
Photo : SHD-Caen
LAIR Henri, Gustave
Né le 7 octobre 1889 à Estry (Calvados), domicilié à Montchamp (Calvados), exécuté le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen.
LAIR Henri, Gustave // Naissance : 7-10-1889 à Estry (Calvados) ; Domicile : Montchamp Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Henri Lair est issu d’un milieu social modeste. Son père, cordonnier, peine à nourrir une famille de sept enfants. Celui-ci n’attend pas la fin de la scolarité obligatoire à 13 ans, pour l’envoyer travailler à 11 ans comme domestique de ferme chez une propriétaire exploitante de Montchamp. Le jeune homme y demeure jusqu’à son service militaire en 1910. Incorporé dans le 6e régiment de Dragons stationné Évreux (Eure), il sert deux années sous les drapeaux puis se retire à Montchamp. La mobilisation générale d’août 1914 le rappelle, comme réserviste. Engagé dans la bataille de la Marne, puis dans les combats de la région d’Arras pendant la campagne de 1915, il est affecté à l’automne 1915 dans le 2e régiment de Cuirassiers. Après avoir combattu sur la Somme au cours de 1916, puis sur l’Ailette en 1917, il est fait prisonnier le 9 juin 1918. Après cinq mois de captivité, il retrouve sa famille, le 25 novembre 1918.
Profondément marqué par la guerre, Henri Lair reprend son travail d’ouvrier agricole.
Le 26 juillet 1921, il épouse Alice Fauvel, la fille d’une cultivatrice aisée de Montchamp,
marchande de beurre, veuve depuis 1917. Par le mariage, Henri Lair change de statut
social et familial en reconnaissant le petit Alexis
, enfant naturel né le 20 juillet 1918. La situation financière de la famille s’améliore
rapidement. A partir de 1929, l’agriculteur s’associe avec sa belle-mère, puis son
garçon. À la fin des années 1930, les rentrées d’argent permettent l’achat d’une camionnette
pour collecter la précieuse denrée dans les fermes du canton de Vassy.
Sous l’Occupation, certains habitants du village, agriculteurs, petits commerçants et artisans, l’instituteur, ont formé un groupe de résistance rattaché à l’OCM (Organisation Civile et Militaire), via le notaire de Vassy, Emile Bâtard, et un commerçant retraité du Theil, Fernand Massue. Henri Lair est du nombre avec son fils Alexis. Le 31 janvier 1944, un collaborateur notoire de Saint-Charles-de-Percy est abattu à son domicile par trois jeunes FTP du maquis de Pontécoulant. Le 29 avril, un gros stock d’armes de fabrication anglaise provenant d’un parachutage est découvert sur la commune de Montchauvet. Il n’en faut pas davantage à la Gestapo, guidé par un indicateur de Montchamp, pour lancer, le 23 mai, une rafle d’envergure sur le secteur. Henri Lair et son fils sont parmi les premiers arrêtés. La ferme est perquisitionnée et pillée. La camionnette est saisie. Henri Lair et son fils Alexis, sont exécutés le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen, avec 71 autres prisonniers.
Son nom est porté sur le monument dédié « aux patriotes 1940-1945 » de la commune de Montchamp ainsi que sur les nombreux lieux liés aux victimes de la prison de Caen.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P471782 ; AD14, Estry, état civil, NMD, 1873-1894 ; recensements, 1891-1901 ; Montchamp, état civil, NMD, 1911-1920 ; TD, NMD, 1913-1922 ; recensements, 1901-1936 ; registres matricules militaires, subdivision de Falaise, classe 1909 ; 9W/70, Cour de justice du Calvados, dossier de la bande à Hervé, 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944 ; J. Vico, J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; memorialgenweb.org
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 7-10-1889
- Estry, Calvados
- Montchamp, Calvados
- 23-5-1944
- Montchamp, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




