
Photo : Archives MRDN
MARIÉ Marcel, Édouard, Charles
Né le 19 mai 1906 à Paris (Seine), domicilié à Épinay-sur-Odon (Calvados) ; exécuté à Caen (Calvados), le 6 juin 1944.
MARIÉ Marcel, Édouard, Charles // Naissance : 19-5-1906 à Paris (Seine) ; Domicile : Epinay-sur-Odon Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Fils d’un couple de charcutiers parisiens établis dans le 12e arrondissement, Marcel Marié n’a qu’une sœur, Suzanne, née en 1901. Après un déménagement à Meaux (Seine-et-Marne), la famille part s’installer en Normandie, à Épinay-sur-Odon. Louis, le père de famille, souhaite se reconvertir dans l’agriculture. Après avoir travaillé pendant près de trois ans comme employé de laiterie, il achète, en 1925, une belle exploitation agricole située au hameau des Épars, et se lance dans l’élevage laitier. Marcel s’adapte bien à cette nouvelle vie et participe aux travaux de la ferme, jusqu’à son départ pour le service militaire. Incorporé dans l’infanterie de marine, il passe deux ans sous les drapeaux. Au cours des années 1930, le père et le fils développent les productions de la ferme au point de devoir embaucher jusqu’à neuf ouvriers agricoles en 1936. À la veille de la guerre, les Marié font partie des agriculteurs les plus aisés de la commune.
À la mobilisation, le fils doit rejoindre une unité d’infanterie, le 622e régiment de pionniers coloniaux (622e RPC), à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). Le régiment est d’abord dirigé sur la Lorraine,
puis il participe aux combats d’Argonne en juin 1940. Le sous-officier Marié, y gagne
ses galons d’officier. Le 622e RPC est capturé par les Allemands près de Vaudémont (Meurthe-et-Moselle), le 21 juin
1940, mais le sous-lieutenant Marié parvient à s’échapper et à se faire démobiliser
en juillet. Vers la fin du mois de mars 1943, il reçoit la visite de Jean Le Baron
, agent d’assurance à Villers-Bocage qu’il connaît depuis près de quinze ans. Celui-ci
appartient au réseau de renseignement Alliance qui travaille pour les Anglais. L’organisation est localement dirigée par Jean Caby
, commerçant en articles de radio-électricité à Villers-Bocage. Marcel Marié le connaît
bien également. Convaincu, l’agriculteur d’Épinay-sur-Odon accepte d’apporter son
aide. Mais les mois passent et l’espoir d’une libération proche s’amenuise. L’arrestation
de Caby, le 17 mars 1944, plonge les membres du réseau dans la stupeur et une folle
inquiétude. Le 4 mai, la Gestapo procède à une rafle qui affecte de nombreux agents du Bessin parmi lesquels Marcel
Marié. Conduit à Caen où il subit plusieurs interrogatoires, il est incarcéré à la
maison d’arrêt. Le 6 juin, il est exécuté, avec 72 autres prisonniers, dont la presque
totalité des agents du réseau Alliance du Calvados.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Vincennes :GR28P3/71 ; Archives de Paris, 1906, naissances, 12e arrondissement, 12N/216 ; fiche matricule militaire de Marié Louis, n°4069, D4R1/944 ; AD 77 : Meaux, recensement 1911, 10M/448 ; AD14 : Epinay-sur-Odon, recensements 1926-1936 ; matrices cadastrales des propriétés bâties et non bâties, 3P-3861-3863 ; G. Caraes, Le réseau Alliance, 2021 ; J. Vico et Jean Quellien, Massacres nazis. Les fusillés de la prison de Caen, 2004
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 19-5-1906
- Paris, Seine
- Epinay-sur-Odon, Calvados
- 4-5-1944
- Epinay-sur-Odon, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




