
Photo : Droits réservés (F. Roland-Jacquelin)
GRANGER Jean-Pierre
Né le 9 octobre 1896 à Macé (Orne) ; domicilié à Macé ; déporté le 12 mai 1944 à Buchenwald ; décédé le 8 avril 1945 à Wintermoor (Allemagne).
GRANGER Jean-Pierre // Naissance : 9-10-1896 à Macé (Orne) ; Domicile : Macé-par-Sées Orne () ; Repression : Déporté le 12-5-1944 à ; 8-4-1945 à Wintermoor (NA) ; Décédé
Le 3 janvier 1944, Jean-Pierre Granger, cultivateur et figure emblématique de la commune
de Macé, est arrêté à son domicile par la Sipo-SD après avoir été dénoncé par son employée de maison interpellée peu avant. Ce même
jour, Raymond Lefèvre
, Marcel Morin
et René Fossey
, membres du BOA comme Jean-Pierre Granger, sont appréhendés et conduits à la caserne
Bonet à Alençon.
Jean-Pierre Granger naît à la ferme familiale située au village de la Métairie à Macé. Son père, Ernest-Henri Granger, journaliste et publiciste ayant rejoint les rangs du mouvement socialiste, s’illustre sous le Second Empire aux côté de Louis Blanqui. En 1871, il participe à la Commune de Paris mais il doit s’exiler à Londres après la répression du mouvement. De retour en 1880, il fonde avec Édouard Vaillant le Comité révolutionnaire central (CRC). Il participe à l’aventure boulangiste et est élu député de la Seine (1889-1893). Discrédité par son soutien au général Boulanger, il se retire après 1893 à Macé. Sa femme, de 25 ans sa cadette, déclare être sans profession à la naissance de son fils Jean-Pierre Granger.
Ce dernier déclare la profession de cultivateur lorsqu’il est incorporé, le 8 avril 1915, au 119ème régiment d’infanterie avant d’être affecté au 27ème en décembre 1915, puis au 156ème huit mois plus tard. Le 29 avril 1918, Jean-Pierre Granger est blessé lors des combats du Mont-Kemmet en Belgique, puis de nouveau, le 6 juillet 1918 à Château-Thierry (Aisne), après avoir été touché par des éclats d’obus. Sa bravoure au combat lui vaut une citation à l’ordre du régiment en mars 1918. Démobilisé en août 1919, il est de retour à la ferme familiale. Le 14 avril 1925, il se marie à Pithiviers (Loiret) avec Raymonde, Marie, Lucie Loiseau et trois enfants naîtront de leur union : Janice en 1926, André en 1928 et Simone en 1935.
Profondément marqué par les récits de lutte politique de son père, Jean-Pierre Granger épouse les idées socialistes et s’investit dans la vie publique. Il est élu conseiller municipal de Macé en 1921 puis en devient le maire entre 1930 et 1941. Il œuvre aussi à la création des Mutuelles du Mans et au développement du Crédit agricole. En 1937, il devient président du comité de défense paysanne, organisation de gauche qui veut regrouper les tous les acteurs du monde agricole.
En mars 1943, Jean-Pierre Granger et son épouse entrent en résistance au sein du réseau BOA de la région « M » (Normandie, Bretagne, Anjou). Il participe alors, sous la direction de Roger Denormandie et de Victor Chevreuil, à la réception des armes parachutées sur les terrains « Orage » et « Lapin » et assure leur transport vers des dépôts clandestins. Il œuvre également à l’hébergement des réfractaires au STO à la recherche de lieux de camouflage. Des archives postérieures au conflit indiquent son appartenance à un groupe de FTP de Macé.
Après son arrestation et son internement à la caserne Bonet à Alençon, Jean-Pierre Granger est transféré à partir du 21 mars au château des Ducs puis, le 12 avril, au camp de Royallieu à Compiègne (mle 31 914). Un mois plus tard, il est déporté dans un convoi de 2 037 hommes, avec ses camarades Raymond Lefèvre, Marcel Morin et René Fossey au camp de Buchenwald où il arrive le 14 mai. Après une mise en quarantaine au camp des tentes du Petit camp, il est envoyé au terrible Tunnel de Dora avec 308 autres déportés de France, puis, à une date indéterminée, au Kommando d’Harzungen où les détenus sont chargés des travaux de creusement au chantier B3. Très affaibli et souffrants d’œdèmes et de phlegmons, Jean-Pierre Granger est dirigé en décembre 1944 vers le Revier du camp de Buchenwald. Le 3 mars 1945, il est transféré vers la Boelcke Kaserne à Nordhausen. Trois jours plus tard, il est placé dans un convoi de 2 252 malades, parmi lesquels Raymond Lefèvre, à destination du KL de Bergen-Belsen. Il serait décédé dans ce train en gare de Wintermoor le 8 avril 1945. D’après la mention marginale annotée sur son acte de naissance le 27 septembre 1946, la date administrative de son décès a d’abord été fixée au 28 février 1945 à « Wintermosw » en Allemagne.
Le nom de Jean-Pierre Granger figure sur le monument aux morts de Macé et une rue de la commune a été rebaptisée en son nom. Le 23 juin 1946, une plaque commémorative a été apposée dans la salle des mariages de la mairie de Macé.
Sources : Archives Arolsen ; SHD-Caen : 21 P 458 244 ; AD 61 : 3NUMECEC240/3E2_240_28, R 1256, R 1258 ; F. Roland-Jacquelin, biographie des victimes de l’Occupation allemande de 1939 à 1944, 1948, p.16 ; Le Livre des déportés de France à Mittelbau-Dora, p. 1014 ; AERI, La Résistance dans l’Orne, cédérom ; asso-buchenwald-dora.com, memorialgenweb.org
Sébastien Beuchet
Mots-clés :
- 9-10-1896
- Macé, Orne
- Macé-par-Sées, Orne
- 3-1-1944
- Macé-par-Sées, Orne
- Alençon, Orne
- Compiègne, Royallieu, Oise (31914)
- Buchenwald (52351)
- Dora (52351)
- HARZUNGEN (52351)
- 8-4-1945
- Wintermoor




