Télécharger le XML
PICQUENOT Bernard, Charles, Joseph

Photo : Archives MRDN

PICQUENOT Bernard, Charles, Joseph

Né le 31 août 1920 à Caen (Calvados) ; domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

PICQUENOT Bernard, Charles, Joseph // Naissance : 31-8-1920 à Caen (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Fils de Joseph Lien interne, manœuvre au dépôt de la gare de Caen exploitée par la Compagnie des chemins de fer de l’État, et de Blanche Poissy, sans profession, Bernard Picquenot grandit dans le quartier populaire du Vaugueux, avec sa demi-sœur Denise. Après avoir quitté les bancs de l’école primaire, en 1934, Bernard Picquenot fait un apprentissage en mécanique.

Lors de la déclaration de guerre en 1939, il devance l’appel sous les drapeaux et s’engage pour trois ans, le 25 août 1939. Il est affecté au 405e régiment d’artillerie de défense contre aéronefs (DCA). Dirigé vers le front de Belgique, le soldat Bernard Picquenot est fait prisonnier à Dunkerque, le 4 juin 1940. Envoyé dans un Stalag en Allemagne, il passe plus deux ans derrière les barbelés. Cependant, il a la chance de pouvoir bénéficier d’une libération anticipée, pour des raisons sanitaires. Muni de papiers officiels, il est rapatrié en France, le 28 septembre 1942. Il est démobilisé le même jour, et retrouve sa famille, 11 rue de l’Oratoire.

En septembre 1943, il intègre le personnel ouvrier du dépôt des machines de la gare de Caen, en tant que mécanicien-ajusteur. Depuis plusieurs mois, de petits groupes de cheminots affiliés au mouvement Front national signalent leur présence par une propagande de plus en plus active sous forme de tracts et de journaux clandestins. Les petits sabotages sur le matériel roulant et sur le trafic des trains en partance pour l’Allemagne se multiplient. Au dépôt de la gare SNCF, Bernard Picquenot s’engage dans un des groupes de résistants et participe aux actions de propagande et aux sabotages du matériel. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un spectaculaire sabotage immobilise deux locomotives et bloque de gros équipements. La Gestapo confie l’enquête à Hervé qui mobilise ses indicateurs et ses hommes de main. Des noms commencent à remonter au siège de la police allemande. Le 15 mai, les cheminots qui figurent sur la liste noire qu’a établi Hervé sont appréhendés à leur domicile. Certains, prévenus de la rafle, ou absents, parviennent in extremis à éviter l’arrestation.

Dans la seconde quinzaine du mois, une nouvelle liste de personnes recherchées par la police allemande est établie. Bernard Picquenot et son père Joseph y sont mentionnés, mais les hommes de Raoul Hervé ne disposent pas des adresses. Ils se présentent donc à la direction du personnel, à la gare de Caen, pour les obtenir. Les secrétaires n’ont pas d’autres choix que de les leur donner, mais elles trouvent le moyen d’avertir Joseph Picquenot père de l’imminence de son arrestation et de celle de son fils. Malheureusement, le père de Bernard ne mesure pas assez vite le danger. Quelques instants plus tard, les deux cheminots sont arrêtés. Menottés et conduits sans ménagement au 44, rue des Jacobins, les deux hommes sont interrogés avec la brutalité coutumière décrite par les rares rescapés. Puis ils sont incarcérés au troisième étage de la maison d’arrêt. Le 6 juin, ils sont assassinés dans l’une des courettes-promenoirs du quartier allemand de la prison. Les Picquenot, père et fils, font partie des 73 prisonniers qui perdent la vie ce jour-là, dans des conditions atroces, alors que débutent les premiers combats de la Libération.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la police allemande à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’État. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen : 21P525524 ; AD14 : 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, EC (Caen) : mariages, nov.-déc. 1919, naissances, 1920 ; Caen, recensements, 1921-1936 ; 1R/652 : registre matricule, n°1752 ; J. Vico, J.Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; T. Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression, 1940-1945, 2017, p. 1177

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 31-8-1920
  • Caen, Calvados
  • Caen, Calvados
  • 1-6-1944
  • Caen, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
logo de la MRSH de l’université Caen Normandie
logo du laboratoire HisTeMé de l’université Caen Normandie
logo de l’université Caen Normandie
logo de la Fondation Mémoire Déportation