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BOURDON Louis, Joseph, Edmond

Né le 10 novembre 1920 à Monts-en-Bessin (Calvados) ; domicilié à Condé-sur-Noireau (Calvados), réfractaire au STO ; exécuté le 6 juin 1944 de Caen.

BOURDON Louis, Joseph, Edmond // Naissance : 10-11-1920 à Monts-en-Bessin (Calvados) ; Domicile : Condé-sur-Noireau Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

De père inconnu et fils d’une domestique du village de Monts-en-Bessin, Louis Bourdon est élevé chez un oncle maternel, ouvrier agricole, marié, père de famille, domicilié sur cette commune, au lieu-dit « Le Petit Pecq ». Le couple Montgoubert l’élève, depuis le plus jeune âge, comme s’il était leur propre enfant.

Louis Bourdon grandit ainsi, vaille que vaille, jusqu’à l’âge de la scolarité obligatoire à l’école communale, qui se termine, pour lui, à 14 ans. Après quoi, le jeune garçon est placé comme commis de ferme, puis se fait engager comme journalier dans plusieurs exploitations agricoles de la région.

Nous perdons sa trace jusqu’à l’année 1943. Directement concerné par la loi du 16 février 1943 par le service du travail obligatoire, il refuse de répondre à la convocation qui lui est adressée pour aller travailler dans une usine allemande. Devenu réfractaire, le jeune homme se fait engager come bûcheron sur la commune de Hamars, dans le canton d’Evrecy. Il y rencontre un groupe de trois jeunes hommes, qui, comme lui, ont choisi d’échapper au STO : Emilien Cosnard Lien interne, 21 ans, Georges Noël Lien interne, 22 ans et Louis Paillard Lien interne, 21 ans.

Louis Bourdon est donc le plus âgé du groupe et sans doute aussi le plus rebelle. Prenant l’habitude de se réunir dans un des cafés du village après les travaux éreintants de bûcheronnage, la discussion porte souvent sur ce qui se passe à la campagne, en particulier sur le marché noir que certains agriculteurs pratiquement sans le moindre scrupule. Est-ce Bourdon, est-ce un autre ? L’idée germe de faire rendre gorge à ces profiteurs. Un butin de guerre constitué de quelques armes de guerre récupérées sur le bas-côté des routes, deux pistolets ramassés par Bourdon et deux fusils de guerre par un autre réfractaire qui a rejoint le groupe, Lucien Anne, servira leur plan. Une première expédition est entreprise contre les Laurent, un couple d’agriculteurs de Hamars, collaborateurs notoires, dans la soirée du 7 mars 1944.

Louis Bourdon ne participe pas à l’attentat au cours duquel les fermiers et leur belle-sœur sont grièvement blessés par balle. Il participe par contre, avec Cosnard et Paillard, à une deuxième expédition contre les Nicolle, agriculteurs domiciliés au lieu-dit « La Pouplière », à Bonnemaison (Calvados), dans la nuit du 7 avril 1944, qu’ils délestent de quelques milliers de francs. Ces faits divers qui font grand bruit dans le secteur finissent par délier les langues et les brigades de gendarmerie d’Aunay-sur-Odon, de Thury-Harcourt et de Condé-sur-Noireau finissent par obtenir l’identité des membres du groupe des « Justiciers de Hamars ». A l’exception de Lucien Anne, tous sont arrêtés à quelques jours d’intervalle. Le 14 avril, Louis Bourdon est appréhendé avec Émilien Cosnard, dans une pension de famille de Condé-sur-Noireau qui leur servait de base arrière. Remis aux Allemands, il est interné à la maison d’arrêt de Caen et subit le même funeste sort que ses compagnons. Le 6 juin 1944, il est abattu dans une des courettes du quartier allemand de la prison.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : AM (Monts-en-Bessin) : état civil, NMD, 1913-1932 ; AD14 : Monts-en-Bessin, recensements 1921-1931 ; Hamars, recensement, 1936 ; Bonnemaison, recensement, 1936 ; Le Bonhomme normand, 7 -13 avril 1944, 21- 27 avril 1944, 28 avril -4 mai 1944 ; Le Journal d’Aunay, 19 mars 1944, 7 mai 1944 ; La Croix du Bocage, 21 avril 1944 ; 3348 W 1/ : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944,; Archives du Tribunal militaire permanent, Affaire de la prison de Caen, déposition des parents, IA/141 ; J.Quellien, J. Vico, Massacres nazis en Normandie, 2004, p. 115-118

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 10-11-1920
  • Monts-en-Bessin, Calvados
  • Condé-sur-Noireau, Calvados
  • 14-4-1944
  • Condé-sur-Noireau, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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