
PAILLARD Louis
Né le 9 novembre 1922 à Buais (Manche) ; domicilié à Croisilles (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.
PAILLARD Louis // Naissance : 9-11-1922 à Buais (Manche) ; Domicile : Croisilles Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Fils d’un facteur des PTT et d’une ménagère, Louis Paillard est l’aîné d’une fratrie de trois enfants. Ses deux sœurs sont nées au gré des mutations professionnelles de leur père, Le Buat (Manche) où est née Madeleine en 1926 et Croisilles (Calvados), commune de naissance de Janine, en 1937.
Après sa scolarité primaire, Louis est placé, à 14 ans, par son père comme domestique de ferme chez Albert Brion, un cultivateur de Croisilles. Mais le jeune garçon ne goûte guère le difficile travail de la terre et préfère se diriger vers un apprentissage en boulangerie. Son père ne tarde pas à lui trouver un patron-boulanger de Thury-Harcourt qui accepte de le prendre comme commis.
Peu après avoir fêté son 21e anniversaire, le jeune homme reçoit une convocation du Service du travail obligatoire (STO) pour aller travailler dans une usine en Allemagne. Célibataire, l’ouvrier boulanger n’a aucune envie d’obéir à la préfecture de la Manche qui lui intime l’ordre de se rendre à une date précise au centre de regroupement de Saint-Lô. Dès lors, Louis Paillard bascule dans la clandestinité et s’apprête à affronter la difficile et hasardeuse vie du réfractaire. Son patron, originaire de Hamars, lui conseille d’aller se cacher sur cette commune très boisée du Calvados, distante seulement de 7 kms à l’ouest de Croisilles. Livré à lui-même, le jeune homme se lie avec trois autres garçons de son âge qui ont pris l’habitude de se réunir dans un des cafés du village. De temps en temps, la conversation porte sur les fermiers du secteur qui s’enrichissent honteusement en se livrant au marché noir. Un couple d’agriculteurs, les Laurent, leur ont été particulièrement signalés non seulement pour marché noir, mais aussi pour plusieurs dénonciations. Et c’est ainsi que Louis Paillard se laisse entraîner dans une de ces expéditions punitives qui défraient régulièrement la chronique dans plusieurs cantons du département, au point que le Bonhomme normand a créé une rubrique particulière dans les Faits Divers : « Le banditisme chez nous ».
À la ferme des Laurent, le 7 mars 1944, l’affaire tourne mal puisque le fermier, sa femme et sa belle-sœur sont grièvement blessés par balle et délestés de plusieurs milliers de francs. Cela n’empêche pas le groupe de poursuivre ses opérations « anti-marché noir » en ciblant, dans la soirée du 7 avril, la ferme des Nicolle à Bonnemaison, village proche d’Aunay-sur-Odon. Cette fois, il n’y a pas de violences faites aux personnes, mais les fermiers doivent donner, sous la menace d’armes de guerre, une partie de leurs économies.
L’enquête de la gendarmerie de Thury-Harcourt aboutit assez rapidement à l’arrestation des quatre membres du groupe des « justiciers de Hamars », parmi lesquels Louis Paillard, appréhendé le 16 avril 1944. Interrogé à la brigade, le réfractaire, considéré comme un terroriste, à l’instar de ses trois compagnons, par le lieutenant de gendarmerie Quicray, commandant la section de Vire, et ardent partisan de la Collaboration, est remis aux Autorités allemandes d’occupation. Incarcéré dans le quartier allemand de la maison d’arrêt de Caen, il figure parmi les 73 prisonniers exécutés, le 6 juin 1944, par les hommes de la Sipo-SD de Caen.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P522426 ; DCAJM-Le Blanc (Indre) : IA/112, archives du tribunal militaire permanent, dossier du tribunal de 1e instance de Caen, déposition des parents ; AD14 : recensement, Croisilles, 1936-1946, 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944; Le Bonhomme normand, du 7-13 avril 1944, 21-27 avril 1944, 28 avril-4 mai 1944, Le Journal d’Aunay, 19 mars 1944, 7 mai 1944, La Croix du Bocage, 21 avril 1944 ; J. Quellien, J. Vico, Massacres nazis en Normandie, 2004, p. 115-118
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 9-11-1922
- Buais, Manche
- Croisilles, Calvados
- 16-4-1944
- Croisilles, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




