
Photo : Archives MRDN
LEPETIT Camille, Zéphir
Né le 22 avril 1918 à Estry (Calvados) ; domicilié à Montchamp (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen (Calvados).
LEPETIT Camille, Zéphir // Naissance : 22-4-1918 à Estry (Calvados) ; Domicile : Montchamp Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Fils d’un artisan menuisier établi dans le bourg d’Estry depuis 1910, Camille Lepetit
quitte l’école communale dès l’âge de 13 ans. Le garçon effectue d’abord un apprentissage
dans la menuiserie paternelle, puis devient ouvrier boulanger. Appelé sous les drapeaux,
le 4 novembre 1938, il est affecté au 5e régiment d’infanterie stationné à Coulommiers (Seine-et-Marne). Il combat sur l’Aisne
en mai-juin 1940, puis demeure au sein du 5e RI jusqu’à sa démobilisation par la commission de l’Armée d’armistice à Vichy, le
15 mai 1941. Rentré à Estry, chez ses parents, Camille Lepetit, retrouve un emploi
à Montchamp, le village voisin, où le boulanger Olivier Le Foll
accepte de le prendre à son service.
En dehors de ses heures de travail, Camille Lepetit sympathise avec les jeunes du village de Montchamp. Impatients de passer à l’action, ils constituent un petit groupe de résistants qui ne font pas mystère de leur hostilité aux troupes d’occupation et aux collaborateurs partisans du régime de Vichy. L’affaire du bal clandestin qui, en août 1941, a entraîné l’intervention de militaires allemands, a laissé des traces. Certains habitants s’inquiètent, avec raison, de toute cette agitation, d’autant que le village compte un autre groupe de résistants, plus discrets et responsables, qui tentent de calmer leurs ardeurs.
Deux événements, sans rapport entre eux, engendrent de graves répercussions. Fernand Margueritte, pro-allemand et membre du Parti populaire français, est abattu par la Résistance, à son domicile, le 31 janvier 1944. La découverte de deux containers avec parachutes, près d’une ferme de Montchamp, entraîne la saisie d’un important stock d’armes anglaises parachutées sur la bruyère de Montchauvet, dans la nuit du 28 au 29 avril 1944. La Gestapo acquiert la certitude qu’un maquis opère dans ce secteur du bocage virois.
A Montchamp, Roland Carpentier, trafiquant de marché noir, a décidé de basculer dans la trahison. Il dénonce plusieurs jeunes de la commune auprès de Raoul Hervé, chef des auxiliaires de la Sipo-SD de Caen. Celui- envoie un de ses hommes sur place, Emile Chapron, en le faisant passer pour réfractaire au STO. Il ne faut pas longtemps à l’infiltré pour confirmer les dires de Carpentier, et désigner plusieurs membres des deux groupes de résistants du village.
Le 23 mai, la Sipo-SD investit Montchamp et procède à l’arrestation de huit de ses habitants plus un neuvième arrêté à Saint-Charles-de-Percy. Le 25 mai, Camille Lepetit est à son tour appréhendé avec trois autres personnes. Les arrestations se poursuivent les 30 et 31 mai. Au total, les dénonciations de Carpentier et Capron entraînent l’arrestation de 18 habitants des deux villages. Après avoir été durement interrogés au siège de la police allemande, rue des Jacobins, tous sont incarcérés à la maison d‘arrêt. Le 6 juin, 12 hommes de ces deux villages sont exécutés. Camille Lepetit, 26 ans, fait partie des 73 martyrs de la prison de Caen.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P476295 ; AD14 : Estry, état civil, NMD 1911-1920, recensements, 1921-1936 ; 1R/636 : registre matricule ; 1166W/30 : personnes arrêtées par les Allemands, 1941-1944 ; Archives MRDN ; J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 22-4-1918
- Estry, Calvados
- Montchamp, Calvados
- 25-5-1944
- Montchamp, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




