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TREVIN Pierre, François
Né le 30 juillet 1924 à Écouché (Orne) ; domicilié à Écouché (Orne) ; exécuté le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen.
TREVIN Pierre, François // Naissance : 30-7-1924 à Ecouché (Orne) ; Domicile : Ecouché Orne () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Deuxième enfant d’un couple d’hôteliers-restaurateurs d’Écouché (Orne), Pierre Trévin grandit avec son frère aîné Michel, et ses deux sœurs Jeanne et Christiane, élevés avec tout le soin nécessaire par leurs parents, par ailleurs très accaparés par leur activité commerciale. Après l’école primaire, le jeune Pierre entre en apprentissage dans les cuisines de l’établissement comme l’ont fait, avant lui, son père et son grand-père. À 14 ans, sa vie professionnelle paraît déjà toute tracée. La guerre va en décider autrement.
Sous l’Occupation, les deux garçons de la famille s’engagent résolument dans la Résistance
organisée. Après un parcours scolaire très brillant, son frère aîné Michel suit des
études de médecine à l’université de Caen. Sous l’influence du professeur Michel de
Boüard
et de quelques camarades étudiants, comme Francis Blum, celui-ci s’engage dans la
voie du refus et du rejet de l’occupant. Michel n’a pas de mal à entraîner Pierre.
Les deux frères n’ont que deux ans de différence. Ils partagent les mêmes idées. Ensemble,
ils rejoignent les rangs du mouvement Front national, organisation clandestine très
influencée par le Parti communiste, mais suffisamment ouverte et tolérante pour attirer
des jeunes comme les frères Trévin qui, au commencement de leur engagement, ne sont
pas du tout des adeptes de la lutte des classes.
Avec la loi du régime de Vichy sur le Service du travail obligatoire (STO), Michel,
et surtout Pierre, qui appartient à la classe 1922, directement visée par cette loi
scélérate, doivent se mettre à l’abri. À l’automne 1943, les deux garçons se réfugient
à Sainte-Honorine-la-Chardonne (Orne), dans la ferme qu’exploite le père de l’ami
Blum. C’est à ce moment que commence la vie clandestine des deux frères qui vivent
désormais sous une fausse identité. Leur jeunesse, leur courage et leur détermination
les font intégrer rapidement un groupe de Francs-tireurs et partisans français (FTPF)
placé sous le commandement de Roger Foineau. Michel prend vite des responsabilités
et devient en décembre 1943 commissaires aux effectifs, chargé du recrutement. L’organisation
clandestine vient de subir un grave revers avec l’arrestation le 10 décembre, à Caen,
de plusieurs dirigeants communistes : André Louvel
, Georges Millemann
, Oscar Dassonville
, Marius Dutriaux
. Cette arrestation s’est effectuée dans le café d’Elise Guérin
, près de la gare, transformée en souricière par la Gestapo, suivie le lendemain par celle de Michel de Boüard à son domicile.
Les responsables FTPF du département, parmi lesquels Roger Foineau et Michel Trévin, décident de tenter un audacieux coup de main pour libérer leurs camarades arrêtés et emprisonnés. Ils apprennent que le transfert des détenus de la maison d’arrêt à la gare, vers le camp de Compiègne d’où partent la plupart des convois de déportés vers l’Allemagne, doit avoir lieu le 11 février. Dans le commando de cinq hommes désignés pour réaliser l’opération, figure Pierre Trévin qui s’est porté volontaire. L’interception du fourgon doit se faire rue Saint Jean. Au préalable, le regroupement des cinq jeunes a lieu Rue des Carmes. C’est là que les attendent les policiers français renseignés par un indicateur de Brière, le principal auxiliaire et homme de main de la Gestapo.
Les cinq résistants sont très rapidement livrés aux Allemands. Frappés pendant toute
la durée de leur interrogatoire, ils sont ensuite incarcérés à la maison d’arrêt de
Caen. Louis Margueritte
est déporté le 4 juin 1944. Yvan Yvanisevic, fils de la secrétaire du collaborateur
bien connu Julien Lenoir, et Joseph Margueritte, frère de Louis, sont libérés. Pierre
Trévin, est le seul à être exécuté à la maison d’arrêt, le 6 juin 1944. André Chauffray
est, quant à lui, transféré à la prison de Rouen, puis fusillé le 8 juin 1944 au
stand de tir du Madrillet à Grand-Quevilly.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P545150 ; AD14 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, 3348W/1 ; AD61, Écouché, état civil, TD, NMD, 1923-1932 ; recensements, 1921-1936 ; J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 30-7-1924
- Ecouché, Orne
- Ecouché, Orne
- 11-2-1944
- Caen, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




