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DUMONT Serge, Georges, Pierre

Photo : AD14, 6J70

DUMONT Serge, Georges, Pierre

Né le 16 janvier 1925 à Escures-sur-Favières (Calvados) ; domicilié à Caen (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

DUMONT Serge, Georges, Pierre // Naissance : 6-1-1925 à Escures-sur-Favières (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Serge Dumont naît dans le petit village d’à peine 200 habitants d’Escures-sur-Favières, canton de Morteaux-Couliboeuf. En 1931, ses parents déménagent à Caen, impasse Bon Accueil qui donne sur la rue Calmette. Sur les bancs de l’école, Serge s’est lié d’amitié avec deux garçons du même âge qui habitent aussi le quartier de l’hôpital Clemenceau, Jean Hébert Lien interne et Bernard Renault Lien interne. Or, celui-ci a une sœur, de six ans son aînée, Paulette, qui, est engagée dans la Résistance communiste. C’est ainsi que les trois amis, rejoignent les rangs de la Résistance organisée, dès l’âge de 18 ans. Impatients d’en découdre avec l’occupant, les trois jeunes intègrent un petit groupe constitué de réfractaires au STO et qui, de ce fait, entrent dans la clandestinité. À l’automne 1943, Serge Dumont signe son engagement dans les FTPF et se voit attribuer le nom de guerre de « André » et le numéro 1938. Ils sont huit à constituer un premier noyau qui s’installe dans une maison inhabitée d’Aunay-sur-Odon. En novembre 1943, le groupe se réorganise sous la direction de Jean Socha et de Pierre Trévin Lien interne. L’effectif passe de 8 à 12 et donne naissance à un petit maquis. Des armes arrivent et le groupe s’installe dans le village de Pontécoulant (Calvados). A partir de l’hiver 1943-1944, le maquis multiplie les actions à main armée. Ce sont d’abord des attaques de mairies pour se procurer les feuilles de tickets de ravitaillement. Serge Dumont participe à celle qui est organisée contre la mairie d’Hérouville.

Le 15 mars 1944, deux gendarmes de Vassy sont surpris par deux maquisards de Pontécoulant sur la commune de Pierres. L’un d’eux, le maréchal-des-logis Bonnier qui s’est particulièrement distingué par son zèle à traquer les réfractaires de l’arrondissement de Vire, est abattu. Le repaire de Pontécoulant est assez vite localisé et les gendarmes donnent l’assaut, le 31 mars, en fin de journée, épaulés par des Feldgendarmes et des inspecteurs de la police mobile de Rouen. Au cours de la bataille rangée qui dure plusieurs heures, un gendarme est tué et deux autres blessés. Jean Socha est grièvement blessé, mais parvient à s’enfuir à la faveur de la nuit. Avec lui, quatre autres de ses hommes, dont Serge Dumont qui a pris part au combat.

Prenant d’infinies précautions, celui-ci part se réfugier à Magny-la-Campagne (Calvados), où demeure sa grand-mère. Dans le village, il parvient à trouver un emploi à la fromagerie Heurtin jusqu’à ce que, dénoncé, il soit arrêté, le 4 mai, par les gendarmes de Mézidon. L’affaire est d’abord traitée par la police française, puis transmise à la Sipo-SD de la rue des Jacobins. Serge Dumont ne dit mot, malgré les coups, puis il est incarcéré dans le quartier allemand de la maison d’arrêt. Huit jours plus tard, le résistant est transféré à Rouen. Le service régional de la police de sûreté de Rouen chargée de la lutte contre les « terroristes », les réclame pour compléments d’informations. Mais, le 5 juin, sur ordre de ce service, l’administration pénitentiaire le renvoie à la maison d’arrêt de Caen, avec Maurice Hardy Lien interne, un autre résistant FTPF, impliqué dans l’affaire de Pontécoulant. Le lendemain, 6 juin, les deux jeunes hommes sont assassinés dans une des courettes de la prison, avec 71 autres prisonniers.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : AD14 : EC (Escures-sur-Favières) ; TD, NMD, 1923-1932, recensement 1926 ; 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944 ; 6J/70 : AP Dumont; Les 50 000 adresses du Calvados, 1941-1942, J. Vico, J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004.

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 6-1-1925
  • Escures-sur-Favières, Calvados
  • Caen, Calvados
  • 5-5-1944
  • Seine-Inférieure
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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