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BOUTROIS Achille, Maurice

Photo : Archives MRDN

BOUTROIS Achille, Maurice

Né le 24 février 1919 à Caen (Calvados) ; domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

BOUTROIS Achille, Maurice // Naissance : 24-2-1919 à Caen (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Achille Boutrois est né dans une famille nombreuse du quartier de Vaucelles. Il est le fils de Charles Boutrois, chauffeur aux Chemins de fer de l’État. Veuf d’un premier mariage en 1913, il s’est remarié à Louise Porée, une employée de commerce et, de ce second mariage, sont issus sept enfants, trois garçons et quatre filles, tous nés entre 1917 et 1932.

Achille grandit dans une grande habitation de l’impasse Persillet dans laquelle sont nés tous ses frères et sœurs. Après l’école primaire, le jeune garçon cherche un apprentissage et trouve à s’employer ici et là comme manœuvre. Appartenant à la classe 1939, il est appelé sous les drapeaux et affecté le 28 novembre 1939 au dépôt d’artillerie divisionnaire hippomobile n° 206 à Savigné-l’Évêque (Sarthe). Tombé malade, il est hospitalisé et obtient finalement un congé de convalescence qui lui permet de regagner son dépôt de la Sarthe et de s’y faire démobiliser. De retour à Caen, il obtient un emploi d’ouvrier ajusteur au dépôt de la gare SNCF. Cette nouvelle situation professionnelle lui donne une stabilité financière qui lui permet se marier à Caen, le 7 juin 1941, avec Arlette Dargent, la fille d’un ouvrier tourneur sur métaux. Le couple s’installe peu après rue de Bayeux. Un premier enfant naît de cette union, le 17 avril 1942. Peu après, le jeune père de famille entre, avec son frère Michel, dans la formation d’un petit groupe de cheminots résistants dirigé par Jean-François Le Moal. Les premiers mois de l’activité du groupe sont consacrés à diffuser une intense propagande, sous forme de tracts et de journaux clandestins émanant du parti communiste, du Front national et de la CGT. Au cours de l’année 1943, les petits sabotages au dépôt se multiplient. Mais le coup d’éclat le plus spectaculaire a lieu dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1944. Cette nuit-là, Jean-François Le Moal et Achille Boutrois parviennent à immobiliser la plaque tournante du dépôt en précipitant une locomotive dans la fosse et à faire dérailler une autre locomotive sur le pont transporteur.

Le retentissement de cette action est très important dans les quartiers ouvriers de la rive droite de Caen, mais il donne à la Gestapo, informée depuis plusieurs mois par ses indicateurs, de l’hostilité du milieu des cheminots, l’occasion d’engager une action répressive à la mesure de l’événement. Le 15 mai, des arrestations ciblées ont lieu aux domiciles des frères Boutrois. Achille et Michel, se font surprendre sans pouvoir réagir. Jean-François Le Moal et d’autres résistants du Front national de la gare échappent de peu à l’arrestation.

Conduit menotté au siège de la Gestapo, rue des Jacobins, Achille Boutrois est interrogé et frappé par Laronche et Collard, deux des hommes de main de la bande à Hervé qui l’ont arrêté sous les yeux de sa femme. Son frère Michel, et tous ceux qui ont été pris le 15 mai, subissent le même sort. L’interrogatoire terminé, il est conduit à la maison d’arrêt de la rue du général Duparge, puis incarcéré dans une cellule du troisième étage. Le 6 juin 1944, Achille Boutrois qui a réussi, quelques jours auparavant, à faire passer un ultime message à son épouse, est exécuté, par les hommes de la Gestapo, comme son frère Michel, et 71 autres prisonniers détenus dans le quartier allemand de la prison.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen : 21P31879 ; AD14 : EC (Caen, naissances, 1917-1932 ; TD, Mariages, 1933-1942), recensements, 1921-1936 ; Registre matricule militaire, classe 1939, Fiche matricule n° 1358, 1R/644 ; 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, 6J/68 : Archives Boutrois ; Quellien J. (dir.), Livre-mémorial des victimes du nazisme dans le Calvados, 2004, p.40-41 ; J.Vico et J.Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; Fontaine T. (dir), Mémorial des cheminots victimes de la répression, 2017, p.258 ; memorialgenweb.org  

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 24-2-1919
  • Caen, Calvados
  • Caen, Calvados
  • 15-5-1944
  • Caen, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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