Appel à contributions pour les n° 8 et 9
Call for papers, n. 8 et 9
Table des matières
De l’autre côté de l’Europe. Croisade et guerre anti-turque en Europe orientale
Entre idéologies, stratégies politico-religieuses et représentations culturelles (XV-XIXe siècles)
Appel à contributions
Revue électronique Histoire culturelle de l’Europe : https://mrsh.unicaen.fr/hce/
Dossier dirigé par Giulio Merlani
Les articles seront rédigés dans l’une des langues suivantes : français, anglais, italien, espagnol, allemand.
Les propositions seront envoyées à : alexandra.merle@unicaen.fr et eric.leroyducardonnoy@unicaen.fr.
– Date limite de soumission de la contribution : 1er septembre 2026.
– Les articles seront soumis à une double évaluation anonyme (peer review), confiée aux membres du comité scientifique et du comité de lecture de la revue, et éventuellement à des experts extérieurs.
– Retour aux auteurs après expertise anonyme : automne 2026.
– Publication du numéro : fin 2026.
Au cours des dernières décennies, le phénomène de la croisade a suscité un intérêt significatif de la part de l’historiographie internationale qui – grâce notamment aux débats entre les écoles dites « traditionaliste » et « pluraliste » – a mis en lumière le caractère polymorphe, fonctionnel et persistant du bellum sanctum. En plus d’avoir démontré la longue durée du phénomène, s’étendant bien au-delà de l’époque moderne, les chercheurs ont également souligné sa forte corrélation avec le développement de revendications et de perceptions d’ordre identitaire au sein du monde chrétien, et non seulement catholique. Ce renouveau des logiques, des pratiques et des sensibilités croisées avait été déclenché par la peur et l’antagonisme à l’égard des Ottomans qui, à la fin du Moyen Âge, avaient entraîné le déplacement du traditionnel théâtre de l’affrontement entre monde chrétien et monde islamique du Moyen-Orient vers le contexte complexe désigné de manière générique comme l’Europe orientale.
Ainsi, du XVe au XIXe siècle environ, la zone comprise entre l’Elbe et l’Oural, la Baltique et la mer Égée – un espace marqué par l’entrelacement d’éléments religieux, politiques et culturels divers – avait acquis une centralité évidente dans le phénomène de la croisade, selon des logiques qui conjuguaient des intérêts et des projets à la fois matériels et idéologiques. En effet, les discours et les pratiques de la guerre sainte – déclinés sous une variété de formes, notamment après le tournant marqué par la conquête turque de Constantinople – réapparaissent non seulement au sein d’une chrétienté européenne occidentale de plus en plus divisée, mais se révèlent également vivants et persistants dans les sensibilités et les actions d’une pluralité d’acteurs appartenant à l’autre versant du monde euro-chrétien – l’Europe orientale, de tradition aussi bien latine qu’orthodoxe – en réponse à une série hétérogène de besoins et de revendications fortement ressentis par une réalité concrètement placée au cœur des équilibres précaires entre monde ottoman et monde euro-chrétien.
Au-delà d’être directement influencée par la tradition byzantine et post-byzantine, l’Europe orientale a développé sa physionomie complexe et multiple grâce aussi à son rapport constant et délicat avec les Turcs, ainsi qu’au rôle changeant de rempart de la chrétienté contre l’avancée musulmane, rôle assumé entre autres par les Grecs, les Albanais, les Serbes, les Hongrois, les Polonais, etc. C’est dans ce contexte qu’il faut situer une série significative de ferments, d’actions et de projets de croisade qui – de la fin du Moyen Âge jusqu’aux portes de l’époque contemporaine – ont animé et relié divers acteurs répartis entre la côte dalmate, les Balkans, les régions carpato-danubiennes et les territoires balto-russes, les unissant entre eux, mais aussi avec les cours d’Europe occidentale. C’est précisément cette tendance du phénomène croisé à servir de trait d’union entre les deux parties – occidentale et orientale – du continent européen que l’on souhaite examiner ici, en observant ses multiples déclinaisons (idéologiques, géopolitiques, religieuses, littéraires, etc.).
Explorer ces manifestations hétérogènes du phénomène de la croisade, souvent liées à des logiques instrumentales, nécessite une approche multifocale qui, d’une part, prenne en compte les divers facteurs et dynamiques structurant une réalité mouvante et encore aujourd’hui difficile à définir – justement celle de l’Europe orientale – et, d’autre part, accorde une attention particulière à des conjonctures historiques cruciales, comme la dissolution du Commonwealth byzantin, la guerre de Chypre, la longue guerre austro-turque (Langer Türkenkrieg), les ligues saintes de la fin du XVIIe siècle, ou encore l’intérêt croissant de Moscou pour les territoires balkaniques entre le XVIIe et le XIXe siècle.
Au-delà de la division bien connue entre partisans et adversaires du Turc, la domination et la menace ottomanes avaient suscité une opposition concrète de la part de nombreuses communautés d’Europe de l’Est qui – souvent incitées à la guerre contra infideles par des membres des élites grecques, surtout dans des circonstances favorables comme la bataille de Lépante, les victoires chrétiennes contre la Sublime Porte à la fin du XVIIe siècle, ou encore les conflits russo-turcs – furent à l’origine d’ambassades, d’appels, de projets et de soulèvements à caractère croisé. Parfois, ces expressions du bellum sanctum furent liées aux stratégies et actions anti-ottomanes menées à l’époque moderne par certains princes roumains – tels que Mihai Bravu, Matei Basarab, Vasile Lupu, Constantin Brâncoveanu ou Dimitrie Cantemir – qui surent tirer parti des ferments anti-ottomans des communautés orthodoxes d’Europe orientale, tissant souvent des liens avec les cours catholiques occidentales ou avec celle de Russie.
Moscou, de son côté, avait manifesté un intérêt croissant pour la croisade, perçue par les grands-ducs, puis par les tsars, comme une ressource au service de leurs desseins géopolitiques et idéologiques. La thématique de la confrontation avec l’Empire ottoman avait en outre nourri une intense activité littéraire et culturelle également en Europe orientale, des œuvres d’inspiration byzantine appelant à la libération des Grecs du joug des infidèles jusqu’aux écrits issus du monde slave qui, surtout à partir de la fin du XVIe siècle, confiaient à Moscou la mission de réunir les peuples slaves en renversant la domination ottomane, dans une logique mêlant panslavisme et russophilie.
Bibliographie
Bisaha N., Creating East and West: Renaissance Humanists and the Ottoman Turks, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2006.
Caccamo D., Introduzione alla storia dell’Europa orientale, Roma, Carocci, 2001.
Crusading Ideas and Fear of the Turks in Late Medieval and Early Modern Europe, M. Ressel (ed.), Toulouse, PUM, 2021.
European Regions and Boundaries. A Conceptual History, D. Mishkova – B. Trencsényi (eds.), New York – Oxford, Berghahn, 2017.
Histoire, mémoire et dévotion. Regards croisés sur la construction des identités dans le monde orthodoxe aux époques byzantine et post-byzantine, R. G. Păun (ed.), Seyssel, La Pomme d’Or, 2016.
Hosuley N., The Later Crusades 1274-1580. From Lyons to Alcazar, Oxford, Oxford University Press, 1992.
Ivetic E., I Balcani. Civiltà, confini, popoli, Bologna, il Mulino, 2020.
Ivetic E., Est/Ovest, Bologna, il Mulino, 2022.
Les chrétientés orthodoxes post-byzantines face à l’Europe de la Réforme et des Temps Modernes 1450-1700. Circulations, similitudes, correspondances, S. Frommel – P. Gonneau (eds.), Roma, Campisano, 2023.
L’ombra della Russia sull’Europa centro-orientale, G. Platania (ed.), Viterbo, Sette Città, 2006.
Pellegrini M., La crociata nel Rinascimento. Mutazioni di un mito 1400-1600, Firenze, Le Lettere, 2014.
Pilat L. – Cristea O., The Ottoman Threat and Crusading on the Eastern Border of Christendom during the 15th Century, Leiden-Boston, Brill, 2017.
Pissis N., Russland in den politischen Vorstellungen der griechischen Kulturwelt 1645–1725, Paderborn, Brill Deutschland GmbH, 2020.
Poumarède, G., Pour en finir avec la Croisade. Mythes et réalités de la lutte contre les Turcs aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, PUF, 2004.
Tributaries and Peripheries of the Ottoman Empire, Gábor Kármán (ed.), Leiden-Boston, Brill, 2020.
Across Europe. Crusades and the War against the Turks in Eastern Europe
Between ideologies, politico-religious strategies and cultural representations (15th–19th centuries)
Call for Papers
Electronic journal Histoire culturelle de l’Europe : https://mrsh.unicaen.fr/hce/
Issue edited by Giulio Merlani
Articles can be written in one of the following languages: French, English, Italian, Spanish or German.
Proposals should be sent to: alexandra.merle@unicaen.fr and eric.leroyducardonnoy@unicaen.fr.
– Deadline for submission of contributions: September 1, 2026.
– Articles will undergo a double-blind peer review process, carried out by members of the journal’s scientific committee and editorial board, and possibly by external experts.
– Feedback to authors following peer review: autumn 2026.
– Publication of the issue: late 2026.
Over the past few decades, the phenomenon of the Crusades has attracted considerable interest from international historiography which – thanks in particular to the debates between the so-called ‘traditionalist’ and ‘pluralist’ schools – has highlighted the multifaceted, functional and enduring nature of the bellum sanctum. In addition to demonstrating the long-term nature of the phenomenon, extending well beyond the modern era, researchers have also highlighted its strong correlation with the development of identity-based claims and perceptions within the Christian world, and not only among Catholics. This revival of intertwined rationales, practices and sensibilities had been triggered by fear and antagonism towards the Ottomans, who, at the end of the Middle Ages, had shifted the traditional theatre of confrontation between the Christian and Islamic worlds from the Middle East to the complex context generically referred to as Eastern Europe.
Thus, from around the 15th to the 19th century, the region stretching from the Elbe to the Urals, and from the Baltic to the Aegean – a space characterised by the intertwining of diverse religious, political and cultural elements – had come to occupy a central position within the phenomenon of the Crusades, driven by motivations that combined both material and ideological interests and objectives. Indeed, the discourses and practices of holy war – taking a variety of forms, particularly following the turning point marked by the Turkish conquest of Constantinople – re-emerged not only within an increasingly divided Western European Christendom, but also proved to be alive and persistent in the sensibilities and actions of a multitude of actors on the other side of the Christian world – Eastern Europe, with both Latin and Orthodox traditions – in response to a diverse range of needs and demands keenly felt by a reality situated at the very heart of the precarious balance between the Ottoman and Euro-Christian worlds.
As well as being directly influenced by the Byzantine and post-Byzantine traditions, Eastern Europe developed its complex and multifaceted character thanks also to its constant and delicate relationship with the Turks, as well as to its changing role as a bulwark of Christendom against the Muslim advance, a role assumed, amongst others, by the Greeks, Albanians, Serbs, Hungarians, Poles, etc. It is within this context that we must situate a significant series of stirrings, actions and crusade projects which – from the late Middle Ages right up to the dawn of the modern era – animated and connected various actors spread across the Dalmatian coast, the Balkans, the Carpathian-Danubian regions and the Baltic-Russian territories, uniting them not only with one another but also with the courts of Western Europe. It is precisely this tendency of the Crusader phenomenon to serve as a link between the two parts – Western and Eastern – of the European continent that we wish to examine here, by observing its many manifestations (ideological, geopolitical, religious, literary, etc.).
Exploring these diverse manifestations of the Crusades, which were often driven by self-serving motives, requires a multifaceted approach that, on the one hand, takes into account the various factors and dynamics shaping a shifting reality that remains difficult to define even today – namely that of Eastern Europe – and, on the other hand, pays particular attention to crucial historical junctures, such as the dissolution of the Byzantine Empire, the War of Cyprus, the Long Austro-Turkish War (Langer Türkenkrieg), the Holy Leagues of the late 17th century, and Moscow’s growing interest in the Balkan territories between the 17th and 19th centuries.
Beyond the well-known division between supporters and opponents of the Turks, Ottoman domination and the threat it posed had sparked concrete resistance from many communities in Eastern Europe which – often spurred on to wage war against the infidels by members of the Greek elite, particularly in favourable circumstances such as the Battle of Lepanto, Christian victories against the Sublime Porte in the late 17th century, or the Russo-Turkish conflicts – were the source of embassies, appeals, projects and uprisings of a crusading nature. At times, these expressions of the bellum sanctum were linked to the anti-Ottoman strategies and actions pursued in the modern era by certain Romanian princes – such as Mihai Bravu, Matei Basarab, Vasile Lupu, Constantin Brâncoveanu and Dimitrie Cantemir – who were able to capitalise on the anti-Ottoman sentiment within the Orthodox communities of Eastern Europe, often forging links with Western Catholic courts or with that of Russia.
Moscow, for its part, had shown a growing interest in the crusade, which was seen by the grand dukes, and later by the tsars, as a tool to serve their geopolitical and ideological aims. The theme of the confrontation with the Ottoman Empire had also fuelled intense literary and cultural activity in Eastern Europe, ranging from Byzantine-inspired works calling for the liberation of the Greeks from the yoke of the infidels to writings from the Slavic world which, particularly from the late 16th century onwards, entrusted Moscow with the mission of uniting the Slavic peoples by overthrowing Ottoman rule, in a logic blending Pan-Slavism and Russophilia.
Bibliographie
Bisaha N., Creating East and West: Renaissance Humanists and the Ottoman Turks, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2006.
Caccamo D., Introduzione alla storia dell’Europa orientale, Roma, Carocci, 2001.
Crusading Ideas and Fear of the Turks in Late Medieval and Early Modern Europe, M. Ressel (ed.), Toulouse, PUM, 2021.
European Regions and Boundaries. A Conceptual History, D. Mishkova – B. Trencsényi (eds.), New York – Oxford, Berghahn, 2017.
Histoire, mémoire et dévotion. Regards croisés sur la construction des identités dans le monde orthodoxe aux époques byzantine et post-byzantine, R. G. Păun (ed.), Seyssel, La Pomme d’Or, 2016.
Hosuley N., The Later Crusades 1274-1580. From Lyons to Alcazar, Oxford, Oxford University Press, 1992.
Ivetic E., I Balcani. Civiltà, confini, popoli, Bologna, il Mulino, 2020.
Ivetic E., Est/Ovest, Bologna, il Mulino, 2022.
Les chrétientés orthodoxes post-byzantines face à l’Europe de la Réforme et des Temps Modernes 1450-1700. Circulations, similitudes, correspondances, S. Frommel – P. Gonneau (eds.), Roma, Campisano, 2023.
L’ombra della Russia sull’Europa centro-orientale, G. Platania (ed.), Viterbo, Sette Città, 2006.
Pellegrini M., La crociata nel Rinascimento. Mutazioni di un mito 1400-1600, Firenze, Le Lettere, 2014.
Pilat L. – Cristea O., The Ottoman Threat and Crusading on the Eastern Border of Christendom during the 15th Century, Leiden-Boston, Brill, 2017.
Pissis N., Russland in den politischen Vorstellungen der griechischen Kulturwelt 1645–1725, Paderborn, Brill Deutschland GmbH, 2020.
Poumarède, G., Pour en finir avec la Croisade. Mythes et réalités de la lutte contre les Turcs aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, PUF, 2004.
Tributaries and Peripheries of the Ottoman Empire, Gábor Kármán (ed.), Leiden-Boston, Brill, 2020.
Les savoirs empêchés. Censures épistémiques, invisibilisations et production de l’ignorance en Europe (XVIe-XXIe siècle)
Appel à contributions
Revue électronique Histoire culturelle de l’Europe : https://mrsh.unicaen.fr/hce/
Dossier dirigé par Mickaël Popelard (Université de Caen Normandie)
Les articles seront rédigés dans l’une des langues suivantes : français, anglais, italien, espagnol, allemand.
Les propositions seront envoyées à : alexandra.merle@unicaen.fr et eric.leroyducardonnoy@unicaen.fr.
– Date limite de propositions : 1er octobre 2026
– Date limite de soumission de la contribution : 1er mars 2027.
– Les articles seront soumis à une double évaluation anonyme (peer review), confiée aux membres du comité scientifique et du comité de lecture de la revue, et éventuellement à des experts extérieurs.
– Retour aux auteurs après expertise anonyme : juillet 2027.
– Publication du numéro : automne 2027.
L’histoire de la censure en Europe a longtemps été étudiée à travers ses institutions, ses dispositifs juridiques et ses pratiques répressives : Index des livres interdits, censures royales, contrôles ecclésiastiques et inquisitoriaux, surveillance des imprimés, régulation des médias ou encore surveillance et sélection des productions artistiques. Depuis plusieurs décennies, les recherches ont cependant déplacé le regard, en explorant par exemple les contours de l’autocensure, et en abordant des formes plus diffuses et moins visibles de limitation de l’expression et de la circulation des idées.
Dans ce contexte, la notion de « censure épistémique » invite à renouveler profondément l’étude des rapports entre pouvoir et savoir. Elle ne désigne pas seulement l’interdiction explicite d’un discours, mais l’ensemble des mécanismes qui contribuent à rendre certaines connaissances inaudibles, invisibles, illégitimes, ou impossibles à produire. Il s’agit alors moins d’interroger les savoirs censurés que les savoirs empêchés : ceux qui n’accèdent pas à la reconnaissance institutionnelle, qui disparaissent des archives, qui restent exclus des canons savants ou qui sont relégués aux marges des espaces de légitimation.
L’objectif de ce numéro est d’explorer les multiples formes de ces empêchements dans une perspective européenne de longue durée, du XVIe siècle à nos jours. Cette approche entend mettre en dialogue l’histoire de la censure, l’histoire des savoirs, l’histoire des sciences, la sociologie de la connaissance, les études de genre, les études postcoloniales, les sciences de l’information et les humanités numériques.
Une attention particulière sera portée aux processus de sélection, de hiérarchisation et d’exclusion qui président à la production des connaissances. Les contributions pourront ainsi s’intéresser aux acteurs, aux institutions, aux pratiques et aux dispositifs qui contribuent à définir ce qui peut être reconnu comme savoir légitime.
Parmi les axes susceptibles d’être explorés figurent notamment :
– Les savoirs marginalisés, disqualifiés ou empêchés : savoirs populaires, vernaculaires, artisanaux, féminins, religieux ou minoritaires ;
– Les mécanismes d’invisibilisation : oubli, silence, non-publication, non-traduction, destruction ou absence d’archivage ;
– Les institutions savantes et leurs frontières : universités, académies, sociétés savantes, comités éditoriaux, agences de financement ;
– Les langues du savoir et les hiérarchies linguistiques dans l’Europe moderne et contemporaine ;
– Les rapports entre genre, autorité intellectuelle et légitimité scientifique ;
– Les savoirs produits dans les périphéries européennes et leurs conditions d’accès aux espaces centraux de reconnaissance ;
– Les politiques documentaires, archivistiques et patrimoniales comme lieux de sélection et d’exclusion des connaissances ;
– Les formes historiques de production de l’ignorance (agnotologie) et leurs usages politiques, religieux, scientifiques ou économiques ;
– Les transformations contemporaines des censures épistémiques à l’ère numérique : algorithmes, plateformes, numérisation sélective des corpus, visibilité des connaissances en ligne ;
– Les approches comparatives et transnationales permettant de mettre en évidence les circulations européennes des pratiques de légitimation et d’exclusion des savoirs.
En privilégiant les notions de « savoirs empêchés », d’« invisibilisation » et de « production de l’ignorance », ce volume entend contribuer à une histoire européenne des conditions de possibilité du savoir. Il s’agira moins de recenser les discours interdits que d’analyser les mécanismes, souvent discrets, qui façonnent les frontières du connaissable et déterminent ce qui peut être transmis, conservé et reconnu comme savoir légitime.
Bibliographie sélective
Albisson Mathilde, Le livre en procès : les nouveaux enjeux de la censure inquisitoriale dans l’Espagne du XVIIe siècle, thèse Sorbonne Nouvelle, 2020. Publiée en espagnol sous le titre El proceso al libro. La censura inquisitorial en la España del siglo XVII, Madrid, Cátedra, 2024.
Autocensura e historiografía en tiempos de los Austrias, dossier publié dans la revue Manuscrits. Revista d’Història Moderna, 35, 2017 (coord. Cesc Esteve)
The Routledge Companion to Freedom of Expression and Censorship (dir. John Steel & Julian Petley), Routledge (collection Media and Cultural Studies Companions), 2009 (2023).
Bachert-Peretti, Audrey, « Liberté académique et pressions politiques aux États-Unis : entre silence et violence, l’université sous tension ». Revue du droit public et de la science politique en France et à l’étranger, n° 4 (2024), p. 5-9. https://hal.science/hal-04943755.
Bachleitner Norbert, Die literarische Zensur in der Habsburgermonarchie von 1751 bis 1848, Böhlau, 2027.
Badouard, Romainn « Réseaux sociaux : les nouveaux chemins de la censure », Mouvements, 112 (4), 2022, p. 37-146. https://doi.org/10.3917/mouv.112.0137.
Chamelot, Fabienne, « Secrets d’archives coloniales ou gouvernement en perte de contrôle ? Retour sur l’IGI 1300 », Critique d’art. Actualité internationale de la littérature critique sur l’art contemporain, n° 58 (juin 2022), p. 136-156. https://journals.openedition.org/critiquedart/91854.
Darnton Robert et Roche Daniel, Censorship and Cultural Regulation in the Modern Age, OUP, 2004.
Donato, Maria Pia (dir.), Medicine and the Inquisition in the Early Modern World, Brill, 2019.
Esteve, Cesc (dir.), Disciplining History: Censorship, Theory and Historical Discourse in Early Modern Spain, Peter Lang, 2018.
Koselleck, Reinhart, Le Règne de la critique (1959 ; trad. fr., Minuit, 1979).
Lavie, François, « Le tribunal du rire. L’Inquisition et la censure de la facétie dans l’Italie post-tridentine (vers 1550-1650) », Revue historique 2020/1 n° 693, Presses Universitaires de France, p. 131-166.
Martin, Laurent, Histoire de la censure en France. Presses Universitaires de France, 2022. https://doi.org/10.3917/puf.marti.2022.01.
Martin, Vincent P., Fort Karën et Micoulaud-Franchi, Jean-Arthur, « Latrumplang, instrument de destruction de la pensée : analyse de l’impact de la censure trumpiste sur la recherche en santé mentale », Actes de la 32ème Conférence sur le Traitement Automatique des Langues Naturelles (TALN), volume 1 : articles scientifiques originaux, pp. 477-487, Marseille, France. ATALA \\& ARIA, 2025. https://aclanthology.org/2025.jeptalnrecital-taln.29/
Schnitzler, Laurence, « Cancel culture : une nouvelle censure ? Rétrospective sur une guerre idéologique ». Plasticité. Revue d’étude des poétiques et pratiques de la plasticité dans la littérature et dans les arts, n° 6 (juin 2025). http://interfas.univ-tlse2.fr/plasticite/1138.
Tarrant Neil, Giambattista Della Porta and the Roman Inquisition: censorship and the definition of Nature's limits in sixteenth-century Italy, Published online by Cambridge University Press: 31 August 2012.
Winkelbauer Thomas, Die Habsburger Monarchie (1526-1918) als Gegenstand der modernen Historiographie, Böhlau, 2022.
Wögerbauer Michael, Pavel Janáček, Vítězslav Sommer, Petr Píša, Press Freedom and Censorship in the Habsburg Monarchy, 1848–1918, Böhlau, 2018.
Silenced Knowledge: Epistemic Censorship, Invisibilisation and the Production of Ignorance in Europe (16th–21st Centuries)
Call for Papers
Electronic journal Histoire culturelle de l’Europe : https://mrsh.unicaen.fr/hce/
Issue edited by Mickaël Popelard (Issue edited by )
Les articles seront rédigés dans l’une des langues suivantes : français, anglais, italien, espagnol, allemand.
Les propositions seront envoyées à : alexandra.merle@unicaen.fr et eric.leroyducardonnoy@unicaen.fr.
– Deadline for proposals: October 1, 2026
– Deadline for submission of the full paper: March 1st, 2027.
– Articles will undergo a double-blind peer review process, carried out by members of the journal’s scientific committee and editorial board, and possibly by external experts.
– Feedback to authors following anonymous review:: July 2027.
– Publication of the issue: autumn 2027.
The history of censorship in Europe has long been studied through its institutions, legal frameworks and repressive practices: indexes of banned books, royal censorship, ecclesiastical and inquisitorial controls, monitoring of printed matter, media regulation, and the monitoring and selection of artistic works. In recent decades, however, research has shifted its focus, exploring, for example, the contours of self-censorship and addressing more diffuse and less visible forms of restriction on expression and the circulation of ideas.
In this context, the concept of ‘epistemic censorship’ calls for a profound renewal of the study of the relationship between power and knowledge. It refers not only to the explicit prohibition of a discourse, but to the whole range of mechanisms that contribute to rendering certain knowledge inaudible, invisible, illegitimate, or impossible to produce. The focus is therefore less on questioning censored knowledge than on knowledge that is prevented: that which does not gain institutional recognition, which disappears from the archives, which remains excluded from scholarly canons, or which is relegated to the margins of spaces of legitimation.
The aim of this issue is to explore the many forms these obstacles have taken from a long-term European perspective, from the 16th century to the present day. This approach seeks to bring together the history of censorship, the history of knowledge, the history of science, the sociology of knowledge, gender studies, postcolonial studies, information science and the digital humanities.
Particular attention will be paid to the processes of selection, prioritisation and exclusion that govern the production of knowledge. Contributions may thus focus on the actors, institutions, practices and mechanisms that help to define what can be recognised as legitimate knowledge.
Among the areas likely to be explored are, in particular:
– Marginalised, discredited or silenced forms of knowledge: popular, vernacular, artisanal, female, religious or minority knowledge;
– Mechanisms of invisibilisation: oblivion, silence, non-publication, non-translation, destruction or lack of archiving;
– Scholarly institutions and their boundaries: universities, academies, learned societies, editorial boards, funding agencies;
– The languages of knowledge and linguistic hierarchies in modern and contemporary Europe;
The relationships between gender, intellectual authority and scientific legitimacy;
– Knowledge produced in the European peripheries and the conditions under which it gains access to central spaces of recognition;
Documentary, archival and heritage policies as sites of selection and exclusion of knowledge;
– Historical forms of the production of ignorance (agnotology) and their political, religious, scientific or economic uses;
– Contemporary transformations of epistemic censorship in the digital age: algorithms, platforms, selective digitisation of corpora, visibility of knowledge online;
– Comparative and transnational approaches highlighting the circulation across Europe of practices of legitimising and excluding knowledge.
By focusing on the concepts of ‘suppressed knowledge’, ‘invisibilisation’ and ‘the production of ignorance’, this volume aims to contribute to a European history of the conditions under which knowledge is possible. The aim is not so much to catalogue forbidden discourses as to analyse the often subtle mechanisms that shape the boundaries of the knowable and determine what can be transmitted, preserved and recognised as legitimate knowledge.
Selected bibliography
Albisson Mathilde, Le livre en procès : les nouveaux enjeux de la censure inquisitoriale dans l’Espagne du XVIIe siècle, thèse Sorbonne Nouvelle, 2020. Publiée en espagnol sous le titre El proceso al libro. La censura inquisitorial en la España del siglo XVII, Madrid, Cátedra, 2024.
Autocensura e historiografía en tiempos de los Austrias, dossier publié dans la revue Manuscrits. Revista d’Història Moderna, 35, 2017 (coord. Cesc Esteve)
The Routledge Companion to Freedom of Expression and Censorship (dir. John Steel & Julian Petley), Routledge (collection Media and Cultural Studies Companions), 2009 (2023).
Bachert-Peretti, Audrey, « Liberté académique et pressions politiques aux États-Unis : entre silence et violence, l’université sous tension ». Revue du droit public et de la science politique en France et à l’étranger, n° 4 (2024), p. 5-9. https://hal.science/hal-04943755.
Bachleitner Norbert, Die literarische Zensur in der Habsburgermonarchie von 1751 bis 1848, Böhlau, 2027.
Badouard, Romainn « Réseaux sociaux : les nouveaux chemins de la censure », Mouvements, 112 (4), 2022, p. 37-146. https://doi.org/10.3917/mouv.112.0137.
Chamelot, Fabienne, « Secrets d’archives coloniales ou gouvernement en perte de contrôle ? Retour sur l’IGI 1300 », Critique d’art. Actualité internationale de la littérature critique sur l’art contemporain, n° 58 (juin 2022), p. 136-156. https://journals.openedition.org/critiquedart/91854.
Darnton Robert et Roche Daniel, Censorship and Cultural Regulation in the Modern Age, OUP, 2004.
Donato, Maria Pia (dir.), Medicine and the Inquisition in the Early Modern World, Brill, 2019.
Esteve, Cesc (dir.), Disciplining History: Censorship, Theory and Historical Discourse in Early Modern Spain, Peter Lang, 2018.
Koselleck, Reinhart, Le Règne de la critique (1959 ; trad. fr., Minuit, 1979).
Lavie, François, « Le tribunal du rire. L’Inquisition et la censure de la facétie dans l’Italie post-tridentine (vers 1550-1650) », Revue historique 2020/1 n° 693, Presses Universitaires de France, p. 131-166.
Martin, Laurent, Histoire de la censure en France. Presses Universitaires de France, 2022. https://doi.org/10.3917/puf.marti.2022.01.
Martin, Vincent P., Fort Karën et Micoulaud-Franchi, Jean-Arthur, « Latrumplang, instrument de destruction de la pensée : analyse de l’impact de la censure trumpiste sur la recherche en santé mentale », Actes de la 32ème Conférence sur le Traitement Automatique des Langues Naturelles (TALN), volume 1 : articles scientifiques originaux, pp. 477-487, Marseille, France. ATALA \\& ARIA, 2025. https://aclanthology.org/2025.jeptalnrecital-taln.29/
Schnitzler, Laurence, « Cancel culture : une nouvelle censure ? Rétrospective sur une guerre idéologique ». Plasticité. Revue d’étude des poétiques et pratiques de la plasticité dans la littérature et dans les arts, n° 6 (juin 2025). http://interfas.univ-tlse2.fr/plasticite/1138.
Tarrant Neil, Giambattista Della Porta and the Roman Inquisition: censorship and the definition of Nature's limits in sixteenth-century Italy, Published online by Cambridge University Press: 31 August 2012.
Winkelbauer Thomas, Die Habsburger Monarchie (1526-1918) als Gegenstand der modernen Historiographie, Böhlau, 2022.
Wögerbauer Michael, Pavel Janáček, Vítězslav Sommer, Petr Píša, Press Freedom and Censorship in the Habsburg Monarchy, 1848–1918, Böhlau, 2018.


