Les Palinots deslogez sans Trompettes


David Ferrand

Éléments contextuels

1637

xviie siècle

Rouen

Non localisé

Édition du texte

L’avarice du Maistre des Palinots de cette année fit qu’il n’y eut point de trompettes. L’Autheur en fit une complainte aux autres Maistres, et la recita « recite ». sur le Puy le lendemain. 1636.

Cant Rial « ryal ».

Pour qui est ichy qu’un caqun s’amouchelle ?

Qui a assemblé la bas tant de capiaux ?

Pense t’y ouyr illoq queuque nouvelle

De cheux qui ont ronflay en sentinelle,

Ou les biaux tours qu’on fait les coporiaux « Impériaux ». ?

Nennin. Adieu toute la compagnie ;

Vo n’entendrez su sair de drollerie ;

J’ay du grabus à me n’entendement ;

Et che qui rend ma Muse ainchin muette,

Ch’est le dueil d’hier que furent nuittamment

Les Palinots deslogez sans Trompettes.


Anciennement la coustume estet telle

Qu’o z’entendet ses trompeux, qu’estest saux,

Fanferonner par fais un boute selle

Qui appaiset ses couseux de sumelle

Qui vienne illoq beugler comme des viaux.

Mais asteur chy, si en ste compagnie

Vient un dragleux de biere, ou d’iau de vie,

Pour se gaber (oncor Dieu sait quemen),

Qu’est qui fera ly fere sa retrette ?

Sera che may, qui ne veit qu’en enhen « enhem ».

Les Palinots deslogez sans Trompettes.


Mais où est allé su petit qu’o z’appelle

Le Verdelet, qu’estet un de « des ». ses Raux,

Le gros Camard et su grand Gallumelle

Qu’eust fait tourner la grande tartevelle

De S. « St. » Nigaize aveuque ses naziaux ?

Y sont allez, dit-on, devant Corbie ;

Mais je crey « crez ». may que ch’est de l’endormie :

Y sont tretous r’anichez dans Roüen.

Je ne dy pas que la chose set fette

Pour espergner, qu’o vait appertement

Les Palinots deslogez sans Trompettes.


Chez trompeux-là réveillest la chervelle

Quand no luiset les meilleux Cants Riaux,

N’y a chavetier qui ne quittet sa selle

Pour le z’oüyr corner Jean de Nivelle

Quant y soufflests illoc « souflests illoq ». su ses barriaux.

Pour may, auant que faire ma pouësie,

Je m’enpreignais dedans la fantasie

Ouyr leu Trens Trens, criant « Jacque, ou Jullien,

Faites vos graces, » et alors les pouëttes

Happest leu pris ; là n’estest douchement « villeement ».

Les Palinots deslogez sans Trompettes.


Vrément, vrément, qui frait la chose aintelle

A la Gargoüille, et que sans devantiaux

Fut les corneux qui vont joüant Miquelle,

Ou Jean de Vert à la mode nouvelle,

Y l’i éret bien criay, Michaux, Michaux.

Pour avoir fait quitter la momerie

De nos Conards (qui n’estet que folie),

Dieu sait combien no z’en fit de quenquen.

Les gens d’ichy appetent « apettent ». que sest fettes

Les vieilles « vielles ». loix, sans vair en mautalent

Les Palinots deslogez sans Trompettes.


Envay

Yeuxcusez mey « may »., men Prinche, je vo prie,

Si j’ay ste nuict fait ste rimaillerie :

Ch’est le quemun qui a fait su Tu Autem « Antem ». ;

De leu flageol je ne sis qu’interprette.

Ch’est poy de cas d’aver veu en cét en

Les Palinots deslogez sans Trompettes.

Commentaire sur l’édition

Édition faite sur l’édition Héron.

Source ou édition princeps

Douziesme partie de la Muse normande, 1637, Rouen, David Ferrand.

David Ferrand, Inventaire general de la Muse normande, divisée en XXVIII. parties. Où sont descrites plusieurs batailles, assauts, prises de villes, guerres estrangeres, victoires de la France, histoires comiques, esmotions populaires, grabuges, & choses remarquables arrivées à Roüen depuis quarante années, 1655, Rouen, David Ferrand.

Édition critique

A. Héron, La Muse normande de David Ferrand, publiée d’après les Livrets originaux, 1625-1653 et l’Inventaire général de 1655, t. II, 1891, Rouen, Espérance Cagniard, p. 120-123.

Études

Catherine Bougy, La Langue de David Ferrand : poète dialectal rouennais du xviième siècle, auteur de La Muse normande, 1992, thèse soutenue à l’Université de Caen sous la direction de René Lepelley.

Commentaire historique et contextuel

Commentaire linguistique