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PICQUENOT Joseph, Jules, Charles

Photo : Archives MRDN

PICQUENOT Joseph, Jules, Charles

Né le 10 juillet 1894 à Caen (Calvados) ; domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

PICQUENOT Joseph, Jules, Charles // Naissance : 10-7-1894 à Caen (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Joseph Picquenot est issu d’une famille de quatre enfants. Son père, Alexandre, exerce la profession d’employé de la douane, au moment de son mariage en 1889 avec Julie Dupont, à Landes-sur-Ajon (Calvados). Après avoir vécu à Blainville-sur-Orne (Calvados), la famille Picquenot part s’installer dans le quartier du Vaugueux, peu avant la naissance de Joseph, le troisième enfant de la famille. Au sortir de l’école primaire à 14 ans, celui-ci entreprend un apprentissage de mécanicien. Mobilisé le 5 septembre 1914, au sein du 24e régiment d’infanterie, le 2e classe Picquenot rejoint son régiment dans l’Aisne où il est engagé dans le secteur de Berry-au-Bac. Puis il participe aux combats meurtriers de l’Artois (Pas-de-Calais), en mai 1915. Après un passage dans un secteur plus calme de la Somme, le 24e RI participe activement à la bataille de Verdun et combat dans les secteurs du bois de la Caillette et du fort de Vaux, où Joseph Picquenot est fait prisonnier, le 1er juin 1916. Après avoir passé deux ans et demi dans un Stalag en Allemagne, le soldat caennais est rapatrié en France le jour de Noël 1918, mais il doit attendre le 9 septembre 1919 pour être démobilisé.

Trois événements importants aident le jeune homme à retrouver un équilibre physique et mental que sa captivité a passablement ébranlé. Le 2 décembre 1919, il se marie à Caen avec Blanche Poissy, une jeune veuve de guerre de 28 ans, originaire de Saint-Georges-Montcocq (Manche), mère d’une petite Denise, née en 1914. Celle-ci ne tarde pas à lui donner un fils, Bernard Lien interne, né au n° 51, rue du Vaugueux, le 31 août 1920. Trois mois plus tôt, il réussit à entrer comme manœuvre au dépôt des machines de la gare de Caen, travail peu rémunéré mais qui assure une certaine stabilité financière au ménage.

Joseph Piquenot, n’est pas mobilisé en septembre 1939 dans la zone des armées, mais il bénéficie du statut d’affecté spécial au titre des chemins de fer de l’Etat. Dès le début de l’Occupation allemande, le milieu des cheminots, à Caen, bascule dans la Résistance. Au dépôt de la gare de Caen, se forment dès 1942, de petits groupes affiliés au mouvement Front national. En 1943, de nombreux tracts et journaux circulent parmi les cheminots. Les sabotages se font de plus en plus fréquents. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un spectaculaire sabotage entraîne la mise hors service de deux locomotives sur la plaque tournante et le pont transbordeur. Le 15 mai, la Gestapo et ses auxiliaires français, à la main du traître Raoul Hervé, procèdent à une rafle dans le quartier de Vaucelles qui vise le milieu des cheminots.

Le 1er juin 1944, à la mi-journée, Joseph Picquenot est arrêté, peu après son fils Bernard, par deux hommes de la Gestapo. L’un et l’autre sont interrogés, avec violence, au siège de la police allemande, rue des Jacobins, puis ils sont incarcérés à la maison d’arrêt. Le 6 juin 1944, les Picquenot, père et fils, sont exécutés dans l’une des courettes-promenoirs du quartier allemand de la prison, avec 71 autres prisonniers.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen :21P525525 ; AD14 : 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, Caen (EC) : naissance-mariages, 1894, 1919, naissances :  1914, 1920, 1R/404, n° 1229, classe 1914 ; J. Vico, J.Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; T. Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression, 1940-1945, 2017, p.1177-1178

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 10-7-1894
  • Caen, Calvados
  • Caen, Calvados
  • 1-6-1944
  • Caen, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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