    des propositions portant sur l’enseignement des circulations culturelles entre mondes arabe et
    européen dans les programmes, les manuels, les corpus, les pratiques pédagogiques et les
    dispositifs de médiation. Une attention particulière pourra être accordée à la transmission des
    patrimoines littéraires, linguistiques, historiques et scientifiques dans une perspective
    comparatiste et interculturelle, mais aussi politique. En effet, cet axe interroge également les
    choix de visibilité, et de canonisation. Que choisit-on d’enseigner ou de célébrer ? Quelles
    œuvres, quelles figures, quelles mémoires sont valorisées, marginalisées ou réinterprétées ?
  2. Traductions, retraductions et adaptations. On s’intéressera ici aux traductions anciennes
    et contemporaines, aux retraductions, aux réécritures et aux adaptations, qu’elles soient
    littéraires, scéniques, filmiques, éditoriales ou destinées à la jeunesse. Les communications
    pourront analyser les choix de traduction, les déplacements de sens, les effets de cadrage
    culturel, les stratégies de modernisation ou de patrimonialisation, ainsi que les représentations
    véhiculées par ces différentes médiations des œuvres arabes et/ou européennes
  3. Circulation des motifs, des œuvres et des formes et réactualisations contemporaines des
    patrimoines.
    Cet axe portera sur les trajectoires des récits, figures, thèmes, genres et formes
    entre différents espaces linguistiques et culturels arabes et européens. Il pourra s’agir d’étudier
    les chaînes de transmission, les réemplois, les réappropriations, les transformations de statut
    des œuvres, ainsi que les effets produits par leur circulation dans le temps long. Les usages
    actuels des patrimoines culturels et linguistiques arabe et européen pourront également être
    examinées dans cette perspective : rééditions, médiations numériques et/ou audiovisuelles,
    adaptations artistiques. Il s’agira d’interroger la manière dont ces héritages sont aujourd’hui
    rendus présents, requalifiés ou redéfinis à destination de nouveaux publics.

Types et formats des communications :

  • Chaque intervenant disposera de 20 à 30 minutes d’exposé oral. A confirmer en fonction du nombre d’intervenants.
  • Les propositions contiendront : titre, résumé (10 lignes), mots-clés, courte présentation et biographie de l’auteur.
  • Indiquer également les coordonnées (statut, institutions de rattachement et courriel)

Modalités de soumission des propositions de communication :

Les propositions sont à adresser conjointement à :

Magali Jeannin (magali.jeannin@unicaen.fr)

Faisal Kenanah (faisal.kenanah@unicaen.fr).

Date de réception des communications : 01/10/2026
Réponse aux auteurs. 01/12/2026

Informations pratiques :

Lieux : MRSH – Amphithéâtre / université de Caen Normandie / Campus 1 – Bât. F
Journée d’étude : 05-06 avril 2027

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