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ROUSSEL Roger, Joseph, Aimé, Jules

Photo : AP A. Duchemin

ROUSSEL Roger, Joseph, Aimé, Jules

Né le 8 mars 1925 à Sourdeval (Manche) ; domicilié à Vire (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen.

ROUSSEL Roger, Joseph, Aimé, Jules // Naissance : 8-3-1925 à Sourdeval (Manche) ; Domicile : NA NA () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

L’itinéraire chaotique de Roger Roussel résulte d’une enfance perturbée, marquée par l’absence permanente d’un père et partielle d’une mère accaparée par son métier de coiffeuse. En 1927, celle-ci se remarie à Sourdeval avec Alfred Linder, coiffeur, et la famille recomposée part s’installer à Flers (Orne), où le couple exerce sa profession dans un salon de coiffure, rue de Messei. Au moment de l’adolescence, les relations avec le beau-père sont tendues. Après la scolarité obligatoire, le jeune Roussel fait un apprentissage en 1940, chez Louise Pouet, bouchère, demeurant au 4 rue de Paris à Flers. Après plusieurs mois passés chez Madame Pouet, Roger Roussel quitte l’Orne pour le Calvados et trouve une place de commis chez Monsieur Julienne, boucher à Argences. C’est à ce moment qu’il fait la connaissance d’un jeune ouvrier coiffeur de 18 ans, qui vit chez sa grand-mère à Moult (Calvados). Il s’appelle René Jean-Pierre. Livrés à eux-mêmes, les deux garçons ont beaucoup de points communs : rupture avec le milieu familial ; faible instruction ; manque de repères. Pour une raison inconnue, Roussel quitte le boucher d’Argences pour revenir à Flers où il se fait embaucher à la fin de 1943, chez Julia Lecomte, bouchère, rue de Domfront. Il n’y demeure qu’un mois. Du jour au lendemain, il quitte, sans préavis, son employeuse chez qui il logeait. Dans sa chambre, celle-ci trouve une carte sur laquelle son commis a écrit, sans autre explication, qu’il partait à Paris.

Entretemps, les deux jeunes ont conçu le projet de cambrioler une dame âgée de 82 ans, Marie Massinot, domiciliée à Cesny-aux Vignes (Calvados). La vielle dame qui est veuve, habite une maison sur la route de Croissanville. Ils savent que le dimanche matin, elle assiste régulièrement à la messe. Guettant son départ, ils s’introduisent chez elle, le 5 décembre 1943, par effraction, et fouillent toutes les pièces à la recherche d’argent et de bijoux. Les deux malfrats ne trouvent pas grand-chose et le temps passe. Rentrée de l’office, la propriétaire tombe nez à nez avec les voleurs dans l’escalier de la maison. L’un d’eux lui assène un violent coup sur la tête. L’octogénaire tombe à la renverse dans le bas de l’escalier et meurt peu après. L’alerte est donnée par le secrétaire de mairie à qui elle devait rendre visite l’après-midi. La brigade de gendarmerie dépêche sur place deux enquêteurs qui découvrent le corps inerte de la vieille dame. Sur la foi d’un signalement, ils ne tardent pas à identifier les deux individus, et à les localiser dans un café de Mézidon, porteurs d’un maigre butin

Roger Roussel et son complice sont écroués le lendemain, à la maison d’arrêt de Caen, sous l’inculpation par un juge d’instruction de meurtre et de vol qualifié. Les mois passent. Le jeune homme partage sa cellule, dans le quartier français de la prison, avec un autre détenu de droit commun nommé Lewicki. Mais au bout d’un certain temps, les deux codétenus ne se supportent plus. Qu’invente celui-ci pour se débarrasser de Roussel ? Nul ne le sait. Toujours est-il que le 25 mai, il dénonce son voisin de cellule aux Allemands qui le transfèrent dans le quartier de la prison placé sous leur seule administration. C’est ainsi que Roger Roussel se retrouve sur la liste des prisonniers à éliminer. Le 6 juin 1944, il fait partie des 73 prisonniers assassinés par la Gestapo dans les courettes de la prison.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen, : 21P 533 627 ; 21P 270 453 ; AD14 : 3348W/1, dossier des prisonniers tués le 6 juin 1944, ; Le Journal de Normandie, 6 déc. 1943 ; Le Bonhomme normand ; 10- 16 déc. 1943.

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 8-3-1925
  • Sourdeval, Manche
    • 5-12-1943
    • Caen, Calvados
    1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
    Décédé
    • 6-6-1944
    • Caen, Calvados
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