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ARROT Maurice, Mathurin, André

Photo : Archives MRDN

ARROT Maurice, Mathurin, André

Né le 12 août 1914 à Caen (Calvados) ; domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

ARROT Maurice, Mathurin, André // Naissance : 12-8-1914 à Caen (Calvados) ; Domicile : Cagny Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Troisième enfant de Marie Ange Constant Arrot, employé à la Compagnie des chemins de fer de l’État, et de Jeanne Angèle Pertet, sans profession, Maurice Arrot grandit avec ses deux frères aînés, et sa sœur cadette. Après un apprentissage chez un serrurier, il se découvre une passion pour la mécanique. Le 16 octobre 1934, il s’engager dans l’armée pour une année et est affecté au 353e régiment d’artillerie portée à Vernon (Eure). Rentré à Caen, chez ses parents, rue de la Dives, Maurice Arrot est admis, peu après, comme élève mécanicien au dépôt de la Compagnie des chemins de fer de l’État. Le 3 juillet 1936, il épouse Claire Blanche Fortier, la fille d’un garagiste établi au 119 du boulevard Lyautey à Caen. Après plusieurs changements de domicile à Rouen, le couple revient s’installer à Caen, 1, boulevard de Rethel, dans le quartier des cheminots. C’est là que naît leur fils unique, Christian, le 29 août 1938.

Le 6 septembre 1939, Maurice Arrot est mobilisé et doit rejoindre le dépôt de guerre du Génie n°15 à Toul (Meurthe-et-Moselle) où il est incorporé dans le 13e bataillon de Sapeurs de chemin de fer. Le 22 juin 1940, il est fait prisonnier par les Allemands, à La Bresse (Vosges). Quelques jours plus tard, le sapeur Arrot est interné au Stalag IX-B, à Bad Orb, localité située à quelque 80 kms au nord-est de Francfort. Après 24 mois de captivité, il est rapatrié le 10 mai 1942, dans le cadre de la Relève, comme prisonnier sanitaire. Son état de santé s’est en effet passablement dégradé, si bien qu’à son retour en France, il doit être hospitalisé en urgence. Après une longue parenthèse hospitalière de quatre mois, Maurice Arrot retrouve femme et enfant à l’appartement du boulevard Rethel, puis reprend son poste d’ouvrier ajusteur à la SNCF.

Mais les longs mois de souffrances passés derrière les barbelés ont profondément marqué le père de famille. Aussi, lorsque l’occasion se présente de former un groupe de résistance, à l’automne 1943, avec les cheminots de la gare de Caen, il s’y engage sans aucune hésitation. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1944, deux des membres les plus actifs du groupe Front national de la gare de Caen, Jean-François Le Moal et Émile Boutrois Lien interne parviennent à faire dérailler une locomotive sur le pont transbordeur, et une deuxième dans celle de la plaque tournante. Ce double sabotage met en ébullition les hommes de la Gestapo et les auxiliaires de la bande à Hervé. Renseignés par un indicateur infiltré au dépôt de la gare de Caen, ils procèdent ensemble à une rafle, le 15 mai 1944, dans le quartier de Vaucelles.

Maurice Arrot échappe à la nasse, ce jour-là, mais le 16 mai, la police allemande, après l’avoir recherché à son domicile, finit par obtenir son adresse, à Cagny, hameau du Mesnil Frémentel. Le résistant est immédiatement arrêté et menotté par Bernard Desloges et Daniel Collard. Emmené sans ménagement au siège de la Sipo-SD rue des Jacobins, il est affreusement battu durant son interrogatoire, puis conduit à la maison d’arrêt de Caen, où il est incarcéré. Le 6 juin 1944, Maurice Arrot perd la vie, exécuté, sur ordre de la Gestapo, dans l’une des courettes du quartier allemand de la prison, précédé et suivi par 72 autres prisonniers.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen : 21P659 853 ; AD14 : EC (Caen, naissances, 1908, 1911, 1914, 1920 ; mariages, 1936 ; TD, 1933-1942) ; recensement, Caen-Est, 1931 ; Registre militaire , bureau de Caen, classe 1934 ; matricule n° 2390, 1R/616 ; 9W/70 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, 3348W/1 :dossier de demande de la carte de CVR ; 1101W/221 ; AP Christian Arrot ; Les 50 000 adresses du Calvados, 1931 ; J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; T. Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression, 1940-1945, 2017, p. 85-86

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 12-8-1914
  • Caen, Calvados
  • Cagny, Calvados
  • 16-5-1944
  • Cagny, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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