
Photo : Archives MRDN
HARDY Maurice, Victor, Albert
Né le 27 novembre 1922 à Saint-Martin-de-Sallen (Calvados) ; domicilié à Saint-Martin-de-Sallen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.
HARDY Maurice, Victor, Albert // Naissance : 27-11-1922 à Saint-Martin-de-Sallen (Calvados) ; Domicile : Saint-Martin-de-Sallen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Lorsque Maurice Hardy vient au monde au sein de la famille d’Albert et de Suzanne Hardy, il est le neuvième d’une fratrie de 13 enfants. La famille Hardy habite dans une maison du hameau de Paugeais. Le père de famille, simple journalier agricole, peine à obtenir un salaire suffisant. Sans revenu, alors que son mari est mobilisé en 1914, Suzanne Hardy obtient une allocation journalière du bureau de bienfaisance de la commune. Démobilisé le 7 février 1919, Ernest Hardy reprend son activité de journalier, mais c’est un homme amoindri, souffrant de multiples séquelles dues à la guerre. À l’issue de sa scolarité primaire, Maurice Hardy le seconde dans les travaux agricoles, mais il se détourne assez vite du travail de la terre et trouve un apprentissage chez un boulanger de Caen. Dès lors, le jeune homme doit compter sur ses propres ressources. D’un caractère bien trempé, c’est un garçon sportif, endurant, qui pratique la boxe en amateur.
Durant l’Occupation, il entre dans la clandestinité. Pendant quelque temps, il vit caché, non loin de Saint-Martin-de-Sallen, ravitaillé par un de ses plus jeunes frères. Puis il se rapproche d’autres jeunes, comme lui, réfractaires au STO. Pris en charge par le mouvement des Francs-tireurs et partisans français (FTPF), dirigé par Roger Foineau, il obtient de faux papiers d’identité au nom de « Albert Leboucher ». Vers la fin du mois de décembre 1943, il rejoint un petit groupe de réfractaires à Pontécoulant, constitué au cours du mois de novembre. Les premières actions commencent avec l’attaque de mairies, comme celle de Thury-Harcourt, le 27 janvier 1944, ou celle de Saint-Martin-de-Sallen, le 29 mars, afin de s’emparer des tickets d’alimentation. Entretemps, a lieu l’exécution du collaborateur Fernand Margueritte à son domicile de Saint-Charles-de-Percy, le 31 janvier. Maurice Hardy fait partie du commando, avec André Chauffray, ancien ouvrier agricole à Clécy, et Jean Socha qui dirige l’action.
Maurice Hardy est volontaire pour toutes les opérations dangereuses. Le 15 mars, sur la commune de Pierres, il participe à une embuscade contre le gendarme Bonnier, responsable de l’arrestation de plusieurs jeunes résistants, livrés aux Allemands et fusillés. L’exécution de Bonnier est ressentie comme un affront personnel par le lieutenant Quicray qui met tous les moyens disponibles de sa section pour rechercher les auteurs. Les investigations des gendarmes ne tardent pas à les conduire vers le village de Pontécoulant. Le 31 mars, vers 17h30, la maison qui sert de refuge aux maquisards est localisée et cernée. Après l’échange de nombreux coups de feu, le groupe des maquisards parvient à s’échapper à la faveur de la nuit. Cependant, blessé à la main, Maurice Hardy n’a pas pu suivre le groupe dans sa retraite, et a dû se réfugier dans une maison inhabitée du village. Repéré, puis dénoncé, il est arrêté le 1er avril vers 23 heures. Frappé par le lieutenant Quicray, il est transféré dès le lendemain à Rouen, pour être interrogé avec autant de brutalité par la police mobile, puis incarcéré à la prison Bonne Nouvelle jusqu’au 4 juin 1944. Le lendemain, avec deux autres jeunes FTPF du Calvados, le résistant est transféré à la maison d’arrêt de Caen pour être remis entre les mains de la Sipo-SD. Le 6 juin, Maurice Hardy est abattu dans une des courettes-promenoirs de la prison, avec 72 autres prisonniers.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P461604 ; SHD-Vincennes :16P285 849 ; AD14 : EC (Saint-Martin-de-Sallen) : NMD, 1913-1922 ; recensements, 1911-1936 ; délibérations du conseil municipal, 1799-1951, 6J/36 :, 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944 ; AP AP : Parleani, Archives MRDN ; J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; S. Millet, J.-J. Dedouit, Thury-Harcourt et ses environs, 1939-1945, 2004
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 27-11-1922
- Saint-Martin-de-Sallen, Calvados
- Saint-Martin-de-Sallen, Calvados
- 1-4-1944
- Pontécoulant, Calvados
- Rouen, Seine-inférieure
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




