
Photo : Archives MRDN
HEBERT Jean, Aimable, Louis
Né le 13 janvier 1926 à Caen (Calvados) ; domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.
HEBERT Jean, Aimable, Louis // Naissance : 13-1-1926 à Caen (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Jean Hébert est le deuxième enfant de Pierre et Jeanne Hébert, née Louis, tous deux
originaires de la Manche venus s’installer à Caen au début des années 1920. Marin
au long cours, le père de Pierre, né à Caen, en 1923 et de Jean, est souvent absent
du foyer familial pendant plusieurs mois. L’éducation des deux enfants repose donc
surtout sur Madame Hébert. Comme son frère aîné, Jean fréquente l’école publique de
la rue du Docteur Calmette située à proximité du domicile familial. Très vite, l’adolescent
se lie avec deux autres écoliers, du même âge, Bernard Renault
et Serge Dumont
. Le premier, est le fils d’un peintre en bâtiment, le second d’un charpentier. Tous
les trois habitent les uns à côté des autres, et les années passées sur les mêmes
bancs de l’école Calmette forgent, entre les trois garçons, une solide et durable
amitié.
L’engagement de Jean Hébert dans la Résistance a lieu vers la fin de l’année 1943. Outre ses sentiments personnels d’hostilité aux Allemands, il subit l’influence de ses deux amis Serge et Bernard dont certains des membres de leur famille sont déjà engagés dans la Résistance. Paulette Renault, la sœur aînée de ce dernier, 22 ans, se marie en novembre 1942 avec le fils d’un conseiller municipal de Fleury-sur-Orne, Maurice Vallerie, membre du Front national.
Le 28 janvier 1944, la mairie d’Hérouville (Calvados) est l’objet d’une attaque par un détachement FTPF commandé par Roland Boursier. Serge Dumont et Bernard Renault en font partie. L’opération faite en connivence avec le secrétaire de mairie, M. Voisin, est un succès, et le Front national récupère ainsi plusieurs feuilles de tickets de rationnement. L’affaire est d’abord confiée au commissariat central de Caen. Deux inspecteurs de la Sûreté sont chargés de l’enquête. Un renseignement leur parvient qui oriente les recherches vers un suspect nommé Roland Boursier, domicilié rue du Docteur Calmette. Boursier reste introuvable. Cependant, des témoins l’ont aperçu avec deux jeunes de la rue Calmette. Les enquêteurs identifient le domicile de Jean Hébert qui habite encore chez ses parents.
Le 10 février 1944, l’inspecteur de police Liout et son collègue de la Sûreté caennaise, Maurice Bois, l’arrêtent, rue Montoir-Poissonnerie, au moment où il s’apprête à effectuer un service de garde sur les voies ferrées. Il est aussitôt contraint de lever les mains en l’air et subit une fouille au corps. Conduit menotté au commissariat de la Tour, Jean Hébert est interrogé, mais nie toute implication dans le vol de la mairie d’Hérouville-Saint-Clair. Après huit jours passés dans une cellule du commissariat du 1er arrondissement, il est livré à la Gestapo, le 18 février. Le jeune homme doit affronter un nouvel interrogatoire, sous la menace et sous les coups, mais, courageusement, il nie toujours.
Conduit à la maison d’arrêt de Caen, rue du général Duparge, dans le quartier allemand
de la prison, il partage la même cellule n°5 que Camille Blaisot
et André Coudrey
, puis il est affecté à la cellule 28, avec le comte Guy de Saint Pol
. Des codétenus se rappellent l’avoir vu, pour la dernière fois, servir la soupe avec
son compagnon de cellule, le 6 juin 1944 à midi. Jean Hébert, 18 ans, fait partie
des 73 martyrs de la prison exécutés, ce jour-là, sur ordre de la Gestapo, alors que
les Alliés prennent pied sur les côtes normandes.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P462020 ; AD14 : recensements Caen-Est, 1926-1936 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944; EC (Caen) : naissances 1926 : J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004.
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 13-1-1926
- Caen, Calvados
- Caen, Calvados
- 10-2-1944
- Caen, Calvados
- Caen, Commissariat de police, Calvados
- Caen, Maison d'Arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




