
Photo : SHD-Caen
RENOUF Désiré, Auguste, Bienaimé
Né le 9 février 1926 à Caen (Calvados), domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.
RENOUF Désiré, Auguste, Bienaimé // Naissance : 9-2-1926 à Caen (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Comme son homologue Louis Renouf
, avec lequel il n’entretient aucun lien de parenté, Désiré Renouf est lui aussi issu
d’une famille nombreuse. Il appartient à une fratrie de huit enfants où dominent les
filles, au nombre de six. Son père, Désiré Auguste Bienaimé, alors mobilisé sur le
front de Verdun, a épousé, à l’occasion d’une permission, Alexandrine Dutot, à Barneville-sur-Mer
(Manche), le 17 octobre 1916. L’aînée de la famille, Marie Elisabeth, venue au monde
le 4 mars 1918, est la seule des huit enfants Renouf née dans la Manche. Son frère
Lucien et ses deux sœurs Gisèle et Jacqueline qui l’ont immédiatement suivi sont nés
à Serquigny (Eure), de 1920 à 1924, où leur père travaille comme manœuvre à la Compagnie
des chemins de fer de l’État. En 1925, toute la famille déménage à Caen, rue Joyeuse.
Désiré Renouf père occupe désormais le poste mieux rémunéré de chauffeur au dépôt
de la gare de Caen. C’est dans cette maison que Désiré Auguste, le cinquième enfant
de la famille, voit le jour au milieu de l’hiver 1925-1926. Avec la naissance de Jeannine
en 1929, un logement plus grand devient nécessaire. La famille déménage alors rue
Edmond Bocca. La famille s’agrandit à nouveau avec la naissance de Josette et Monique,
deux jumelles nées en 1932.
Dans ce contexte familial où l’entraide n’est pas un vain mot, Désiré Renouf grandit
et se rend bientôt à l’école publique du boulevard Leroy nouvellement construite.
À 14 ans, il entre en apprentissage, mais ce n’est que quatre ans plus tard, en février
1944, qu’il parvient à se faire engager comme manœuvre auxiliaire au dépôt SNCF de
la gare de Caen. Dans un milieu très hostile aux occupants allemands, le jeune homme
partage les mêmes opinions que nombre de ses collègues de travail. A-t-il rejoint
l’un des groupes de résistance du Front national ? Les archives ne permettent pas
de l’affirmer. Mais très proche de certains jeunes cheminots du dépôt engagés dans
la Résistance, comme Michel Boutrois
, d’un an son aîné, il est permis de le penser.
Le 15 mai 1944, il est arrêté sur le pont de Vaucelles, au moment où la Gestapo procède à une opération d’envergure dans tout le quartier où vivent de nombreux cheminots.
La rafle intervient à la suite d’un spectaculaire sabotage réalisé par deux résistants
du dépôt, Jean Le Moal et Achille Boutrois
, le frère aîné de Michel, qui a eu pour conséquences la mise hors service de deux
locomotives, et le blocage de gros matériels comme la plaque tournante ou le pont
transbordeur. Désiré Renouf est parfaitement au courant de ce qui s’est passé et il
fait très vite le lien entre le sabotage et la rafle. Il parvient cependant à échapper
à l’Allemand qui l’a interpellé, mais s’enfuyant par la rue de l’Arquette, il tombe
sur deux autres militaires en arme qui lui barrent le chemin. Emmené menotté au siège
de la Gestapo avec tous ceux qui ont été arrêtés ce jour-là, le jeune homme est tabassé tout au
long de son interrogatoire. Incarcéré à la maison d’arrêt, rue du général Duparge,
il partage une cellule du troisième étage du quartier allemand de la prison avec deux
autres prisonniers qu’il ne connaît pas. Le 6 juin 1944, Désiré Renouf meurt sous
les balles allemandes, exécuté dans une des courettes-promenoirs de la prison, comme
72 autres prisonniers.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie, 2004 ; T. Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression, 1940-1945, p. 1262
Sources : SHD-Caen : 21P530 414 ; AD14, : EC, naissances, TD, 1923-1932, recensements, Caen-est, 1926-1936 ; 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944,
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 9-2-1926
- Caen, Calvados
- Caen, Calvados
- 15-5-1944
- Caen, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




