Des seigneurs naturels aux rois élus. Les souverains mythiques polonais dans l’historiographie médiévale (xiie-xive siècle)
Résumé
Cet article se focalise sur les figures mythiques de Piast, un laboureur, et de Siemowit, son fils, élu prince de la Pologne à la suite d’évènements miraculeux ayant lieu dans la ville de Gniezno, tels que narrés par Gallus Anonymus (vers 1113). Dans la chronique de Vincent Kadłubek (début du xiiie siècle), un souverain bien plus ancien apparaît : Krak, latinisé en Graccus, qui fonde la communauté polonaise et la ville de Cracovie. Ces souverains mythiques et leurs prises de pouvoir sont ensuite réécrits, à la faveur d’une nouvelle représentation du pouvoir au xive siècle et d’une nouvelle situation politique et sociale. La culture du pouvoir change, mais, en même temps, la permanence d’une tradition ancienne conserve les grandes lignes du récit, signe du développement et de la préservation d’une conscience historique.
Abstract
This article focuses on the first rulers of Poland, Piast, a ploughman, and Siemowit, his son, who becomes the duke of Poland after a miraculous story taking place in Gniezno, as recounted by Gallus Anonymous (vers 1113). In Vincent Kadlubek’s chronicle (13th century), there is an even older prince – Krak, in latin Graccus – who appears as a true founding hero, creating a polish community and the city of Cracow. These tales are then rewritten in the 14th century, showing that a new idea of rulership emerges, as well as a new political and social situation. Even as the culture of power changes, the tradition of Poland’s first mythical princes and kings is preserved in the chronicles, showing that a Polish historical consciousness is growing and spreading.
Table des matières
Texte intégral
Les études sur la mémoire collective et les réécritures des chroniques médiévales continuent de renouveler la manière d’appréhender les sources historiographiques1. En Pologne, plusieurs travaux ont ainsi permis de mieux comprendre le poids de certains évènements, comme le baptême de Mieszko, premier duc polonais chrétien, en 966 ou encore la convention de Gniezno, en l’an mil entre l’empereur Otton III et Boleslas le Vaillant (992-1025). Cet intérêt se porte également sur les mythes d’origine. Aujourd’hui, l’historiographie ne relègue plus au rang de « fable » ou de « conte » ces récits, comme le faisait la critique positiviste de la fin du xixe et de la première moitié du xxe siècle2. Plutôt que de s’intéresser à la réalité de ces épisodes, on tend à souligner leur portée propre : un discours des origines, fondant une communauté, représentant une forme d’état idéal auquel il convient de revenir3.
Les historiens du Moyen âge n’avaient pas toujours en tête nos catégories conceptuelles – la distinction nette entre l’histoire réelle et le récit mythique. Une des divisions les plus communément admises est celle entre le passé païen et l’histoire chrétienne, mais elle n’est pas tout à fait pertinente non plus4. De manière générale, leur rapport avec la vérité est plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord5.
La mémoire de l’origine des souverains polonais est fixée en deux temps. Les débuts de la dynastie des Piast sont narrés par Gallus Anonymus, un étranger à la cour du duc Boleslas III Bouche-Torse (1085-1138). Cette dynastie règne sur la Pologne et sur ses principautés pendant quasiment toute la période considérée : du xe siècle à 1370. Le laboureur Piast et son fils Siemowit sont les premiers représentants mythiques de cette lignée, reflétant probablement certaines traditions locales. Au tournant du xiie et du xiiie siècle, le chroniqueur polonais Vincent Kadłubek, d’une grande érudition, ajoute à la narration de Gallus Anonymus un cycle mythique précédant la prise de pouvoir des Piast. Siemowit n’est plus alors le premier souverain, mais doit laisser l’antériorité à Graccus/Krak, héros fondateur et premier monarque de la Pologne antique. Ces deux récits forment alors le noyau dur de toute l’historiographie médiévale polonaise, correspondant à deux commencements différents, mais liés par une même logique6.
Les évolutions politiques et sociales se traduisent par de nouvelles interprétations : l’objet de cette étude est d’analyser à la fois ces débuts monarchiques comme porteurs d’une culture du pouvoir particulière, tandis que les réécritures témoignent d’une nouvelle culture politique et intellectuelle d’une part, et du développement d’une conscience historique d’autre part7. Le corpus analysé comprend, en plus des deux chroniques susnommées, la Chronique polono-silésienne des années 1280, la Chronique de Dzierzwa du début du xive siècle et la Chronique de Grande Pologne de la seconde moitié du xive siècle.
Ces récits nous permettent de mieux comprendre les représentations des contemporains sur le pouvoir monarchique. Il faut être toutefois prudent et ne pas tomber dans l’historicisme : si ces épisodes sont remodelés à la faveur des situations politiques, on ne peut les voir seulement comme le produit d’un contexte historique particulier. Chaque chroniqueur doit en effet faire avec l'histoire léguée par ces prédécesseurs, et avec sa propre culture intellectuelle.
Fixer une mémoire des origines du pouvoir : Gallus Anonymus (début xiie siècle) et Vincent Kadłubek (début xiiie siècle)
Des origines humbles. Dans la chaumière du laboureur Piast
Le récit de Gallus Anonymus ne comporte pas d’origo gentis des Polonais, seulement l’origine de la dynastie au pouvoir. Rien ne permet d’affirmer qu’il le fait par ignorance. En effet, son intention « est d’évoquer la Pologne et en particulier le duc Boleslas, et de narrer les hauts faits de ses prédécesseurs dignes d’être remémorés »8.
Son plan esquissé, la chronique débute par la chute d’un mauvais prince et l’avènement d’une dynastie, destinée à régner sur la Pologne jusqu’aux temps contemporains de l’auteur, c’est-à-dire ceux de Boleslas III Bouche-Torse (1085-1138). Sa légitimité a pu être remise en question. En effet, dans un long conflit avec son demi-frère Zbigniew, Boleslas III finit par le faire aveugler. Pour expier ses fautes, il effectue une pénitence spectaculaire à Gniezno, sa capitale, là précisément où tout a commencé.
Dans un temps lointain et mythique, deux mystérieux voyageurs arrivent à Gniezno, demandant l’hospitalité au duc Popiel, qui organise alors un banquet pour la tonsure de ses deux fils9. Non seulement le duc refuse de les accueillir, mais ils sont même expulsés de la ville. Seul un pauvre laboureur, du nom de Piast, les reçoit dans sa modeste chaumière, alors qu’il prépare lui aussi une collation pour la tonsure de son fils, Siemowit. Un miracle intervient : les verres des invités de Piast se remplissent dès qu’ils sont bus, tandis que la boisson se tarit chez le duc Popiel. Le maigre porcelet préparé par Piast suffit même à remplir dix seaux. Face à l’abondance, les invités du duc – et Popiel lui-même – s’invitent chez Piast, qui les accueille de bon gré. Popiel procède alors à la tonsure de Siemowit, le fils du laboureur10.
Cependant, Siemowit n’obtient pas tout de suite le pouvoir : ce n’est qu’en grandissant que le « roi des rois, le duc des ducs », par l’assentiment général (concorditer), fait de Siemowit le nouveau prince de la Pologne. Popiel, comme « le racontent certains vénérables anciens », est expulsé du « royaume » (a regno expulsus) – ainsi que ses enfants – et finit même dévoré par une horde de souris sur une île inconnue.
Le récit de Gallus Anonymus comporte tous les aspects du mythe païen christianisé. Les historiens l’ont analysé à la lumière de ces deux aspects. En effet, le motif du pauvre laboureur aux origines humbles est commun à de nombreux mythes11. Si Piast obtient le pouvoir pour sa descendance, c’est que contrairement à Popiel, il a su nourrir ses invités : l’aspect nourricier et cosmique du roi est fondamental12. Le lien avec la terre accentue cet aspect : Piast, laboureur, est particulièrement lié à la terre, qui devient le regnum pour son fils. La légitimité des Piasts acquiert ainsi une dimension charnelle : ce sont les « seigneurs naturels » (domini naturales) de la Pologne13.
Cette explication peut être complétée à travers d’autres analyses. En particulier, les analogies avec les récits tirés de la Bible, où le motif de l’hospitalité intervient à plusieurs reprises, notamment dans le cas d’Abraham offrant l’hospitalité à trois voyageurs (Genèse, 18,2), la visite des deux anges chez Lot (Genèse, 19 :1-4) ou encore le Christ insistant sur les vertus de l’accueil (Matthieu, 25, 35 ; 10, 40-41)14. Toutefois, ce motif de l’hospitalité est universel et si l’influence des Écritures ne peut être minorée, elle ne constitue pas la seule référence des auteurs médiévaux. Quant à l’identité des deux voyageurs, elle a intrigué les historiens, déjà au Moyen âge. Au xive siècle, l’auteur de la Chronique de Grande Pologne voit en eux saint Jean et saint Paul, deux martyrs du ive siècle sous Julien l’Apostat15. Il est possible que, dans le mythe originel païen – s’il existe – ces deux voyageurs correspondent à deux divinités dioscoriennes16.
La christianisation du mythe est visible avant tout par l’élection divine de Siemowit. S’il devient le nouveau prince de la Pologne, c’est par la grâce du « roi des rois, du duc des ducs », c’est-à-dire Dieu. Le chroniqueur utilise ici le terme de principatus, après celui de ducatus pour les temps de Popiel. Même si extrapoler à partir de ce terme somme toute assez générique relève de l’exercice périlleux, Gallus Anonymus insiste de cette manière sur la seule souveraineté du prince17. De plus, cette ascension au pouvoir se fait « en harmonie », par la « concorde » ou encore « par l’assentiment général » selon le sens que l’on donne au mot concorditer. Au-delà de cette ambiguïté, retenons que le pouvoir de Siemowit dépend avant tout de Dieu, de son lien avec le regnum et de la vertu de la dynastie (probitas), qui est soulignée à maintes reprises dans la chronique. Le seul terme de concorditer ne permet pas d’entrevoir le rôle d’une aristocratie dans le choix du souverain. En somme, le message est clair : le peuple doit rester fidèle à la dynastie des Piasts – et donc à Boleslas III –, sans quoi de terribles désastres s’abattront sur la Pologne. Il existe un lien organique entre la dynastie, le territoire (appelé regnum) et le peuple. Le souverain devient alors responsable de l’harmonie de l’ensemble, ce qui peut mener aussi bien à un âge d’or qu’à une terrible chute.
L’arrivée de Graccus : vers un mythe impérial
Vincent Kadłubek (vers 1150-1223), chanoine, puis évêque de Cracovie avant de finir sa vie dans un monastère cistercien, introduit une nouvelle trame historique, ayant pour cadre une Antiquité mythique où les anciens Polonais affrontent d’illustres figures : Alexandre le Grand, Crassus ou César. Les Polonais, à la manière des Athéniens du Timée de Platon, habitent depuis toujours sur leurs terres, mais leur vaillance et leur probité les conduisent à mener des guerres contre les Gaulois et les Romains. Ils sont libres et sans État, animés seulement par la vertu et le courage ; personne ne les gouverne avant l’arrivée de Graccus. Cette communauté primordiale forme la res publica, terme qui apparaît dès la première phrase du livre I18. Graccus apporte une dimension supplémentaire à cet édifice19. Sa prise de pouvoir a été analysée de manière comparatiste avec la Povest’ vremmenyx let de Kiev (1113-1118) et la chronique de Cosmas de Prague (vers 1125) par Jacek Banaszkiewicz20. Graccus apparaît comme un héros fondateur, mais contrairement à Kij de Kiev ou à Krok de Bohême, il est un homme extérieur. Il est choisi en Carinthie, ce que Banaszkiewicz interprète comme étant la preuve de sa romanité. En effet, les Polonais affrontent les Romains dans cette province. D’une certaine manière, il apporte une culture supérieure aux Polonais encore sauvages, en instaurant la monarchie et le droit, puis en fondant la ville de Cracovie. Cela correspond au schéma classique du héros fondateur21.
Doué d’un don oratoire particulier, le personnage de Graccus s’inspire distinctement de celui de Socrate, tel qu’il apparaît dans le Timée de Platon, connu au Moyen Âge par la traduction de Calcidius22. L’analogie qu’il utilise, pour justifier la mise en place de son pouvoir, est celle du corps, bien connue des clercs médiévaux. Pour Graccus, « comme le bœuf écorné, un homme sans tête est ridicule. De même le sont aussi le corps sans âme, la lampe sans lumière, le monde sans soleil comme l’empire (imperium) sans roi »23. L’analogie corporelle vient fondamentalement des Épîtres de Paul, notamment la Première lettre aux Corinthiens et la première lettre aux Romains, où les fidèles du Christ sont comparés à son corps (1, Rm 12:4-5 ; 1 Co 12:12-13). Aux environs de l’an mil en effet, l’Église commence à se définir comme corpus mysticum, avant qu’au cours du xiiie siècle, cette expression en vienne à désigner l’État24. Pour Jean de Salisbury, dans le Policraticus, les membres supérieurs – la tête, c’est-à-dire le roi – doivent se mettre au service des plus humbles et de la communauté dans son ensemble. Cette dimension protectrice différencie fondamentalement le prince du tyran25. Ce terme de « tyran » est utilisé à plusieurs reprises : à propos du tyran alaman voulant envahir la Pologne à la mort de Graccus ; pour Pompilius II à la mort ignominieuse ou encore pour Boleslas II, assassin de l’évêque Stanislas, qui se suicide et dont le fils meurt empoisonné26. Si la connaissance directe du Policraticus par Vincent Kadlubek a été mise en doute, le message politique et moral est toutefois similaire27.
Amateur de droit romain, du Corpus Iuris Civilis, Vincent Kadłubek s’inscrit distinctement dans la conception du pouvoir de son temps. Le pouvoir de Graccus ne vient pas de Dieu, comme le Siemowit de Gallus Anonymus, mais d’une élection par le peuple. Cette position correspond aux débats qui agitent les juristes impériaux et leurs adversaires, partisans de la curie pontificale28. Au cours des xii-xiiie siècles, si la thèse de l’origine divine du pouvoir universel est maintenue, elle est complétée par l’idée de l’origine populaire de ce même pouvoir. En ce sens, l’utilisation du droit romain dans la Chronica Polonorum ne sert évidemment pas à légitimer les prétentions universelles de l’Empire, mais au contraire à montrer l’indépendance intemporelle de la Pologne. L’autre idée qu’il tire de la lecture du Corpus Iuris Civilis est le fait que le prince n’est pas prince par nature : son pouvoir est octroyé, en l’occurrence par le peuple. Les juristes impériaux utilisent en effet l’idée que la loi – terme aussi utilisé par Kadłubek – avait été transmise par les Romains à leur prince, décision irrévocable. Leurs adversaires protestent en l’interprétant d’une autre manière, comme l’écrit E. Kantorowicz : « chaque prince avait été désigné individuellement par le peuple romain comme administrateur de l’empire », ce qui, de facto, signifie leur indépendance vis-à-vis de l’empire29. La loi, instaurée par Graccus, sert ici la même ambition pour Kadłubek : signifier et montrer l’ancienneté et la légitime prétention de la Pologne à sa souveraineté propre, sans ingérences extérieures 30.
Toutefois, Graccus ne bénéficie pas d’un pouvoir absolu : à l’origine, alors qu’il prononce ses discours, il ne cherche qu’à être « l’associé du royaume »31. Ce n’est que par la décision des siens qu’il est proclamé roi. La volonté de Graccus de ne pas tendre vers un pouvoir total – et par là, héréditaire – pourrait être interprétée comme un simple procédé rhétorique. Il n’en est rien. La conception de la monarchie et de la légitimité dynastique de Vincent Kadłubek admet des différences avec celle de Gallus Anonymus32. Certes, des principes succedenai (princes héréditaires, I, 1) gouvernent la Pologne depuis les temps anciens, mais leur légitimité peut être contestée. Le chroniqueur prouve d’emblée son point de vue, quand il narre ensuite la lutte de ses fils contre un terrible monstre qui terrorise la région de Cracovie. L’aîné, grâce à une ruse, parvient à tuer la bête, mais le cadet, mû par le désir de régner, commet alors un fratricide. Il succède à son père, Graccus, mais sa faute est vite découverte et il est condamné à l’exil. Lui succède sa fille, Wanda, mais elle meurt sans descendance. La Pologne connaît alors une période d’interrègne, sans que cela s’accompagne d’un effondrement ou d’une perte morale. Comme l’affirment Manegold de Lautenach ou Jean de Salisbury, un mauvais roi ou un tyran peut tout à fait être chassé du pouvoir, voire mieux : la Pologne n’a pas besoin de roi pour fonctionner33. Certes, le monarque apparaît comme un rempart contre l’injustice, et la succession héréditaire reste la meilleure solution ; mais dans certains cas, un autre choix est aussi envisageable34. En cela, le chroniqueur rejoint la définition de la république de Cicéron, telle que rapportée par saint Augustin dans La cité de Dieu, qui formule l’idée que le tyran menace l’édifice de la res publica toute entière35.
Cette conception du pouvoir se retrouve dans la réécriture de la prise de pouvoir de Siemowit sur Popiel – que Vincent Kadłubek latinise en Pompilius. Sa narration est éclatée en trois moments : à la fin du livre I, il revient sur la fin tragique de Popiel et de sa lignée, dévorée par les rats souris, puis au début du livre II, il raconte brièvement le cursus honorum de Siemowit, avant d’enchaîner avec l’épisode du mythe de Piast et Popiel déjà évoqué. Ce mythe subit certaines transformations, notamment la tonsure du jeune Siemowit par les deux voyageurs, vu désormais comme un rite le préparant à la royauté. Ce même Siemowit, d’abord chef de guerre (magister militum), devient roi36. De nouveau, à l’instar de Graccus, l’accession au pouvoir de Siemowit s’accompagne d’une renaissance de la Pologne, qui, comme par enchantement, revient à un nouvel âge d’or. Ainsi, il agrandit encore davantage l’empire perdu de Popiel-Pompilius, et met en place une nouvelle organisation administrative, calquée sur celle de la Rome antique. Un empire demande une organisation impériale ; c’est pourquoi il instaure les « dizainiers, les quinquagénaires, les centurions, les corporations, les tribuns, les chiliarques, les chefs des armées, les primipiles, les gouvernants et, en de manière générale, tout pouvoir »37.
Siemowit apparaît tout aussi mythique que Graccus, et très différent du premier souverain des Piasts de Gallus Anonymus. Plus que la manière dont il accède au pouvoir, c’est son aspect organisateur qui est souligné. Il est en réalité un second Graccus, à la différence qu’il met en place une dynastie durable.
Des héros plus tangibles ? Vers une historicisation des figures mythiques
La vision de l’histoire polonaise de Kadłubek – en particulier les temps mythiques – devient une autorité pour les historiens des xiii-xive siècles. Dans les années 1280, en Silésie, le moine Engelbert, issu de l’abbaye de Lubiąż, termine une autre Chronica Polonorum – parfois également intitulée Chronique polono-silésienne38. L’œuvre, moins bien étudiée dans l’historiographie, contient pourtant une construction idéologique originale, bien différente de celle de son prédécesseur. Cependant, concernant Graccus ou Siemowit, le récit du moine de Lubiąż reprend dans une version résumée la narration de Vincent Kadłubek, souvent mot pour mot, alors qu’il peut se montrer plus inventif et original sur d’autres sujets. Le seul véritable ajout est la mention du lieu du trépas de Popiel. La tour où les souris le dévorent, lui et sa descendance, se situe sur l’île de Kruszwica.
Des réécritures plus importantes n’interviennent qu’à partir du xive siècle. La Chronique de Dzierzwa, écrite dans les années 1310, ancre résolument les Polonais parmi les peuples européens, à travers l’utilisation de la généalogie de Japhet, probablement tirée de l’Historia Brittonum cum additamentis Nenni du ixe siècle ou d’une généalogie biblique similaire 39. De cette manière, un lien organique existe entre les différentes nations « de la quatrième partie de l’Europe », par leur père Wandalus. Graccus reste toutefois le premier souverain des Polonais et l’histoire débute avec lui40. Fait nouveau, son règne est daté. Il aurait vécu autour de 400 av. J.-C, cent ans avant Alexandre le Grand41. De même que chez Vincent Kadłubek, Graccus est choisi par les siens en Carinthie, en raison de sa noblesse et de sa connaissance des affaires martiales42. Une fois revenu de Carinthie en Pologne, il convoque « tous les lignages de la noblesse » avant de se faire élire roi et d’instituer le droit et les lois43. L’accession au pouvoir de Siemowit est quant à elle calquée sur le récit de Kadłubek, si ce n’est que la « noblesse » de ce prince est mise en exergue. Vincent Kadłubek avait déjà insisté sur le fait que la noblesse pouvait avoir des origines modestes, en utilisant différentes métaphores naturalistes – des cèdres poussant parmi les herbes hautes, ou des perles apparaissant dans le sable. D’autres figures, seulement mentionnées nominalement comme David, Saul ou Jéroboam servaient également d’exemples44. L’auteur de la Chronique de Dzierzwa supprime ici un long développement et rapporte quasi immédiatement un vers, tiré lui aussi de l’œuvre de son prédécesseur : « Le noble est celui qui est anobli par son courage »45. Nobilis au xive siècle en Pologne est difficilement traduisible, mais dans la hiérarchie sociale, le nobilis est évidemment au-dessus du chevalier, du miles46. Le terme est toutefois polysémique et peut aussi désigner la chevalerie dans les sources du xiiie et du xive siècle47. Il ne tend à désigner la noblesse sans fonction particulière qu’au xve siècle.
À travers les figures de Graccus et de Siemowit, Dzierzwa opère une précision importante par rapport à ses prédécesseurs. Ceux choisis pour régner sur la Pologne partagent le fait d’être nobiles. L’élection se fait par les grands lignages du royaume, non plus par une communauté indéterminée. Il est tout à fait probable que cela corresponde à la montée progressive de la noblesse, dans la Pologne du tournant du xiiie et du xive siècle, en lien avec les différents conflits sociaux du règne de Leszek le Noir (1279-1288), notamment la révolte de la chevalerie en 128548. Ce même prince est décrit de façon négative dans la chronique, comme trop favorable aux Allemands, en l’honneur desquels il s’affichait avec leur coiffure49. L’autre évènement important, qui cristallise le sentiment national polonais, est la rébellion de l’advocatus Albert en 1311-1312, dont l’une des clés de lecture peut être l’antagonisme entre le patriarcat urbain allemand et la chevalerie polonaise50. Le reflet de cette rébellion se retrouve dans la description de celle de 1285 dans la Chronique de Dzierzwa, écrite probablement après 1312. Cet antagonisme entre, d’un côté, les citoyens urbains, associés aux Allemands, et la chevalerie, vue comme ethniquement polonaise, est également perceptible dans l’historiographie tchèque, où la Chronique de Dalimil insiste avec une grande verve sur les prérogatives immémoriales de la chevalerie tchèque51. De la même manière, chez Dzierzwa, la noblesse est présente dès les origines de la monarchie, en élisant Graccus. Si l’accession au pouvoir de Siemowit est différente, il n’en reste pas moins un homme « anobli par sa vertu ». De subtiles modifications montrent que ces figures mythiques sont actualisées, au début du xive siècle, dans le sens d’une analogie avec les temps contemporains.
Dans la Chronique de Grande Pologne, l’histoire de Graccus – jusque-là préservée dans les grandes lignes par les successeurs de Kadłubek – est profondément remaniée52. Son auteur est très probablement Janko de Czarnkowa (vers 1320-1387), vice-chancelier de la couronne sous Casimir le Grand (1333-1370), puis archidiacre de l’archevêché de Gniezno, à l’origine d’une grande compilation historiographique inachevée sous le nom de Chronica magna, ainsi que d’une chronique couvrant les années 1370-1384. Dans la Chronique de Grande Pologne, l’auteur introduit un nouveau père des Polonais : Lech, dont descendent les Léchites, c’est-à-dire les Polonais antiques. Ce terme de Léchites est probablement une invention de Vincent Kadłubek53. Il acquiert néanmoins une postérité extraordinaire, puisque son utilisation est encore attestée dans l’historiographie du début du xxe siècle. Ces Léchites, dans la Chronique de Grande Pologne, n’avaient pas de roi ni de prince, car ils étaient « comme des frères, qui descendaient d’un seul père »54. Douze hommes, « les plus distingués et les plus riches », étaient élus pour diriger la Pologne et pour arbitrer les conflits. Devant la menace des Gaulois (Galli), la décision est prise de choisir Crak, « un homme des plus vaillants, qui vivait près de la Vistule », comme « leur capitaine, ou plutôt, plus vraisemblablement, comme chef de l’armée, car en polonais, le chef de l’armée est appelé wojewoda »55. Ce Crak construit un château, Cracovie, auparavant appelé Wawel, où se situe aujourd’hui le château royal.
L’auteur de la chronique adapte son vocabulaire à son audience : il est permis de penser ici qu’elle est de plus en plus nobiliaire, en cette fin du xive siècle. Le changement de ton est affirmé avec encore plus d’ardeur dans l’histoire de Piast et de Siemowit, qui montre à quel point la tradition du début du xiie siècle est actualisée. Après que la dynastie de Pompilius a été éradiquée par une horde de souris, les « grands du royaume » s’acheminent vers Kruszwica, qui passait « pour la plus grande et la plus belle des villes des Léchites ». Ils veulent d’abord élire le fils de l’un des princes empoisonnés par Pompilius, mais ne peuvent se mettre d’accord. Ils décident alors de choisir « quelqu’un d’une lignée des plus modeste et ordinaire, pourvu qu’il soit de libre naissance et d’ascendance léchite »56. Le chroniqueur renoue ensuite avec la venue des deux voyageurs dans la ville – qu’il identifie avec les martyrs Jean et Paul – et la multiplication miraculeuse des mets et des boissons : non plus de la bière, mais de l’hydromel, jugé vraisemblablement plus polonais. Alors, « voyant ce miracle, et cette clémence divine, ils choisirent à l’unanimité Piast pour leur roi »57. Piast est alors « décoré des insignes royaux » (regalibus insigniis decoratus).
Que ce soit Krak ou Piast, un élément saute aux yeux : leur élection par les grands du royaume. Le changement amorcé par Dzierzwa au début du xive siècle se dévoile pleinement ici. La légende obscure de Gallus Anonymus – peut-être déjà difficilement compréhensible pour une audience du xiie siècle – et le mythe impérial de Vincent Kadłubek – trop érudit, trop raffiné ? – subissent ici une actualisation historique marquée. Une catégorie se distingue : les grands du royaume, et la noblesse polonaise, ceux qui, au temps de Louis Ier de Hongrie, roi de Hongrie et de Pologne (1370-1382) acquièrent un nouveau rôle politique58. En effet, en 1374 la noblesse obtient des privilèges importants, qui s’appuient toutefois sur une acceptation du pouvoir de Louis Ier59. Après sa mort, la noblesse et les grands décident seuls de l’avenir du royaume, durant une période d’interrègne courte (1382-1384), mais décisive60. De plus, le roi Louis Ier réside à Buda, ce qui ne manque pas de provoquer troubles et dissensions. Janko de Czarnkowa – l’auteur présumé de la chronique – ne manque pas de souligner sa désapprobation vis-à-vis de sa politique61.
Les premiers souverains sont ici anoblis : Krak est qualifié de strenuissimus vir – épithète qui est toujours en lien avec la noblesse – tandis que Piast, certes d’une lignée bien plus humble, reste un homme libre et, surtout, un Léchite, donc un Polonais. Ce dernier point est crucial : le chroniqueur souligne qu’à chaque fois, le roi élu appartient à la communauté locale. Dans un cas, il s’agit de la Vistule (de la future Cracovie) ; dans l’autre, de Kruszwica. L’enjeu apparaît clairement : seul un roi de sang polonais peut régner. Un roi étranger attire le malheur, ce qui renforce davantage l’hypothèse de l’attribution de la chronique à Janko de Czarnkowa, dont la critique marquée du règne de Louis Ier de Hongrie est nettement perceptible62.
De plus, une nouvelle culture nobiliaire et littéraire se met en place, en lien avec la réception de plus en plus importante d’une littérature épique occidentale63. La Chronique de Grande Pologne en témoigne elle-même, avec deux récits chevaleresques insérés dans le texte : l’une est la gesta de Piotr Włostowic, palatin du xiie siècle dont la légende enfle dans les chroniques successives, jusqu’à être même crédité de la fondation de soixante-dix-sept églises64. L’autre récit est un écho lointain d’une œuvre d’origine carolingienne, le Waltherius, adapté ici aux conditions locales, dont l’action se déroule autour du château de Wiślica, tandis que sa dimension européenne n’apparaît plus que par de faibles mentions65. Les manuscrits conservés ne nous permettent pas de mesurer avec précision ce processus de réception, et nous en sommes réduits à traquer ces indices dans les chroniques polonaises connues. Mais l’œuvre de Janko de Czarnkowa nous permet d’entrevoir les profonds changements intervenus au cours de ce siècle. Les héros sont désormais les grands et les chevaliers : ce sont eux qui accomplissent les exploits et qui forment la communitas regni (la communauté du royaume). Mieux, ils gouvernaient la Pologne avant le temps des rois, qu’ils choisissent de leur plein gré. Leur nouveau rôle politique s’inscrit profondément dans le récit des origines de la monarchie, dont l’apparition n’est plus aussi fondatrice que chez Gallus Anonymus ou Vincent Kadłubek.
Au terme de cette étude des réécritures historiographiques, deux éléments sont à distinguer. D’une part, la persistance d’une tradition des origines de la monarchie, bien plus stable que celle des origines du peuple polonais, preuve également d’une conscience historique en plein développement. D’autre part, les réécritures tardives traduisent des évolutions sociales et politiques profondes au cours du xive siècle. Cependant, d’autres facteurs expliquent aussi cette évolution : le goût pour les récits de chevalerie et une culture intellectuelle différente, liée à la formation universitaire des chroniqueurs. Krak, Piast et Siemowit connaissent quant à eux une postérité bien au-delà du Moyen Âge jusqu’à leur disparition définitive de l’histoire politique par la critique historiographique du xxe siècle, pour réapparaître ensuite comme des sujets d’étude privilégiés de l’histoire culturelle.
Notes
1Voir l’ouvrage de Piotr Węcowski, Początki Polski pamięci historycznej późnego średniowiecza, Cracovie, Societas Vistulana, 2014. Cet article s’appuie ici en partie sur Jacek Banaszkiewicz, Mistrz Wincenty i naśladowcy – wizje najstarszych dziejów Polski xiii-xv wieku, in Jacek Banaszkiewicz, Andrzej Dąbrówka, Piotr Węcowski, Przeszłość w kulturze średniowiecznej Polski, Varsovie, Neriton, 2018, p. 269-306 et sur Edward Skibiński, „Kronikarze polscy o początkach państwa polskiego”, in Hanna Kocki-Krenz, Marzena Matla, Marcin Danielewski, Tradycja i nowoczesność. Początki państwa polskiego na tle środkowoeuropejskim w badaniach interdyscyplinarnych, UAM Wydawnictwo Naukowe, Poznań, 2016, p. 11-40. Une thèse de doctorat concernant les débuts mythiques de la Pologne a été rédigée, mais, non publiée, elle n’a pas eu d’écho dans l’historiographie polonaise. Voir Paul Jerome Radzilowski, Binding the new together with the old: Fifteenth-century writers on the origins of the Polish state and people in the face of earlier tradition, Université de Californie du Sud, 2000.
2Un exemple de ce courant hypercritique est Alexandre Brückner dans son analyse du mythe dynastique des Piast tel que présenté dans la chronique de Gallus Anonymus (O Piaście, Cracovie, Akademia Umiejętności, 1897, p. 39). Pour lui, ce mythe d’origine n’a rien de païen ni d’ancien et doit dater au plus tôt du xie siècle : il n’a donc aucune valeur historique. Les travaux fondamentaux, dans une perspective structurelle et narratologique, changeant radicalement ce paradigme positiviste sont ceux de Jacek Banaszkiewicz : Kronika Dzierzwy. xiv-wieczne kompendium historii ojczystej, Wrocław, Wydawnictwo PAN, 1979 ; Podanie o Piaście i Popielu, Państwowe Wydawnictwo Naukowe, Warszawa, 1986 ; Polskie dzieje bajeczne mistrza Wincentego Kadłubka, Wrocław, Wydawnictwo Uniwersytetu Wrocławskiego, 2002.
3Dominique Boutet, « Discours des origines et pensée politique dans la littérature des xiie et xiiie siècles », Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, n° 52, 2020, p. 31-59.
4Dans cette perspective, voir l’ouvrage collectif Ildar Garizpanov, Historical Narratives and Christian Identity on a European Periphery. Early History Writing in Northern, East-Central, and Eastern Europe (c.1070–1200), Turnhout, Brepols, 2011.
5Jean-Marie Moeglin, « La vérité de l’histoire et le moi du chroniqueur », in Philippe Genet, La vérité : Vérité et crédibilité : construire la vérité dans le système de communication de l’Occident (xiiie-xviie siècle), Paris-Rome, Éditions de la Sorbonne, 2015. Disponible en ligne : http://books.openedition.org/psorbonne/6687 ; Martin Aurell, « Le discrédit de l’incroyable histoire de Geoffroi de Monmouth au xiie siècle », in Philippe Genet, La vérité : Vérité et crédibilité : construire la vérité dans le système de communication de l’Occident (xiiie-xviie siècle), Paris-Rome, Éditions de la Sorbonne, 2015. Disponible en ligne : http://books.openedition.org/psorbonne/6685.
6Czesław Deptuła, « Średniowieczne mity genezy Polski », Znak, 25e année, n° 233-234, 1973, p. 1365-1403 distingue le « mythe dynastique » de Gallus Anonymus du « mythe impérial » de Vincent Kadłubek.
7Sławomir Gawlas, « Pytania o tożsamość średniowiecznych Polaków w świetle współczesnych dyskusji humanistyki », in Sławomir Gawlas, Paweł Żmudzki, Symboliczne i realne podstawy tożsamości społecznej w średniowieczu, Warszawa, Wydawnictwo Uniwersytety Warszawskiego, 2017, p. 15-82.
8Galli Anonymi Cronica et Gesta Ducum sive Principum Polonorum, Karol Maleczyński (éd.), MPH N. S. tome II, Cracovie, PAU, 1952, p. 9 : « Est autem intencio nostra de Polonia et duce principaliter Bolezlao describere eiusque gratia quedam gesta predecessorum digna memoria recitare. »
9Un rite païen – comme le précise Gallus lui-même – correspondant à un rite de passage.
10Galli Anonymi Cronica, op. cit., I, 1-2, p. 9-11.
11Jacek Banaszkiewicz, Podanie o Piascie, op. cit., p. 60-104.
12Ibid., p. 103.
13L’expression est utilisée par Gallus Anonymus non dans le chapitre sur Piast et Siemowit, mais au moment de la réaction païenne des années 1030, détruisant la première principauté polonaise. L’échelle de la destruction doit servir de leçon à ceux qui n’ont pas su rester fidèles aux « seigneurs naturels ». Galli Anonymi Cronica, I, 19, p. 43-44.
14L’analyse dans ce sens a été effectuée par Czesław Deptuła, Galla Anonima--mit genezy Polski: studium z historiozofii i hermeneutyki symboli dziejopisarstwa średniowiecznego, Lublin, KUL, 1990.
15Chronica Poloniae Maioris, Brygida Kürbis (éd.), MPH N.S. tome 7, Varsovie, PWN, 1970, p. 13.
16Karol Modzelewski, „Kto postrzygł Siemowita? Słowiańscy dioskurowie w micie dynastycznym Piastów”, Kwartalnik Historyczny, année cxxiv, vol. 4, 2017, p. 661-675.
17Voir Marcel Pacaut, « Recherche sur les termes Princeps, principatus, prince, principauté au Moyen Âge », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 4e congrès : Les Principautés au Moyen Âge. Bordeaux, 1973, p. 19-27.
18Paweł Żmudzki, « Vincentius’s construct of a nation: Poland as res publica », in Writing History in Medieval Poland, éd. D. von Güttner-Sporzyński, Turnhout, Brepols, 2017, p. 175-199.
19Magistri Vincentii dicti Kadłubek Chronica Polonorum, éd. Marian Plezia, MPH S. N. tome xi, Cracovie, PWN, 1994, I, 1, 1, p. 1 : « Fuit, fuit in hac re publica virtus ! »
20Jacek Banaszkiewicz, Polskie dzieje bajeczne…, op. cit., p. 7-43.
21Ibid., p. 28.
22Magistri Vincentii dicti Kadłubek Chronica Polonorum, op. cit., I, 5, p. 9, « ut erat sententioso sermonum beatus agmine ». Zenon Kałuża, Lektury filozoficzne Wincentego Kadłubka. Zbiór studiów, Warszawa, Instytut Tomistyczny, 2014, p. 295-298. Sur les inspirations platoniciennes de la chronique, voir Rafał Rutkowski, « The Platonic Concept of the Memory of Ancient Deeds in the Chronicles of Master Vincentius Kadłubek and Theodoricus Monachus », Acta Poloniae Historica, n° 112, 2015, p. 109–140.
23Magistri Vincentii, op. cit., 5, p. 9 : « Ait ridiculum esse pecus mutilum, hominem acephalum. Idem esse corpus exanime, sine luce lampadem, mundum sine sole, quod rege imperium. »
24Ernest Kantorowicz, Les deux corps du roi, Paris, Gallimard, 1989.
25Cary J. Nederman, « The Physiological Significance of the Organic Metaphor in John of Salisbury’s Policraticus », History of Political Thought 8, n° 2, 1987, p. 211–23, voir p. 219 ; Nicolas de Araujo, «Le prince comme ministre de Dieu sur terre. La définition du prince chez Jean de Salisbury (Policraticus, IV, 1) », Le Moyen Age, 2006/1, Tome cxii, p. 63-74.
26Magistri Vincenti, op. cit., I, 7, I, 13, I, 19, II, 20.
27Zenon Kałuża, op. cit., p. 319-384.
28Ernst Kantorowicz, « La royauté médiévale sous l’impact d’une conception scientifique du droit », Politix, vol. 8, n° 32, 1995/4, p. 5-22, voir p. 11-12.
29Ibid., p. 11.
30Zenon Kałuża, op. cit., p. 131, voir n. 48. Les Digestes et Institutes, ainsi que des juristes, admettent que dans certains cas, le détenteur d’un pouvoir périphérique (potestas) puisse instituer des lois. Vincent Kadłubek avait certainement connaissance des débats de son temps autour de l’universalité du pouvoir impérial. Voir Adam Vetulani, « Prawo kanoniczne i rzymskie w Kronice mistrza Wincentego », Studia Źródłoznawcze, n° XX, 1975, p. 35-45, ici p. 43.
31Magistrii Vincentii dicti Kadłubek Chronica Polonorum, op. cit., I, 5, 2, p. 9 : « Se non regem set regni socium pollicetur ».
32Przemyslaw Wiszewski, « The Power of a Prince: Vincentius on the Dynasty’s Source of Power », in Writing History in Medieval Poland, éd. D. von Güttner-Sporzyński, Turnhout, Brepols, 2017, p. 199-220.
33Martine Hiebel, « Manegold de Lautenbach », La Revue de la BNU, n° 6, 2012, p. 72-77 ; Cary J. Nederman, « A Duty to Kill: John of Salisbury's Theory of Tyrannicide », The Review of Politics, n° 50, p. 365-389.
34Przemysław Wiszewski, art. cit., p. 213-214.
35De civitate Dei, i, xxi.
36Magistrii Vincentii dicti Kadlubek…, op. cit., II, 3, 2, p. 31 : « Qui suis non suorum suffultus meritis, prius magister creatur militum, tandem regia funditur maiestate ».
37Ibid., II, 3, 7, p. 32 : « Hic enim non modo eas que Pompiliana desciuerant ignauia nationes reuocauit, set et alias aliis intactas regiones suo coniecit imperio. Quibus decanos, quinquagenarios, centuriones, collecgiatos, tribunos, ciliarchos, magistros militum, urbium prefectos, primipilarios, presides omnesque omnino potestates instituit ».
38Piotr Węcowski, op. cit., p. 64-65 ; Elena Wilamowska, Kronika polsko-slaska. Zabytek pochodzenia lubiąskiego, Studia Źródłoznawcze, n° 25, 1980, p. 79-95 ; Wojciech Drelicharz, Idea Zjednoczonego królestwa w średniowiecznym dziejopisarstwie polskim, Societas Vistulana, Krakow, 2012, p. 200-210.
39Chronica Dzirsvae, éd. Krzysztof Pawłowski, MPH N. S., tome XV, Cracovie, 2013, p. xii. La datation précise de la chronique est discutée, la plupart pensent qu’elle a été écrite dans les années 1308-1313. Voir Jacek Banaszkiewicz, « Kronika Dzierzwy – problem wykładu dziejów ojczystych w xiv w. », Studia źródłoznawcze, n° 22, 1977, p. 89-95. Wojciech Drelicharz opte plutôt pour une date après 1314. Voir Idea zjednoczenia królestwa w średniowiecznym dziejopisarstwie polskim, Cracovie, Societas Vistulana, 2012, p. 295-315.
40Jacek Banaszkiewicz, « Mistrz Wincenty », art. cit., p. 293-294.
41Ibid., p. 4 : « Floruit autem Graccus primus rex Polonie ante Incarnacionem Christi annis plus quadringentis et ante Alexandrum Macedonem annis pene centum ».
42Ibid., p. 4 : « virum nobilem et bellare scientem capitaneum constituent ».
43Ibid., p. 4 : « omnium cognaciones nobilium insimul convocat ».
44Magistri dicti Vincentii Chronica Polonorum, op. cit., p. II, 4, 1-2.
45Chronica Dzirsvae, op. cit., p. 21 : « Nobilis est ille quem nobilitat sua virtus ».
46Dariusz Piwowarczyk, Obyczaj rycerski w Polsce późnośredniowiecznej (xiv-xv wiek), Varsovie, DiG, 1998, p. 6.
47Ambroży Bogucki, « Strenuus jako tytuł polskich rycerzy pasowanych (xiii-xv w.) », Przegląd Historyczny 77e année, n° 4, p. 625-648, ici p. 628.
48Paweł Żmudzki, Studium podzielonego królestwa. Książe Leszek Czarny, Warszawa, Neriton, 2000, p. 399-419.
49Chronica Dzirsvae, op. cit., p. 85 : « Hic in favorem Theutonicorum comam nutriebat ».
50Anna Grabowska, « Bunt wójta Alberta w historiografii polskiej », Annales Universitatis Paedagogicae Cracoviensis. Studia Historica, n° 13, 2013, p. 20-31.
51Il s’agit de la clef de lecture principale de l’ouvrage d’Éloise Addé-Vomacka, La Chronique de Dalimil. Les débuts de l’historiographie nationale tchèque en langue vulgaire au xive siècle, Paris, Publications de la Sorbonne (Textes et documents d’histoire médiévale), 2016.
52Chronica Poloniae Maioris, éd. Brygida Kürbis, MPH S.N. tome viii, Warszawa, PWN, 1970. La datation a longtemps posé problème. Trois hypothèses s’affrontaient : l’une y voyait une œuvre du xiiie siècle ; la seconde une œuvre du xive siècle sur la base d’une chronique perdue du xiiie siècle, enfin, la dernière considère qu’il s’agit d’une œuvre entièrement rédigée à la fin du xive siècle, probablement par Janko de Czarnkowa. Cette dernière hypothèse est désormais la plus acceptée. Voir Wojciech Drelicharz, op. cit., p. 357-368.
53Jacek Banaszkiewicz, « Mistrz Wincenty », art. cit., p. 285 se prononce en faveur d’une tradition plus ancienne, reprise par Vincent Kadłubek. Voir également « Lestek (Lesir) i Lechici (Lesar) w średniowiecznej tradycji skandynawskiej », Kwartalnik Historyczny, année cviii (2), 2001, p. 3-23. Toutefois, ce terme est utilisé pour la première fois dans la chronique de Vincent Kadłubek.
54Ibid., p. 8 : « Lechite qui nullum regem seu principem inter se tanquam fratres et ab uno patre ortum habentes habere consueverant ».
55Ibid., p. 8 : « quendam virum strenuissimum nomine Crak cuius mansio protunc circa fluvium Wyslam fuerat sorte sibi divinitus inter fratres suos Lechitas atributa in eorum capitaneum, seu ducem exercitus ut verius dicam (nam iuxta polonicam interpretacionem dux exercitus woyewoda appellatur) unanimiter elegerunt ».
56Ibid., p. 13 : « decreverunt itaque aliquem infime et modice cognacionis eligere, ingenuum tamen ex Lechitarum propagine procreatum ».
57Ibid., p. 13 : « Quo miraculo viso et divina disponente clemencia memoratum Pasth in suum regem unanimiter elegerunt ».
58Andrzej Marzec, Pod rządami nieobecnego monarchy. Królestwo Polskie 1370-1382, Kraków, Stara Szuflada, 2017, p. 229-233.
59Ibid., p. 116-119 ; Sławomir Gawlas, « Król i stany w późnośredniowiecznej Europie Środkowo-Wschodniej wobec modernizacji państwa », dans Król w Polsce xiv i xv wieku, éd. A. Marzec, M. Wilamowski, Kraków, 2006, p. 155-185, ici p. 176. Même analyse par Jacek Banaszkiewicz, « Mistrz Wincenty », art. cit., p. 299.
60Dariusz Wróbel, Na pierwszym planie. Możni i szlachta polska wobec bezkrólewia po śmierci Ludwika Andegaweńskiego, Wydawnictwo Uniwersytetu Marii Curie-Skłodowskiej, Lublin, 2020, p. 495-503.
61Krzysztof Baczkowski, « Dwie tradycje rządów andegaweńskich 1370-1386 w piśmiennictwie staropolskim », Annales Academiae Paedagogicae Cracoviensis, n° 21, 2004, p. 33-43.
62Kronika Janka z Czarnkowa, Jan Szlachtowski (éd.), MPH II, Lwów 1872, p. 648 : « Nam inter caeteros pejores eventus istud evenire formidabant, ne priusquam de stirpe regum Poloniae rex in Polonia deo favente ordinaretur, alienigena in regem sublimatus, qui mores suae nationis sequi cupit, Polonorum mores et consuetudines immutare anhelabit, ignotos suos patriotas regnicolis praeponere contendet, sicque jura et libertates Polonorum ad nihilum redigere conabitur, ex quibus contra se odia et rixas regnicolarum concitabit, hique, qui regno fuerant propinqui successores suis progenitoribus succedere conabuntur ».
63Witold Wojtowicz, « Epika zachodnioeuropejska i możliwości jej recepcji w warunkach polskiej kultury średniowiecznej », in Przeszłość w kulturze średniowiecznej Polski, éd. J. Banaszkiewicz, A. Dąbrówka, P. Węcowski, t. 1, Warszawa, 2018, p. 59-79, mais l’auteur se montre très (trop) critique quant aux possibilités de réceptions de l’épopée occidentale dans la Pologne médiévale.
64Cronica Poloniae Maioris, op. cit., p. 38-41, p. 49-52 ; Marian Plezia, « Średniowieczne podania i legendy o Piotrze Właście », Przegląd Współczesny, n° 18, 1939, p. 115-117, Jarosław Wenta, « Tradycja o Piotrze. Na marginesie jednej z wielkich dyskusji » in Scriptura custos memoriae. Prace historyczne, éd. Danuta Zyborek, Poznań, Instytut Historii UAM, 2001, p. 523-539. D’âpres discussions portent sur les sources perdues de cette légende, leur datation et l’éventuelle reconstruction à partir d’une chronique du début du xvie siècle. Voir Marian Plezia, Cronica Petri comitis Poloniae, wraz z tzw. Carmen Mauri, Cracovie, Polska Akademia Umiejętności, MPH S. N. tome 3, 1951 ; Małgorzata Delimata, « Sur une source perdue ou sur Carmen Mauri encore une fois », Quaestiones Medii Aevi Novae, n° 12, p. 167-181.
65Cronica Poloniae Maioris, op. cit., p. 41-45 ; Witold Wojtowicz, « Waltharius », in Przeszłość w kulturze średniowiecznej Polski, éd. J. Banaszkiewicz, A. Dąbrówka, P. Węcowski, t. 1, Warszawa, 2018, p. 89-104 ; Francine Mora, « Le Waltharius, poème épique européen », in La chanson de Walther, éd. S. Albert, S. Menegaldo, F. Mora, Grenoble, UGA Editions, 2009, p. 7-30 ; Mathieu Pelat, « Le Waltharius, une épopée carolingienne mystérieuse ». Journée de l’antiquité et des temps anciens 2018-2019, 2019, p. 25-41. Consultable sur : https://hal.univ-reunion.fr/hal-02992443/document.
Pour citer ce document
Quelques mots à propos de : Marcin Kurdyka
Marcin Kurdyka est docteur de l’Université de Savoie-Mont-Blanc, au laboratoire LLSETI. Sa thèse s’intitule : « L’invention d’une Europe slave médiévale. Les Slaves dans l’historiographie de la Pologne, de la Bohême et de la Rus' jusqu’à la fin du xive siècle ». Parmi ses publications on compte : « L’idée impériale et républicaine dans la Chronica Polonorum de Vincent Kadłubek (début du xiiie siècle) », in C. Bur (dir.), L’Antiquité après l’Antiquité : un héritage en partage, Bordeaux, Ausonius, 2024, p. 203-215 ; « Les éléments géographiques de définition et d’identification du monde slave dans l’historiographie de la Pologne, de la Bohême et de la Rus’ (xiie-xive siècle) », in Quaestiones Medii Aevi Novae, vol. 26, 2021, p. 251-271.


