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BOUTROIS Michel, Désiré

Photo : Archives MRDN

BOUTROIS Michel, Désiré

Né le 25 janvier 1925 à Caen (Calvados) ; domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen.

BOUTROIS Michel, Désiré // Naissance : 25-1-1925 à Caen (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Michel Boutrois est le quatrième d’une famille ouvrière de sept enfants. Son père travaille comme chauffeur-machiniste au dépôt ferroviaire de la gare de Caen. Sa mère, a cessé son travail d’employée de commerce après la naissance de son premier né, Émile, en 1917. Après avoir quitté les bancs de l’école primaire du quartier de Vaucelles, en 1939, Michel entre comme aide-ajusteur au dépôt des machines de la gare SNCF de Caen. À l’issue de sa formation, il occupe un poste fixe d’ajusteur, comme l’ont fait avant lui ses frères aînés, Émile et Achille Lien interne. Après ses heures de travail, il rentre chez ses parents, au n° 1, impasse Persillet, mais depuis le départ d’Émile et d’Achille qui se sont tous deux mariés, la maison lui semble un peu vide. Pourtant, en cette fin d’année 1941, celle-ci ne manque pas d’animation avec ses quatre sœurs, âgées de 9 ans à 19 ans. Sportif, Michel Boutrois, fréquente assidument, avec son ami Colbert Marie Lien interne, la salle de boxe de l’Union sportive des cheminots caennais, une des rares associations autorisées par les autorités allemandes d’occupation pour un milieu socio-professionnel qui leur demeure largement hostile.

Depuis 1942, le dépôt de la gare de Caen constitue en effet le terreau sur lequel se développent plusieurs groupes de résistants affiliés au Front national, mouvement très lié idéologiquement au parti communiste clandestin. Achille n’en fait pas mystère à son frère. Il est l’un des premiers à agir dans l’un de ces groupes formés par Jean-François Le Moal, Maurice Arrot Lien interne et Jean Desvouges. Lorsque Michel l’apprend de la bouche de son frère, il veut en être immédiatement. Étroitement surveillés sur leurs lieux de travail par les cheminots allemands de la Reichsbahn, ces groupes se livrent, à partir du second semestre de 1942, à une intense propagande en diffusant tracts et journaux clandestins. Michel Boutrois y participe largement. Comme ses compagnons, il se livre à de multiples sabotages sur les équipements ferroviaires, en particulier sur le matériel roulant. En 1943, la Résistance se développe et la lutte contre le Service du travail obligatoire (STO) devient une de ses priorités. Le jeune résistant y contribue en procédant à des collectes de fonds au profit des réfractaires de la région. Au milieu du printemps 1944, son frère Achille et Jean-François Le Moal décident de frapper un grand coup. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, ils parviennent à précipiter une locomotive dans la fosse du pont tournant et à faire dérailler une autre machine sur le pont transporteur. Le sabotage spectaculaire est une réussite complète, et il entraîne de graves et durables perturbations dans l’activité du dépôt. Mais les deux auteurs ont mal mesuré les conséquences que l’événement engendrerait.

Le 15 mai 1944, les hommes de la Gestapo, et leurs supplétifs français dirigés par Hervé, organisent une opération ciblée dans les quartiers ouvriers de la rive droite de l’Orne, en particulier dans le quartier de Vaucelles, où les frères Achille et Michel Boutrois sont immédiatement arrêtés, ce dernier avec son ami Louis Renouf Lien interne. Incarcéré dans le quartier allemand de la maison d’arrêt après avoir été sévèrement battu au siège de la Sipo-SD pendant son interrogatoire, Michel Boutrois, 19 ans, meurt, assassiné le 6 juin 1944, comme son frère, dans l’une des courettes de la prison.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen : 21P429 685 ; AD14 : EC ( Caen, TD, naissances, 1923-1932), recensements, 1926-1936 ; 3348W/1 :dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, 6J/68 : Archives Boutrois ; Quellien J. (dir.), Livre-mémorial des victimes du nazisme dans le Calvados, 2004, p.40-41 ; J.Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; Fontaine T. (dir), Mémorial des cheminots victimes de la répression, 2017, p.258 ; memorialgenweb.org

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 25-1-1925
  • Caen, Calvados
  • Caen, Calvados
  • 15-5-1944
  • Caen, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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