
Photo : MRDN
BOUSSO Victor, François, Marie
Né le 15 févier 1881 à Saint-Congard (Morbihan), domicilié à Ouilly-le-Tesson (Calvados), exécuté le 6 juin 1944 à Caen.
BOUSSO Victor, François, Marie // Naissance : 15-2-1881 à Saint-Congard (Morbihan) ; Domicile : Ouilly-le-Tesson Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Victor Bousso est le fils d’un couple d’aubergistes de Saint-Congard. Esprit vif et espiègle, le jeune Victor se fait remarquer pour son intelligence et ses résultats scolaires. Le jeune homme poursuit ses études secondaires au petit séminaire de Ploërmel, études qui le conduisent jusqu’au baccalauréat. Admis au grand séminaire de Vannes en 1898, il y complète sa formation de futur prêtre.
Après une année passée au noviciat oblat du Bestin (Belgique), Victor Bousso se prépare à exercer son ministère dans les régions inhospitalières du grand Nord canadien. De 1905 à 1923, il est successivement affecté aux trois missions à poste fixe, situées en bordure du Grand Lac des Esclaves, missions qu’il remplit avec une abnégation et un courage à toute épreuve, jusqu’à ce que la maladie le contraigne à rentrer en France.
Après dix ans passés à la cure d’Hottot-les-Bagues, dans le diocèse de Bayeux-Lisieux (Calvados) il est nommé, en 1934, par Monseigneur Picaud, curé d’Ouilly-le-Tesson. Séduit par le charme de la vallée du Laizon, le Père Bousso reçoit un accueil chaleureux des habitants d’Ouilly, comme ceux des paroisses de Rouvres et de Maizières qu’il devra aussi desservir.
Dans les trois villages, il apporte son soutien aux familles qui ont vu partir en
septembre 1939 un des leurs pour les frontières du pays. Vers la fin de l’année 1942,
Victor Bousso prend ses repas au café Sabine, à deux pas du presbytère. Le café permet
au prêtre de repérer discrètement les nouveaux arrivants, de jeunes hommes qui cherchent
à se soustraire au STO en se faisant engager comme ouvriers agricoles. Orientés par
le docteur Derrien
d’Argences vers les cures de Saint-Sylvain et d’Ouilly-le-Tesson, le Père Bousso
« place » ces Parisiens et ces Normands dans les fermes patriotes de la région. Peu
à peu, entre Caen et Falaise, se crée au cours de 1943, une véritable filière d’accueil
et de répartition des réfractaires au STO.
Renseigné par un de ces jeunes impliqué dans une affaire de marché noir et qui a basculé dans la trahison, la Gestapo procède, le 2 juin 1944, à une importante rafle qui annihile l’ensemble du réseau. Douze personnes sont arrêtées ce jour-là, dont le Père Bousso. Tous sont interrogés, frappés, torturés, puis incarcérés à la maison d’arrêt. Le 6 juin 1944, celui-ci est sorti de sa cellule. André Lebrun, l’un des rares rescapés du massacre témoigne : « Occupant la cellule 25 au troisième étage, […] j’ai également pu voir par un trou pratiqué dans la porte de ma cellule, cette même matinée, Mr le Curé d’Ouilly-le-Tesson passer dans le couloir, les bras en l’air, ainsi que d’autres détenus. » Quelques instants plus tard, Victor Bousso tombe sous les balles allemandes dans l’une des courettes attenantes à la grande galerie de la prison, comme la plupart des résistants arrêtés le 2 juin.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P248004 ; AD56, état civil, Saint-Congard, naissances, 1879-1889, 4E211/12 ; Décès, 1888-1898, 4E211/17 ; recensements, 1886-1891 ; bureau de recrutement de Vannes, fiche matricule militaire n°561 ; AD14 : Hottot-les-Bagues, recensements, 1926-1931 ; Ouilly-le-Tesson, recensement, 1936 ; 3348W/1 : maison d’arrêt de Caen, dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, Archives de MRDN ; R.P. Duchaussois, Aux glaces polaires, Spes, 1921 ; J.Vico et J.Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; G.Fournier, Si près de la liberté, 2007
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 15-2-1881
- Saint-Congard, Morbihan
- Ouilly-le-Tesson, Calvados
- 2-6-1944
- Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




