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GIRAULT, Jean, Daniel

Photo : Archives MRDN

GIRAULT, Jean, Daniel

Né le 17 août 1904, à Dives-sur-Mer (Calvados) ; domicilié à Caen (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

GIRAULT, Jean, Daniel // Naissance : 17-8-1904 à Dives-sur-Mer (Calvados) ; Domicile : Caen NA () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Fils d’un employé aux Hypothèques de Pont-L’Évêque et d’une mercière, Jean Girault, grandit dans cette ville du Pays d’Auge, avec sa sœur Alice, née en 1908. Mais les deux enfants assistent impuissants à la séparation de leurs parents, à la veille de la Grande Guerre. Après son certificat d’études primaires, Paul Girault réussit à décrocher un emploi dans une banque de Pont-L’Évêque qui ne le satisfait guère. Devançant l’appel sous les drapeaux, il s’engage le 27 octobre 1923 à la mairie de Lisieux et est affecté au 19e escadron du Train des équipages. Après un an de formation militaire, il s’installe comme voyageur de commerce. C’est au cours d’un déplacement à Trouville-sur-Mer (Calvados) qu’il fait la connaissance d’une Bordelaise de 19 ans, Jeanne Clos-Bouch, téléphoniste. Le mariage a lieu le 3 octobre 1932, et un an plus tard, naît à Pont-L’Évêque, leur premier enfant. Entretemps, Paul Girault a abandonné le commerce et travaille comme clerc chez maître Liégard, avoué, à Pont-L’Évêque. La situation du couple se stabilise. Le 31 août 1937, Jeanne Girault met au monde un deuxième enfant.

Jean Girault échappe à la mobilisation de 1939. Vers 1942, il déménage, avec femme et enfants, à Caen, 11 rue Mélingue, où il a obtenu un poste de chef de la publicité au quotidien Le Journal de Normandie. Ce choix peut surprendre quand on sait que le journal de la rue de Geôle, a choisi de continuer à paraître sous l’Occupation allemande, et diffuse la propagande de Vichy et celle de la Propaganda Staffel. Dans ce contexte, comment Paul Girault est-il entré dans la Résistance ? Les archives restent muettes à ce sujet. Au cours de l’année 1943, il quitte le journal pour s’installer comme courtier en assurances.

Toujours est-il qu’au début de 1944, il est soupçonné par Raoul Hervé, l’un des principaux auxiliaires de la Gestapo, d’être en relation avec le docteur Derrien Lien interne. Et de fait, sa veuve se rappelle que son mari effectuait de fréquentes visites chez le médecin d’Argences. Or, les déclarations recueillies auprès d’un jeune homme arrêté pour marché noir, en avril 1944, Léon Henri, permet à la police de sûreté allemande de découvrir l’existence d’une organisation de résistance dirigée par Paul Derrien. Celle-ci, spécialisée dans la lutte contre le STO, étend ses ramifications sur plusieurs communes de la plaine de Caen. Hervé et ses hommes sont chargés par le chef de la Sipo-SD de Caen de mener une opération d’envergure contre ce réseau, sur la base des informations fournies par Léon Henri. Paul Girault qui habite à deux pas du siège de la police allemande est arrêté le premier. Puis, le 31 mai, vers 17 heures, Hervé envoie trois de ses hommes, Fortier, Collard et Desloges se saisir de Paul Girault à son domicile, Rue Mélingue. À son épouse, ils prétextent que son mari doit les suivre pour mettre en règle certains papiers. Jeanne Girault ne reverra jamais son mari. Conduit au 44, rue des Jacobins, Jean Girault est interrogé avec les méthodes brutales que l’on connaît. Puis il est incarcéré à la maison d’arrêt de Caen où, deux jours plus tard, le rejoignent onze membres du réseau du docteur Derrien. Le 6 juin, tous, à l’exception de Madame Amélie Lechevalier, sont exécutés dans les courettes de la grande galerie, avec 62 autres prisonniers.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la Sipo-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la police allemande à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen : 21P455838 ; AD14 : EC (Dives-sur-Mer) : NMD, 1913-1905 ; EC (Pont-L’Evêque) : mariages, 1932, recensements,1911-1931 ; 1R/528, classe 1924, fiche n° 976 : registre matricule subdivision de Lisieux, 9W/70 : dossier de la bande à Hervé, interrogatoire de Daniel Collard, 28 février 1945 ; Archives MRDN ; J. Vico, J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004, G. Fournier, Si près de la liberté, 2007

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 17-8-1904
  • Dives-sur-Mer, Calvados
  • Caen
  • 31-5-1944
  • Caen, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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